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Les combats d’une âme résistante
René de Naurois   Aumônier de la France Libre - Mémoires
Perrin 2004 /  21.50 € - 140.83 ffr. / 287 pages
ISBN : 2-262-02118-X
FORMAT : 14x23 cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d'histoire, professeur de khâgne au lycée Pothier d'Orléans, Patrick Clastres est chercheur associé au Centre d'histoire de Sciences Po.
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Il est deux manières de découvrir l’itinéraire de ce fils de l’aristocratie tarnaise devenu prêtre et résistant. Il est possible, dans un premier temps, de feuilleter les photographies de l’album-souvenir : enfance châtelaine des cinq frères Naurois, séjours dans «les brumes de la Germanie», passage par Uriage et participation à la résistance toulousaine, incorporation comme aumônier à la 1ère Brigade commando, participation au débarquement et à la campagne de Hollande, nomination au Conseil de contrôle interallié, hommages et commémorations (Compagnon de la Libération en 1946 et décoré de la médaille de «Justes parmi les Nations» en 1989). Bientôt, le lecteur se plongera dans ces chapitres centraux et émouvants qui content l’ardeur des combats et la solidité des amitiés, les risques encourus et les hasards chanceux.

Mais ce qui fait, selon nous, tout l’intérêt de ces mémoires, ce sont les passages qui évoquent les forges chrétiennes et humanistes de cette âme résistante. Élevé au grand air domanial et pyrénéen, ayant fait le choix du sacerdoce dès ses quatorze ans, René de Naurois s’est nourri tour à tour de l’universalisme évangélique du directeur de l’Association catholique de Toulouse, de la fraternité trans-classiste des Équipes sociales fondées en 1921 par Robert Garric, de l’obligation de pluri-disciplinarité chère au Recteur de l’Institut catholique, son cousin Bruno de Solages, du maître livre L’Action publié par le philosophe Maurice Blondel. D’où sa présence non seulement aux journées de Font-Romeu de l’été 1932, qui virent la création de la revue Esprit, mais aussi au congrès fondateur du mouvement «Troisième Force» qui proposait une autre voie entre capitalisme et communisme. D’où ses rencontres et amitiés avec Emmanuel Mounier, Raymond Aron et Paul Nizan. Doit-on s’étonner alors que, au moment même où Mgr Saliège l’ordonne prêtre, René de Naurois se sente en proximité avec la tendance «Jeune République» de Philippe Serre, qui soutenait Léon Blum ?

Le témoignage de René de Naurois sur les représentations françaises du régime nazi mérite également l’attention. Dans le cadre de ses visites privées en pays allemand à partir de l’été 1933, puis à l’occasion de son séjour à Berlin comme aumônier entre 1937 et 1939, il met au jour les ressorts de l’oppression, rencontre de multiples figures de la résistance allemande à Hitler, et multiplie les interventions et les conférences en France pour «raconter la Gestapo, les arrestations arbitraires, les camps de concentration». L’incrédulité qui fut opposée à tous ces prophètes attend d’ailleurs toujours son historien.

Concernant les motivations qui l’ont conduit à l’école nationale des cadres instituée par Vichy, René de Naurois est plus circonspect. Mais, avec l’évocation de personnalités aussi diverses que Pierre Dunoyer de Segonzac et Henri Frenay, Benigno Cacérès et Hubert Beuve-Méry, le lecteur prendra mieux la mesure du brouillage des repères politiques et de l’incapacité de Vichy à contrôler les élites passées par Uriage. C’est dans ce cadre alpestre et somme toute très ouvert que René de Naurois a pu dénoncer pour la première fois l’antisémitisme et «en termes volontairement violents». Repéré par le directeur de la jeunesse de Vichy Louis Garonne et brocardé par Je suis partout comme un «rouge-chrétien», il se décidera alors à rejoindre la résistance toulousaine, avec la bénédiction de l’archevêque de Toulouse.

Au final, on regrettera simplement que René de Naurois n’ait pas davantage nourri l’ultime chapitre qu’il consacre à son itinéraire après la guerre, à sa reconversion de la théologie à la science ornithologique au cours des années 1950, à sa fidélité au général de Gaulle, au pouvoir d’influence des Compagnons de la Libération de la France, à l’opération «Résurrection» qui visait à soutenir le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958.

À qui veut comprendre ces temps de trouble et de désarroi, d’ambivalence et d’immobilisme, de renoncement et d’aveuglement, pour reprendre les catégories d’analyse de Pierre Laborie (L’Opinion française sous Vichy, Seuil, 1990, 2001), on ne saurait trop recommander ce témoignage chrétien et résistant.


Patrick Clastres
( Mis en ligne le 14/12/2004 )
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