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Un camp de concentration français
Kalma Apfelbaum   Lettres d'un interné au camp de Pithiviers - Kalma Apfelbaum (1906-1942)
Belin - Littérature et politique 2005 /  19 € - 124.45 ffr. / 185 pages
ISBN : 2-7011-3963-5
FORMAT : 14x23 cm

L'auteur du compte rendu : Etudiante en histoire, Thérèse Krempp termine cette année un DEA à l'Ecole des hautes études en sciences sociales sur l'armée française d'Orient pendant la Première Guerre mondiale. Avec Jean-Noël Grandhomme, elle a publié Charles de Rose, pionnier de l'aviation de chasse (éditions de la Nuée Bleue, septembre 2003).
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Kalma Apfelbaum était un Juif polonais, arrivé en France en 1929, qui exerçait le métier de tailleur à Paris. Suite à une convocation, il fut arrêté le 14 mai 1941, comme quatre mille autres Juifs étrangers de la région parisienne. Interné dans le camp de Pithiviers (Loiret), avec mille sept cents autres Juifs, il fit partie des mille prisonniers qui quittèrent ce camp le 24 juin 1942, et qui furent emmenés en convoi par chemin de fer à Auschwitz où il mourut le 11 juillet suivant.

Dans cet ouvrage sont retranscrites les lettres envoyées par Kalma à son épouse et à sa fille restées à Paris pendant son internement à Pithiviers. Cette correspondance, écrite en yiddish, était clandestine, c’est-à-dire envoyée, grâce à une filière d’entraide, en marge des lettres «officielles», qui devaient être en français et qui étaient soumises à la censure. L’épouse de Kalma, Juive polonaise elle aussi, n’écrivait pas le français, elle était donc obligée de recourir à un tiers pour envoyer les lettres «officielles». Le yiddish permettait de ce fait aux époux de correspondre de façon plus intime, mais aussi d’évoquer des sujets interdits par la censure.

Kalma écrit à sa famille plusieurs fois par semaine. Nous retrouvons dans cette correspondance plusieurs thèmes récurrents. Elle nous permet de mieux comprendre la vie du camp, les souffrances morales et physiques des prisonniers ainsi que leurs besoins matériels. Tout d’abord, constatons que ces lettres clandestines écrites en yiddish sont extrêmement importantes pour le prisonnier car elles constituent le seul lien avec sa famille et ses proches : nous y lisons toute la détresse de l’homme séparé de son épouse et de sa petite fille, arraché sans motif à sa vie quotidienne, et incertain de l’avenir. On peut également remarquer dans cette correspondance la place importante accordée à la nourriture : l’épouse de Kalma lui envoie un colis par semaine contenant du linge mais surtout des denrées alimentaires car la nourriture du camp est très insuffisante (elle n’est d’ailleurs jamais évoquée). Kalma indique dans ses lettres les aliments dont il a besoin, ou ceux qui ne sont pas interdits, et détaille à chaque fois le contenu du paquet, pour voir si rien n’a été confisqué. Son épouse lui envoie également de l’argent. Kalma lui explique comment cacher lettres clandestines et argent dans les colis ou à qui les envoyer à l’extérieur du camp. Les lettres évoquent de même toutes les démarches réalisées à la fois par Kalma à Pithiviers et par son épouse à Paris pour obtenir une éventuelle libération ou pour une évasion.

Les lettres de Kalma Apfelbaum nous font ainsi découvrir un réseau d’entraide qui semble assez développé : réseau au sein même du camp parmi les prisonniers, réseau qui regroupe plusieurs habitants de Pithiviers, mais aussi certains gendarmes chargés de surveiller le camp. Ce ou ces services fonctionnent relativement bien, du moins durant les premiers mois. En effet, au début, l’internement n’est pas – toute proportion gardée – encore trop strict : les prisonniers peuvent parfois sortir en ville pour travailler, les familles sont autorisées à venir les voir. Mais sous l’influence des Allemands, à partir du mois d’octobre 1941, la discipline est de plus en plus sévère. Les prisonniers n’ont plus le droit de quitter le camp, car plusieurs d’entres eux avaient profité de ces sorties pour s’évader, et les visites sont interdites. Durant les dernières semaines d’internement à Pithiviers, le règlement intérieur du camp se durcit encore : les prisonniers ne peuvent plus recevoir qu’un seul colis par mois et la Gestapo surveille très étroitement les personnes soupçonnées de les aider. Ainsi, la vie à l’intérieur du camp devient encore plus insupportable, jusqu’à la déportation du 24 juin 1942 qui fait partie du processus de la «solution finale» pour l’élimination des Juifs d’Europe.

Cet ouvrage est enrichi d’un appareil critique fort intéressant mais qui aurait sans doute mérité un peu plus de développement. En définitive la correspondance de Kalma Apfelbaum est un témoignage très émouvant et poignant des souffrances endurées pendant l\'occupation allemande par des milliers de familles juives.


Thérèse Krempp
( Mis en ligne le 01/03/2005 )
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