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Les années de formation d'un artiste
Sacha Guitry   Si j'ai bonne mémoire - Et autres souvenirs...
Perrin 2007 /  16 € - 104.8 ffr. / 243 pages
ISBN : 978-2-262-02670-7
FORMAT : 13,0cm x 20,0cm
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C’est effectivement de souvenirs dont il s’agit dans ces mémoires écrites par le célèbre auteur de théâtre. Pas d’introspection ici, ni de «pacte autobiographique» pour tenter de cibler les fameux critères essentiels à une autobiographie ; pas de rachat par l’écriture ou encore d’auto rédemption littéraire dans ce livre savoureux, mais une succession plus ou moins chronologique de faits essentiels qui ont marqué sa jeunesse et qu’il veut relater de façon simple, directe et souvent comique. Ecrit en 1934 alors qu’il se dirige à grand pas vers sa cinquantième année, ce qu’il assume pleinement, ce livre tente de retracer de façon non exhaustive les menus faits de la jeunesse de l’écrivain qui accepte ce passage entre deux âges, celui qui l’éloigne de celle-ci certes, mais qui lui laisse encore un peu de temps avant d’être vieux. Ce temps, il le consacre déjà à ses souvenirs, à son parcours et aux personnes qui l’ont accompagné durant un bout de chemin. Ce livre s’achève alors que Guitry n’a pas 22 ans ; en cela c’est véritablement un livre sur l’enfance et le début de l’âge adulte. Les années de formation d’un artiste, pourrait-on dire.

Fils de l’acteur fantasque et prolifique Lucien Guitry, Sacha grandit dans une atmosphère permanente de théâtre, de scènes, d’auteurs, d’acteurs et d’actrices tout en suivant parallèlement une scolarité difficile dans une dizaine de pensionnats différents (Il passera quelques années en Russie en compagnie de son père qui l’enleva à sa mère avant de revenir définitivement en France.) Renvoyé successivement pour désinvolture et indiscipline, il rejette l’école qui ne lui a pas appris grand-chose (à son grand regret) et se rend assez vite compte qu’il est fait pour le théâtre, en tant qu’acteur d’abord, lui qui admirait par-dessus tout les Sarah Bernhardt, Céline Chaumont, Alice Lavigne que côtoyait son père et auxquelles il rend hommage ici, puis en tant qu’auteur. Alors qu’il n’a pas 20 ans, il écrit sa première pièce en trois actes, Nono, que le Théâtre des Mathurins représentera soixante-deux fois, ce qui pour l’époque et une première pièce est un succès. Vaudeville acide et comique sur les relations homme/femme que saluera dans son Journal un écrivain comme Jules Renard. Mais il en était déjà à sa troisième, Le Page et Le Kwtz, ayant reçu l’approbation de certains critiques. Entre temps, il montre quelques talents pour le dessin, notamment en caricaturant ses proches. Entre 17 et 20 ans, ces trois passions vont l’occuper et surtout l’éloigner définitivement de l’école au profit des salons, de sa table de travail et du théâtre.

Comme dans ses pièces, et peut-être davantage ici, Guitry est au naturel, c’est-à-dire caustique, provocateur, réfléchi, tantôt doux, tantôt amer, le plus souvent reconnaissant mais prenant surtout un plaisir certain à nous faire part de ses anecdotes les plus cocasses, notamment lorsqu’il était en Russie puis en pension durant une scolarité assez tumultueuse. Ensuite, viennent les premiers pas sur scène, les rencontres cruciales (Rostand, Mirbeau, Jarry), le rôle primordial de son père dans ses années de formation, puis l’écriture et la reconnaissance rapide du milieu littéraire. L’auteur écrira en tout 125 pièces !

Très jeune, il fréquente grâce à son père qui joue énormément au théâtre, notamment dans les pièces de Rostand, le gratin des intellectuels du début du siècle dernier : Jules Renard, Alfred Capus, Tristan Bernard, Alphonse Allais, Alfred Jarry ou encore Octave Mirbeau dont il fut le grand ami. Plus tôt dans le temps, Lucien Guitry fréquentait déjà Maupassant, Feydeau, Anatole France, Henry Berstein pour ne citer que les plus significatifs. C’est dans ce climat de salon parisien et de discussion autour du théâtre et de la littérature en général que le petit Guitry commence à réfléchir et fait ses premiers pas dans le cercle fermé de la création artistique. Il lui était donc assez difficile d’échapper à sa vocation.

Finies les années de formation intellectuelle, la suite du livre se concentre essentiellement sur quelques situations fameuses, drôles et émouvantes concernant ses premiers amours (ratés), les répétitions sans fin, les pièces dans lesquelles il a joué puis celles qu’il a écrites, toujours dans un style simple, enjoué, conférant à l’ensemble de l’œuvre cet aspect enthousiaste, plein de vie, parfois de nonchalance, toujours de sincérité dénuée de pathos ou de grandes tirades sur la création. Lucide sur ces trente années écoulées, Guitry va à l’essentiel, même dans l’anecdote, dressant quelques portraits touchants ou encore décrivant quelques événements qu’il juge importants pour le lecteur. Il rend hommage aux actrices prestigieuses, aux confrères qui l’ont soutenu lors des moments d’échec ou de doutes, et insiste sur la part de hasard et de travail qu’il faut avoir pour arriver à ses fins avec le recul qui est le sien à l’approche de la cinquantaine. En cela, il s’élève non pas en moralisateur, mais en écrivain mature et responsable.

A part quelques longueurs sur des moments de détails, que ce soit à l’école (Guitry reproduit quelques extraits de carnets de surveillant à l’époque où il sévissait avec son frère dans divers internats), sur scène, durant quelques répétitions, ou encore lors de la création sur scène de ses textes, ce livre touchant se lit comme ses pièces ; c’est assez fluide, et jamais prétentieux. L’intelligence, la simplicité, la méchanceté douce et amère, les hommages qu’il rend aux grands esprits de ce début de siècle traversent l’ouvrage de bout en bout sans jamais épiloguer durant des pages. Mineur dans son œuvre, ce livre de souvenirs se lit plaisamment et l’on reconnaît là un trait de modestie qui contraste avec l’image parfois contestée que ce grand auteur a parfois laissée dans l’inconscient collectif. Ça n’est évidemment pas le roman d’un tricheur ici, mais les confessions d’un homme sincère et attachant.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/07/2007 )
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