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L'Iranienne dévoilée...
Shahla Sherkat   Zanân - Le journal de l'autre Iran
CNRS éditions 2009 /  35 € - 229.25 ffr. / 187 pages
ISBN : 978-2-271-06783-8
FORMAT : 22cm x 28,5cm
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L\'année dernière, le gouvernement iranien ordonnait l\'interdiction de publication du magazine iranien Zanân, que dirigeait avec succès depuis 1991 la journaliste Shahla Sherkat. Les éditions du CNRS publient aujourd\'hui un concentré de ses meilleures pages, articles et photos étonnants qui nous donnent à voir un Iran inconnu, à mille lieues des idées reçues en Occident.

Première surprise, Zanân fut pendant dix-sept ans un journal se revendiquant féministe, dans cette république islamique qu\'on imaginait peu encline à tolérer ce genre de prétentions. C\'est d\'ailleurs après s\'être fait licencier d\'un magazine dont les dirigeants très conservateurs acceptaient mal ses vues jugées trop modernes, que la journaliste Shahla Sherkat entreprit en 1991 de créer une revue à destination des femmes – d\'où son nom, Zanân, «femme» en persan. Il s\'agissait de les tenir informées de leurs droits, ou du moins des luttes que certaines d\'entre elles menaient pour en obtenir, mais aussi de leur parler de ces femmes qui font l\'Iran, en participant à sa richesse artistique, économique et culturelle.

On découvre ainsi au fil des pages, dans une quarantaine d\'articles et autant de photos, une image des femmes très éloignée du cliché ordinaire qui les montre voilées, soumises et dénuées de toute liberté : la réalité de la condition féminine y apparaît beaucoup plus complexe. On réalise à la lecture de ces textes présentés pêle-mêle, sans obéir à un ordre chronologique ou thématique, que même sous le voile – qui peut d\'ailleurs prendre lui-même une diversité de formes, d\'étoffes et de couleurs – les femmes existent, s\'expriment et se battent.

Comme dans tout bon journal féminin qui se respecte, si les thèmes les plus futiles – les plus caricaturaux aussi - sont abordés dans des articles de cuisine, de tapisserie, de broderie ou de mode, d\'autres textes nous offrent un éclairage intéressant sur la place des femmes dans des domaines pendant longtemps réservés aux hommes, comme la littérature, le sport, les arts ou le cinéma : y est ainsi relatée par exemple la création en Iran d\'une association, le «groupe Denâ», destiné à soutenir les femmes peintres dont l\'existence est difficilement compatible en Iran avec la vie de mère ou d\'épouse ; ou encore, racontée d\'un ton mi-sérieux mi-amusé, l\'épopée de ces femmes journalistes ayant tenté vainement mais par tous les moyens d\'obtenir des places pour un match de football, alors que la loi iranienne interdit aux femmes de pénétrer dans les stades «par mesure de protection» !

Mais Zanân s\'aventurait également bien au-delà, en n\'hésitant pas à évoquer des problèmes plus politiques : depuis l\'arrivée au pouvoir en 2005 d\'Ahmadinejad, on assiste en Iran à une tentation de durcir la condition féminine qui semblait s\'être relativement améliorée sous les deux présidences de Khatami. Ainsi, l\'instigation de quotas de femmes à l\'université vise à inverser la tendance qui voit depuis quelques années les filles devenues largement majoritaires dans les facultés. De même Zanân évoque les débats houleux autour du projet de loi sur «la protection de la famille» qui, entre autres, renforcerait le droit des hommes dans la polygamie – par ailleurs aujourd\'hui très minoritaire dans le pays – et, en instaurant une taxe sur la dot offerte par leur époux au moment du mariage, fragiliserait les femmes en cas de divorce. D\'autres sujets plus audacieux encore sont abordés comme le SIDA – appréhendé cependant uniquement comme un problème lié à la toxicomanie et jamais comme une maladie sexuellement transmissible ! -, le harcèlement sexuel dont souffrent les femmes au travail, ou encore les mariages précoces et la toute puissance des pères sur leurs filles.

La variété des thèmes développés nous permet ainsi d\'étoffer notre connaissance de cet «autre Iran», complétant ce que la médiatisation récente de personnalités comme Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, ou Marjane Satrapi, auteur de la célèbre bande dessinée Persepolis, nous avait déjà fait entrevoir. Les photos présentées dans le journal - magnifiques - sont à ce titre extrêmement instructives : on imaginait les Iraniennes muettes, cachées, soumises; on les voit fumer, danser, faire du sport, penser, parler, rire, se recueillir ; en un mot, vivre.

Il serait cependant malvenu de faire preuve d\'angélisme : si, comme Shehla Sherkat a tenté de le montrer durant ces dix-sept années de parution de Zanân, le féminisme iranien n\'est pas mort avec la révolution islamique de 1979, il est actuellement plus que jamais menacé : il suffit de rappeler que Zanân est définitivement interdit de publication depuis 2008 et que Shehla Sherkat est aujourd\'hui au chômage forcé. Et l’on ne peut que se montrer pessimiste quant à l\'avenir réservé aux femmes iraniennes, tant que ce pays sera gouverné par des mollahs aujourd\'hui plus portés vers la réaction que le progrès.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 14/04/2009 )
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