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Fins de monde
Jared Diamond   Effondrement - Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie
Gallimard - Folio essais 2009 /  11.60 € - 75.98 ffr. / 873 pages
ISBN : 978-2-07-036430-5
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Traduction de Agnès Botz et Jean-Luc Fidel.

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles» : le jugement de Paul Valéry au lendemain de la Grande Guerre traduit la fin d’une perception optimiste de notre histoire, fondée sur l’idée d’un progrès indéfini soutenu par la science… Au XXe siècle, le monde occidental a, un temps, entrevu sa fin. Mais ce qui relève ici de l’intuition prend, dans d’autres cas et sous d’autres latitudes, valeur de constat, voire d’oraison funèbre… Que reste-t-il de l’île de Pâques, des Minoens, des Mayas… ? Des monuments, des statues, des traces archéologiques, les restes d’un passage, des lignes dans des ouvrages scientifiques, ultime écho de sociétés effondrées. C’est ce concept d’effondrement – un processus évolutif et fatal – que Jared Diamond explore dans cet ouvrage riche et stimulant, entre alternative éclairée et perspective inquiétante à l’aveuglement de notre société de consommation.

Professeur à l’université de Californie, géographe, biologiste, ornithologue, historien, militant écologiste… Jared Diamond multiplie les casquettes et les curiosités. Après un essai novateur sur l’origine des inégalités entre les sociétés, au regard de divers facteurs, le professeur Diamond prend un chemin inverse, un chemin tout autant accidenté. De fait, l’ambition de faire une histoire totale d’une société jusqu’à son déclin final peut sembler excessive, présomptueuse même. Elle suppose de mobiliser des champs larges de connaissances, de vastes bibliographies et l’intelligence de débats variés… En outre, l’auteur se propose de réfléchir au phénomène sous un angle comparatiste, de manière à dégager sinon des lois, du moins des caractéristiques communes aux sociétés disparues. Gageure ? Si J. Diamond ne se présente pas comme un tenant de la global history, il en a en tous les cas les questionnements, les objets et les pratiques. Le résultat est là, indéniablement captivant.

Dans cet ouvrage original, Jared Diamond pose donc la question des sociétés et de leurs disparitions. L’étude s’articule autour d’un plan simple : J. Diamond distingue 5 facteurs menant une société, plus ou moins élaborée et complexe, vers sa disparition. Ces facteurs sont assez attendus : démographie, climat, environnement, politique et commerce, et, au final, réactivité face à une situation de crise. A partir de ces variables, il examine les diverses sociétés disparues, depuis les plus réduites (les sociétés de l’île de Pâques, de l’île de Henderson ou de l’île de Pitcairn, le Vinland des Vikings) jusqu’aux plus importantes (l’empire maya, le Groenland viking) en passant par des interrogations contemporaines. Un plan efficace dans sa simplicité, en forme de grille de lecture. Mais une grille de lecture ouverte, qui propose une alternative, une gestion intelligente des ressources naturelles, incarnée dans des sociétés modèles, depuis le cas «microscopique» de Tikopia, jusqu’à l’histoire récente (depuis le XVIe siècle) du Japon, en passant par la Nouvelle Guinée, autant de sociétés qui, confrontées aux facteurs de crise, ont su s’adapter et faire évoluer intelligemment leur croissance (de fait, l’ouvrage ne prêche pas en faveur de la décroissance, mais d’une croissance contrôlée, à géométrie variable). Et l’auteur dénonce même, dans le cas guinéen, l’influence déstabilisante de la science occidentale sur des traditions agronomiques qui ont fait leurs preuves. Dans la foulée, J. Diamond analyse des sociétés contemporaines menacées : la Chine, le Rwanda, Haïti, l’Australie… et même la Californie du Sud, chacune confrontée à une crise plus ou moins forte, et plus ou moins avancée.

Le sous-titre de l’ouvrage, pour provocateur qu’il soit, éclaire le dessein de l’auteur : «Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie»… Pas de destin contraire, de mauvaise fortune ou de sentence divine dans l’univers de Jared Diamond. Si les dieux ont soif, ce sont souvent les hommes qui les abreuvent. L’idée que le destin d’une société puisse dépendre d’elle-même, des choix politiques de ses dirigeants, des logiques de ses entreprises, voire de l’implication de chaque citoyen (le cadre démocratique le suppose) n’a rien de révolutionnaire, mais pose la question de la responsabilité individuelle dans un processus dont l’ampleur invite plutôt au désengagement. Membre de la WWF, l’auteur ne fait pas mystère de ses convictions écologistes et appelle – de manière informée – à une gestion plus raisonnée, et donc plus raisonnable, des ressources de la planète.

Car la question posée, au final, s’avère vitale : pourquoi une société, confrontée à une situation de crise, prend-elle une décision catastrophique, irrationnelle ? Quelles logiques se heurtent à l’intérêt collectif et au long terme ? Existe-t-il un choix de l’échec ? En présentant son livre comme un «guide de l’échec», l’auteur pointe ironiquement du doigt les logiques à court terme qui mènent aux politiques d’autodestruction, depuis la maladresse ou la simple ignorance, jusqu’à l’incapacité à gérer une crise, voire la surexploitation cynique d’une ressource. Preuves et exemples à l’appui… y compris des exemples contemporains. Ainsi, l’explication du génocide rwandais par exemple, à partir de données environnementales et politiques, plutôt que culturelles, est tout à fait convaincante. De même, le tableau d’une Australie partagée entre une identité, une culture européenne, et un destin asiatique, s’avère étonnant.

L’ouvrage relève du genre de l’essai, mi-historique, mi-prospectif : si la réflexion est intense, et l’argumentation solide (le professeur Diamond, très pédagogiquement, explique chacun de ses résultats, étayés par de longs raisonnements, revient sur des débats scientifiques qu’il éclaire, évoque les diverses méthodes de datation – essentielles pour saisir l’évolution d’une société – et au final, propose des interprétations et des théories explicatives), le propos se veut toutefois militant, et parfois tranchant (l’auteur ne fait par exemple pas l’économie d’une réflexion nuancée sur le réchauffement de la planète). Du reste, J. Diamond n’hésite pas à se mettre en scène, comme témoin, comme citoyen engagé et comme enseignant confronté à un dilemme pédagogique. Et cela dès l’introduction, qui revient sur le destin récent d’une vallée du Montana - que l’exploitation minière et forestière a bouleversée, et sans doute condamnée - et se présente comme un manifeste pour un usage plus respectueux des ressources, un usage qui sache faire la part des intérêts immédiats et de l’avenir.

A cette introduction répond d’ailleurs un seizième chapitre conclusif sous forme de constat et de suggestions. Comparant le monde à un polder, J. Diamond invite à une exploitation qui fasse la part des équilibres, afin de préserver, comme dans le cas néerlandais, l’équilibre de la digue, au risque de voir les catastrophes déferler comme une vague. En proposant au lecteur de réfléchir, à partir de cas concrets d’effondrement (à une échelle réduite) à la situation des sociétés contemporaines (menacées ou au contraire «modèles»), il offre une belle leçon de science appliquée, dans un style très accessible, et qui appelle à une prise de conscience… et vite !


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 27/04/2009 )
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       de Jared Diamond
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