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Un forum pour l’après-crise
 Collectif   Groupons-nous et demain ! - La crise internationale et les alternatives de gauche
Le Temps des cerises - Correspondances Internationales 2010 /  20 € - 131 ffr. / 291 pages
ISBN : 978-2841098477
FORMAT : 14cm x 20cm

L'auteur du compte rendu : Essayiste, docteur en sociologie, Frédéric Delorca a publié entre autres, aux Éditions du Cygne, Transnistrie : Voyage officiel au pays des derniers Soviets (2009).
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L’Internationale communiste est morte au XXe siècle. Mais dans son sillage des intellectuels et cadres de partis marxistes ou simplement de la «gauche de la gauche» entretiennent des réseaux plus ou moins informels, qui, à l’occasion, peuvent constituer des sortes de «think tanks» alternatifs.

Tel est le cas de groupe «Correspondances internationales», né dans la mouvance du Parti communiste français dans les années 1990, qui aujourd’hui crée une collection du même nom aux éditions Le Temps des Cerises, et publie les actes d’un colloque co-organisé en juin 2009 à Sao Paulo avec le Parti des travailleurs brésilien, le Parti communiste du Brésil, et les Fondations Perseu Abramo et Mauricio Grabois.

Les diverses contributions à ce colloque consacré à l’analyse de la dernière crise financière mondiale sont regroupées autour de quatre axes principaux intitulés respectivement «quelle crise ?», «quel monde ?», «quelle résistance ?» et «quelle alternative ?». Il réunit des intervenants d’horizons géographiques variés (indien, chinois, portugais, français, étatsunien, britannique, hongrois, polonais, mauritanien, vietnamien, argentin, sud-africain, cubain, égyptien, etc.) et au-delà de la mouvance communiste stricto sensu : ainsi, le secrétaire international du Parti communiste du Brésil dans son introduction associe à plusieurs reprises «communistes et anti-impérialistes» ou militants «communistes et de gauche conséquente» pour élargir «le front» au-delà des marxistes classiques.

L’ouvrage met de la sorte à la disposition du grand public les grilles d’analyse de cette mouvance et les perspectives débattues dans ses forums internationaux. La plupart de ses contributions ont le mérite de tenir ensemble une dimension économique (l’étude du capitalisme et de ses contradictions) et un intérêt pour la géopolitique (l’impérialisme occidental comme bras armé du système capitaliste mondial), conformément à des préoccupations répandues dans le Tiers-Monde, mais qui ont souvent disparu au sein de la gauche européenne.

Le volet économique sera apprécié diversement selon la sensibilité de chacun. Certaines contributions, tout en se voulant «non dogmatiques», «concrètes», ouvertes à la diversité, s’attachent peut-être un peu trop à démontrer la pertinence des thèses de Marx, en sacrifiant au passage la rigueur de la démonstration. Ainsi certains paragraphes récurrents sur la baisse tendancielle (non démontrée) des profits dans l’économie capitaliste, et ce condensé un peu approximatif – et non corroboré par les faits – selon lequel (p.25) : «La croissance de l’emploi, au cours de [la période de la globalisation néo-libérale] a toujours été plus basse que la croissance du PIB mondial. Ces deux éléments mis ensemble, signifient que le pouvoir d’achat de la grande majorité de la population mondiale a régressé» (le lien hausse du PIB-croissance plus faible de l’emploi-baisse du pouvoir d’achat est des plus obscures, les deux premiers termes de la démonstration montrent juste une hausse de la productivité, qui pourrait tout aussi bien se traduire par une hausse du pouvoir d’achat, notamment si les prix des produits baissent, une hausse de pouvoir d’achat qui est d’ailleurs factuellement confirmée dans tous les pays émergents, y compris dans leurs franges pauvres, ce qui, avec les pays riches, représente une majorité de la planète). On peut préférer à ces axiomes des analyses plus minutieuses, qui, ailleurs dans le livre, tout en étant fidèles à Marx, ou parfois en s’en éloignant, «collent» de plus près aux mécanismes précis des impasses de la financiarisation de l’économie depuis Reagan et Thatcher – comme la contribution de l’économiste François Morin ou le tableau noir que brosse le secrétaire international du parti communiste de Grande Bretagne des chances de son pays de s’affranchir des intérêts des hedge funds étatsuniens.

Sur un volet plus stratégique, le livre informe utilement le lecteur de l’état des forces en présence pour lutter contre l’oppression financière mondiale. Les données livrées sont documentées, et le plus souvent introuvables dans les grands réseaux d’information planétaires. On recommandera notamment la lecture de la contribution nuancée du président du Parti communiste ouvrier hongrois sur le positionnement de la Russie à l’égard de l’Empire étatsunien, ou de l’article inspiré de Piotr Ikonowicz, un acteur de terrain du mouvement social polonais, sur la situation de son pays, ainsi que l’analyse intéressante du secrétaire international de l’Union des forces de progrès de Mauritanie Gourmo Abdoul Lô sur l’action de la Chine en Afrique, un article qui, comme celui qui le précède de Wladimir Pomar, repère des continuités – peut-être discutables – entre la Chine de Mao et celle d’aujourd’hui, et valorise la politique chinoise de prêt et d’investissement en Afrique. L’article de Gourmo Abdoul Lô est riche en informations factuelles qui contredisent les médias dominants, notamment sur la volonté de la Chine de remédier aux effets de la concurrence déloyale faite aux PME africaines. Il ne passe pas pour autant sous silence les problèmes complexes que pose la non-ingérence politique chinoise quand il s’agit par exemple d’investir dans un pays soumis à une répression militaire féroce comme la Guinée, Gourmo Abdoul Lô plaçant ses espoirs dans le caractère «socialiste» que revendique encore le gouvernement chinois susceptible selon lui de venir un jour à bout de ce qu’il appelle le «mercantilisme étroit» de ses entreprises.

Le livre n’est pas exempt d’un certain pessimisme. L’article sur la Grèce, après avoir énuméré une série de grèves au premier semestre 2010, conclut sur les mesures de casse sociale du gouvernement social-libéral d’Athènes, sans ouvrir d’espoirs de conquêtes. Emir Sader sur l’Amérique latine relève le regain d’activisme de la droite sur ce continent, et n’exclut pas que les régimes «post-néo-libéraux» à la Chavez ne soient que des parenthèses dans l’histoire du continent. «La page de la première vague des luttes pour l’émancipation est tournée, celle de la seconde vague n’est pas encore ouverte», observe l’économiste Samir Amin. «Je suis convaincu qu’une fois passée cette crise – comme à la fin des crises antérieures – le capitalisme sortira renforcé», renchérit même un ancien ministre de l’ex-président brésilien Lula. Au chapitre des bilans et projections, les «économies de marché d’orientation socialiste» comme le Vietnam et la Chine semblent être les plus portées à l’auto-satisfaction. Le socialisme de marché est d’ailleurs l’option que le politiste français Tony Andreani propose de généraliser, sur la base de renationalisations bancaires et industrielles (tout en rendant cependant les entreprises nationales indépendantes du pouvoir politique, ce qui n’est pas simple à envisager). Aux yeux du secrétaire international du Parti des travailleurs brésilien Valter Pomar, qui conclut l’ouvrage, l’idée d’une transition longue vers le socialisme, qui s’accommodera pendant des décennies de l’existence d’un secteur capitaliste dynamique, fait partie intégrante de l’orthodoxie marxiste. Compte tenu des rapports de forces mondiaux, la gauche ne peut donc se placer, selon lui, que sur la «défensive stratégique», en jouant, au Brésil, la carte du continent latino-américain contre l’hégémonisme étatsunien, et, au niveau mondial, en tentant de résister au système imposé par les pays du Nord. Seulement dans un second temps il s’agira d’imposer un ordre économique mondial favorable à l’expansion des marchés intérieurs (et non tourné vers l’exportation comme dans le système néo-libéral) et affranchi du système de crédit actuel.

Une stratégie «défensive» dont le séminaire de Sao Paulo et le livre collectif publié cet automne au Temps des Cerises se proposent d’être un des instruments.


Frédéric Delorca
( Mis en ligne le 02/11/2010 )
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