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Histoire & Sciences sociales  ->  Géopolitique  
 

Pour en finir avec une certaine complaisance
Frédéric Encel   Géopolitique de l'Apocalypse - La démocratie à l'épreuve de l'islamisme
Flammarion - Champs 2003 /  7 € - 45.85 ffr. / 211 pages
ISBN : 2-08-080066-3
FORMAT : 11x18 cm

Ouvrage paru une première fois en 2002 (Flammarion).

L’auteur du compte rendu : Agrégé d’histoire et titulaire d’un DESS d’études stratégiques, Antoine Picardat a été chargé de cours à l’Institut catholique de Paris et analyste de politique internationale au Ministère de la Défense. Il est actuellement ATER à l’IEP de Lille.

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Le lecteur qui veut savoir immédiatement comment la démocratie doit réagir face à l’islamisme radical se reportera aux dernières lignes de Géopolitique de l’apocalypse. La réponse de Frédéric Encel tient en un mot : la guerre ! Une guerre juste, contre la terreur aveugle ; une guerre entre systèmes de valeurs fondamentales ; «une guerre qui oppose des modèles éducatifs, sociaux, politiques, juridiques, institutionnels et philosophiques profondément antinomiques. Une guerre pour la liberté.»
Cette conclusion s’inscrit dans la logique de la réflexion développée dans ce petit livre. Frédéric Encel a été profondément choqué par les attaques terroristes du 11 septembre, qu’il qualifie «d’assassinats de masse», ainsi que par un certain discours de complaisance, beaucoup entendu en France, à l’égard de leurs auteurs, de leurs inspirateurs ou de leurs causes. Il entreprend donc de rétablir certaines vérités sémantiques et politiques, et il réfléchit aux conséquences nationales et internationales de l’offensive du radicalisme sunnite.

Géopolitique de l’apocalypse est divisé en trois parties : «Ce que ne fut pas ce 11 septembre 2001», «La guerre Etats-Unis/Al Qaïda», «Notre démocratie face au troisième totalitarisme». En réalité, seule la deuxième partie correspond au titre du livre. Frédéric Encel y esquisse une géopolitique de l’après 11 septembre, qui n’est cependant pas une «géopolitique de l’apocalypse». Il y décrit les objectifs, les stratégies et les tactiques de chacun des deux adversaires, avant d’envisager les recompositions géopolitiques qui en découlent. Paradoxalement, si elle correspond donc partiellement au titre, cette partie est aussi la moins convaincante.

Loin d’être farfelues ou aberrantes, ses hypothèses souffrent de deux faiblesses. D’abord, elles s’ajoutent à l’avalanche de conjectures géopolitiques ou stratégiques qui a submergé le citoyen-lecteur depuis le 11 septembre. Le pire y a toujours côtoyé le meilleur et les faits ont rarement confirmé les avis des experts (sic). On reste donc dubitatif lorsque Frédéric Encel affirme par exemple que Ben Laden espérait que les attentats provoqueraient le renversement du président pakistanais Moucharraf par une junte militaire pro-islamiste, qui offrirait à Al Qaïda d’utiliser l’arme nucléaire contre des cibles américaines ! À défaut d’être impossible, cela reste de l’ordre de l’hypothèse sans grand fondement. Même chose lorsqu’il voit derrière la définition par George Bush de «l’axe du Mal », des avertissements lancés à la Chine et à la Russie. Cette même Russie avec laquelle l’auteur nous rappelle que les Etats-Unis ont, depuis près de trois ans maintenant, jeté les bases d’un véritable partenariat stratégique. Tout cela demanderait à ne pas être simplement affirmé ou avancé, mais développé et démontré. Là réside la seconde faiblesse de cette partie : elle est trop brève, 60 pages, et la démonstration n’est pas suffisamment construite. Sans doute aurait-il fallu consacrer un ouvrage entier à cette partie.

La faiblesse relative de celle-ci vient sans doute du fait qu’elle n’était au fond pas l’objectif principal de Frédéric Encel. Son véritable propos se trouve dans les première et troisième parties : rejeter catégoriquement toute forme de complaisance à l’égard du terrorisme d’Al Qaïda et dénoncer le danger que le radicalisme sunnite représente pour nos sociétés démocratiques. Ces deux parties sont beaucoup plus convaincantes et peuvent fournir des arguments à quiconque a déjà eu à livrer ces conversations inquiétantes avec des concitoyens, justifiant ou faisant preuve de mansuétude à l’égard des attentats du 11 septembre.

Les terroristes qui frappèrent les Etats-Unis ce jour-là n’étaient pas des kamikazes. Ce n’était pas, à la différence des pilotes japonais, des combattants, menant une action de combat, certes terrifiante, contre d’autres combattants disposant de moyens de défense. C’était des assassins de civils désarmés et pris par surprise. Ce n’était pas davantage des défenseurs des opprimés de la planète; Ben Laden est milliardaire et ses sbires sont souvent des diplômés issus de la bourgeoisie de leur pays d’origine, ou des amis des Palestiniens, sanctionnant les États-Unis pour leur soutien à la politique menée par le gouvernement Sharon. Les attentats étaient prévus longtemps avant la victoire électorale de Sharon. De plus, la cause palestinienne est surtout un outil rhétorique à l’usage de chefs arabes qui se soucient peu du sort de cette population. Pour preuve, Frédéric Encel rappelle avec quelle constance les groupes terroristes islamistes ont toujours lutté, à coup d’attentats-suicides, contre le processus de paix israélo-palestinien. Et même si ces deux affirmations étaient vraies, cela ne justifierait en rien le meurtre de milliers de personnes, dont des pauvres, des musulmans et des Arabes, n’ayant rien à voir avec ces soi-disant causes.

Frédéric Encel estime enfin que le radicalisme sunnite, dont les origines remontent aux XIIIe-XIVe siècles, donc bien avant les prétextes politico-économiques invoqués, constitue une menace redoutable pour nos sociétés. Il en appelle donc à une prise de conscience et à une réaction. Il dénonce le discours américanophobe creux qui se trompe d’adversaire. Il demande que nous cessions de nous flageller pour les fautes ou crimes commis par le passé, et dont l’ampleur ou l’unicité sont souvent à revoir à la baisse, et que cesse l’adulation de ceux qui s’en présentent comme les victimes. Il exige que l’on ose enfin dénoncer le mal là où il se trouve : que l’on dise ouvertement qu’il existe un islam sunnite raciste et antisémite, qui appelle ouvertement au crime et à la haine entre peuples et civilisations. Il est partisan d’une mise en quarantaine des régimes qui soutiennent ou tolèrent ce radicalisme, notamment l’Arabie saoudite. Parallèlement, il faudrait soutenir ceux qui tentent d’y résister, le Maroc ou la Jordanie, et se rapprocher de l’Inde pour établir un partenariat stratégique sur le long terme.

La lutte contre le radicalisme sunnite doit être livrée aussi à l’échelle nationale. Il faut opposer au discours extrémiste, la pédagogie et l’autorité morale et spirituelle de personnalités musulmanes modérées qui démontreraient dans les médias que ce radicalisme ne correspond pas au message de l’Islam. Cela pourrait également servir de point de départ à une véritable politique d’intégration, cultuelle et économique, des populations maghrébines de France chez qui Ben Laden et consorts trouvent une audience non négligeable.

Enfin, la meilleure réponse aux discours extrémistes doit être apportée grâce à l’école. Le débat sur le voile a évidemment montré tout ce que cette proposition a de pertinent, sinon de neuf. Sauf qu’ici, les accents sont nettement chevénementistes et nostalgiques, et que ses idées ne paraissent pas adaptées aux exigences de l’heure. Si tout au long de son livre, Frédéric Encel sait employer les mots appropriés pour désigner le danger du radicalisme sunnite, son idée de le combattre en redécouvrant une géographie des départements et une histoire des héros, visiblement inspirée de la IIIe République, laisse sceptique. L’école doit jouer un rôle dans la défense des valeurs de la démocratie, mais pas en cherchant dans le passé le modèle de son discours.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 23/01/2004 )
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