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Un orient très mystérieux…
Roger Faligot   Les Services secrets chinois - De Mao aux J.O.
Nouveau monde 2008 /  24 € - 157.2 ffr. / 605 pages
ISBN : 978-2-84736-302-9
FORMAT : 14,0cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Tout commence à Shangaï, à la fin des années vingt. On se croirait dans La Condition humaine ou dans une version asiatique de Casablanca, mais la guerre qui déchire la Chine entre nationalistes et communistes, sous les regards curieux des concessions étrangères, est bien réelle. Et faisant feu de tout bois, Zhou Enlai, jeune mandarin et déjà vieux militant, forge un instrument qui connaîtra un destin riche, le Teke, premier service secret du parti communiste chinois. Dans un monde où quasiment tous les coups sont permis, le Teke s’organise et prend du galon pour se muer, peu à peu, en l’un des services de renseignement les plus tentaculaires qui soient, une «nébuleuse sécuritaire», «mondialisée» et impénétrable. C’est aux étapes de cette histoire longue et complexe que Roger Faligot, grand spécialiste de la question, consacre une enquête dense et informée, Les Services secrets chinois de Mao aux J.O.

Une histoire où l’ombre de Moscou s’impose : l’URSS forme en partie les chefs et les méthodes au sein d’une école du renseignement, tente – non sans difficultés – d’influer sur les leaders et l’avenir même du mouvement communiste chinois (mais les kominterniens s’avèrent étonnamment naïfs face à des orientaux retors…), communique aux maîtres espions chinois, outre ses techniques modernes de renseignement, son complexe obsidional et sa pratique de la purge. La Chine, élève modèle, un peu indisciplinée, mais tellement prometteuse du totalitarisme stalinien… Car les épurations rythment le destin de ce sérail qui, suivant sa propre longue marche, se mue en un organisme complexe dépendant tant de la Défense que de la Sécurité intérieure, où les services se croisent, où les compétences s’entremêlent inextricablement, où les conflits personnels, politiques et idéologiques légitiment les évolutions institutionnelles. Quelques personnalités se distinguent, par leur efficacité redoutable et leur aptitude à ne survivre qu’en tuant : de Kang Sheng - premier véritable organisateur de ce petit monde dès la fin des années 20 et l’issue de la Longue marche, qui fait figure de père (fouettard et vicelard) de l’espionnage chinois, et ce jusqu’à sa mort en 1975 – à Jiang Zemin, l’espionnage est en soi une école d’Etat et un tremplin vers le pouvoir.

Et puis, parce que le lecteur le vaut bien, on croise quelques stars inattendues, comme Pearl Buck et Mme Roosevelt, Tchang et Tintin même (avec un petit tour dans la cuisine de Hergé)… et même Nicolas Sarkozy, décidément incontournable. Car la France intéresse l’empire du milieu, et ce à différents niveaux, depuis le simple renseignement politique (en Chine, le renseignement pourrait se traduire par «information ouverte» : pas d’espionnage donc, mais juste de la curiosité !), jusqu’à un espionnage économique de grand style, qui vise tout l’Occident, frappant aussi bien le CEA que Danone. N’oublions pas que de Gaulle reconnut, parmi les premiers, la Chine communiste…

Au passage, on y découvre certains épisodes discrets de la guerre froide et du grand jeu (Tiananmen vu depuis les officines, Pékin et sa citadelle souterraine, les opérations ratées de la CIA et la cohorte d’espions capturés, les dessous de la relation sado-maso entre Moscou et Pékin…), on revient sur quelques moments clefs de l’histoire chinoise (comme la révolution culturelle ou les rapports avec Hong Kong et Taïwan), et l’on prend note des méthodes actuelles (internet comme arme de guerre et instrument de surveillance – avec la complicité de certains opérateurs occidentaux, les relais cubains renforcés depuis l’avènement de Raul Castro «el chino»…). La modernité qu’entend incarner Hu Jintao s’applique autant au renseignement qu’à l’économie… A ce dernier titre, l’ouvrage tombe à pic pour mettre en lumière des pratiques qui demeurent celles d’un Etat totalitaire, en quête de respectabilité olympique.

Entre enquête historique et thriller d’investigation, l’ouvrage de Roger Faligot se lirait presque comme un bon polar… sauf qu’on n’est pas dans l’imaginaire d’un écrivain, mais bien dans la réalité d’un journaliste de terrain, bon connaisseur des affaires de renseignement (on lui doit, entre autres, une Histoire mondiale du renseignement en 2 tomes), particulièrement de la Chine et du bloc de l’Est (avec des biographies de Kang Sheng et de Jean Cremet), et, plus largement de toutes les marges et contre-allées un peu sombres de la politique (cf. la très intéressante Histoire secrète de la Ve république).

Car en arrière-plan de ce travail bien renseigné, c’est toute l’histoire du XXe siècle, vue d’un angle original. Et l’ensemble est écrit d’une plume si vive, si alerte, que passée la nécessaire accommodation à un organigramme et à des noms exotiques (on apprécie les expressions stratégiques locale), on dévore cette étude comme un grand thriller, avec ses coups fourrés, ses héros et ses traîtres, ses ambiances douteuses et ses secrets d’Etat. Mention spéciale pour l’introduction. Alors on peut lire ces Services secrets chinois : pour en savoir plus, pour acquérir quelques idées simples sur l’Orient toujours mystérieux, observer avec un regard lucide la démocratie chinoise vantée par quelques présidents inconscients, et peut-être pour se poser sérieusement la question du rôle des démocraties dans un «grand jeu» qui reste d’actualité, mur de Berlin ou pas…


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 10/04/2008 )
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