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Un diable peut en cacher un autre
Pierre-André Taguieff   Du diable en politique - Réflexions sur l'antilepénisme ordinaire
CNRS éditions 2014 /  22 € - 144.1 ffr. / 390 pages
ISBN : 978-2-271-08063-9
FORMAT : 15,2 cm × 23,1 cm
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Philosophe, politologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff est directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof, Paris). Il est notamment l’auteur de La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles (1988), Le Racisme (1997), La Nouvelle Judéophobie (2002), L’Illusion populiste (2007) et Le Nouveau national-populisme (2012).

Pierre-André Taguieff s’attaque cette fois-ci à tous ceux qui diabolisent le Front national et l’extrême-droite en général sous des prétextes fallacieux, interdisant toute discussion informée sur le mouvement lepéniste et substituant l’indignation morale et la condamnation à la critique argumentée et à la lutte politique : «On peut définir la diabolisation comme un acte de discours à visée polémique consistant à transformer en diable, ou en représentant du Mal, un adversaire, individuel ou collectif, traité en ennemi absolu» (p.89). «Diaboliser, c’est dénoncer et condamner un individu ou un groupe assimilé à une incarnation du Mal. Et, partant, créer un ennemi absolu, absolument redoutable et haïssable, contre lequel tout est permis».

L’analyse de tous les processus de diabolisation est remarquable, fruit de recherches approfondies et construite d\'arguments pointus ; on a là un livre-clé pour tous ceux qui veulent penser un tel phénomène sans sombrer dans la bêtise, l’insulte ou l’anathème. L’auteur fait feu de tout bois et aboutit à une conclusion plus que déroutante pour les militants de la gauche antifasciste : «Peut-être faut-il en prendre son parti : il n’y a pas quelque chose comme une «essence» de l’extrême droite, qui pourrait faire l’objet d’une définition claire et consensuelle» (p.205).

Cependant, alourdi par une centaine de pages de notes, l’essai devient rapidement un peu répétitif et trop digressif quand il s\'agit de décoder les termes utilisés par les antiracistes ou les néo-antifascistes. A force de parler de diabolisation, on risque de voir de la diabolisation partout et Pierre-André Taguieff se prend aussi parfois les pieds dans le tapis. Car dénonçant les discours indignés ou diabolisateurs, il y cède lui-même en qualifiant Alain Soral de «nationaliste fascistoïde» (p.130). Quelle différence alors avec le «fasciste Le Pen» ?...

Quand il cite Jean-Claude Michéa, Christophe Guilluy ou Laurent Bouver qui ont redonné du blason aux mots «peuple» et «populisme», c’est pour aussitôt mettre en garde contre une vision misérabiliste du peuple en oubliant qu’il s’agit de la majorité de la population et que celle-ci n’a peut-être simplement pas envie de la dérégulation libérale. Pourquoi Pierre-André Taguieff se croit-il obligé de prendre automatiquement le mot populisme comme indiquant une idéalisation du «peuple» ?

Le point le plus problématique est que si Pierre-André Taguieff a raison de s’en prendre à tous ces discours militants, il n’offre étrangement pas d’alternative au discours anti-Le Pen. Il ne propose par exemple aucune critique du programme Lepéniste qui permettrait de mettre en regard une critique sensée face aux discours moralisateurs ou indignées.

Mais plus profondément, on peut se poser la question de savoir pourquoi Pierre-André Taguieff et, avec lui, Elisabeth Levy et Alain Finkielkraut, de près ou de loin, défendent tant le Front National depuis quelques années au point de s’en rapprocher fort étrangement, non pour son programme mais pour le discours peu ou prou anti-islamiste, confondant abusivement immigration et délinquance et ce sans aucun discours social qui expliquerait pourquoi cette même immigration a été largement favorisée par les différents gouvernements de droite comme de gauche.

C’est d’autant plus suspect que Pierre-André Taguieff a fait partie du courant atlantiste du \'\'Cercle de l’Oratoire\'\' (avec André Glucksmann, Pascal Bruckner, et Romain Goupil, entre autres), créé après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center avec pour but de défendre la politique des États-Unis, de lutter contre l\'islamisme radical considéré comme le nouveau totalitarisme. Il a également été contributeur à plusieurs sites radicaux islamophobes comme Ring (David Kersan).

Le malaise est ainsi réel pour le lecteur entre, d’un côté, l\'intelligence de cet essai contre la diabolisation de l’extrême droite et, de l’autre, les positions idéologiques fort problématiques de l’auteur. Une stratégie à long terme ?...


Yann Leloup
( Mis en ligne le 16/09/2014 )
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