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Le bras gauche de la République ?
Vincent Nouzille   Les Tueurs de la République - Assassinats et opérations spéciales des services secrets
Fayard 2015 /  20 € - 131 ffr. / 346 pages
ISBN : 978-2-213-67176-5
FORMAT : 15,3 cm × 23,3 cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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On s’en doute forcément : l’Etat républicain, tout Etat de droit qu’il soit, dispose d’une main gauche au service de la raison d’Etat, et peu respectueuse de la loi. Cette main gauche, ce sont principalement les services de renseignement (civils et militaires) et leur volet «action», notamment à l’extérieur. Il est ainsi admis que pour le service de l’Etat, et au nom de sa sécurité, certains hommes enfreignent le droit (national et international), tels des corsaires du XXIe siècle.

C’est à ces corsaires modernes que le journaliste Vincent Nouzille consacre un ouvrage dense, qui se lit comme un thriller sur fond d’histoire française (et surtout africaine). Le cadre de départ, c’est la Ve République, la République gaullienne, avec ses pouvoirs régaliens, son «domaine réservé» et un contexte de départ (1958, l’Algérie, l’opération résurrection, etc.) qui semble justifier des pratiques héritées de la résistance. La violence politique s’insère, discrètement, dans l’ADN du régime… une violence politique qui d’emblée, s’inscrit dans une logique de guerre civile, sur fond d’affaires algériennes. C’est la naissance des opérations «homo», visant des ennemis de la France… et notamment de sa présence en Algérie. La lutte contre les réseaux FLN, en Algérie et à l’international, inspire la création d’un vivier de soldats de l’ombre, formés à tuer… un vivier qui peut toutefois aussi alimenter les forces de l’OAS et viser de Gaulle lui-même (l’arroseur arrosé ?...). Mais le principe est établi et tout l’enjeu de l’enquête menée à partir d’une ample littérature et de témoignages, est de saisir l’usage, par chaque président, de cette arme secrète.

Rapidement, V. Nouzille nous entraîne hors de France, en Afrique… ou plus exactement en Françafrique, tant l’histoire de ces opérations d’un genre spécial est liée à cette dimension si spécifique de notre politique extérieure : de Pompidou à Hollande, l’auteur s’intéresse à la manière dont chaque président a usé/abusé ou mésusé (par éthique personnelle) de cet outil. On croise, dans les marges de cette histoire, quelques notabilités : hommes de l’ombre (l’inévitable Jacques Foccart, le général Rondot, etc.), gros bras (le mercenaire Bob Denard), notabilités (Omar Bongo, Hissène Abré, Karadzic, Kadhafi, etc.) et autres terroristes (Carlos, Abou Nidal). On évolue d’Afrique au Moyen Orient – avec Beyrouth en ligne de mire – selon une logique qui est celle d’une puissance de plus en plus moyenne, et contrainte à user d’expédients. L’auteur s’intéresse donc à ces soldats un peu particuliers, à leur vivier (le 11e choc, la cellule «alpha»), à leurs réseaux, leurs conflits (DGSE vs Armée), leurs coups d’éclats et leurs échecs (Ouvéa, le Rainbow Warrior, etc.). Bref, on retrace cinquante ans de coups, de manipulations, d’opérations secrètes et de crimes d’Etat, de bidonnages plus ou moins réussis, au nom des intérêts supérieurs de… l’Etat (et tel ou tel parti ?). Avec en toile de fond, une actualité de la violence et du terrorisme (Tibehirine, Lybie, Mali).

Alors évidemment, le défaut inhérent à ce type d’ouvrage est celui de la crédibilité : on se doute qu’il existe un risque d’intoxication, de manipulation, et que l’enquête, aussi consciencieuse soit-elle, attire légitimement le soupçon. Forcément, il n’y a ici ni archives d’Etat, ni fonds officiels (à quelques rares exceptions) : c’est une histoire souterraine que V. Nouzille pratique néanmoins avec efficacité et style, et qui se déguste de même, dans la foulée des ouvrages sur l’Histoire secrète de la Ve république et autres. On parcourt, par la marge, une histoire contemporaine connue et, pour les amateurs de récits de l’ombre et autres confidences, il s’agit d’une lecture très recommandable, et fort agréable.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 10/03/2015 )
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