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Freud rêvait...
René Pommier   Sigmund est fou et Freud a tout faux - Remarques sur la théorie freudienne du rêve
Editions de Fallois 2008 /  18 € - 117.9 ffr. / 187 pages
ISBN : 978-2-87706-649-5

L'auteur du compte rendu : Laurent Fedi, ancien normalien, agrégé de philosophie et docteur de la Sorbonne, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie française du XIXe siècle, parmi lesquels Le problème de la connaissance dans la philosophie de Charles Renouvier (L'Harmattan, 1998) ou Comte (Les Belles Lettres, 2000, Rééd. 2006).
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Les khâgneux d\'une génération bientôt quarantenaire connaissent René Pommier, Professeur de la Sorbonne, spécialiste de littérature classique et adversaire réputé du structuralisme. Cet iconoclaste n’hésita pas, dans sa thèse de doctorat, à réfuter Roland Barthes, le maître à penser de la nouvelle critique. C’est une autre idole, plus impressionnante, qu’il renverse dans son dernier ouvrage, paru aux éditions de Fallois. R. Pommier n’est pas le premier à démystifier le freudisme. D’autres s’y sont essayés, souvent avec succès : Adolf Grünbaum, Gérard Zwang, Jacques van Rillaer, J. Cottraux, Robert Wilcocks, Patrice van den Reysen, Jacques Bénesteau, Mikkel Borch-Jacobsen. Ce qui fait l’originalité du livre de R. Pommier, c’est sans doute la simplicité de sa méthode, qui consiste à lire les textes pour eux-mêmes, sans arrière-plan théorique, en essayant simplement d’en déceler la cohérence, une méthode qui permet en somme de juger «sur pièces». Or il suffit d’un peu d’attention pour s’apercevoir que Freud viole en permanence les règles les plus élémentaires de la démonstration : il affirme une chose, puis, deux pages plus loin, le contraire, il multiplie les affirmations gratuites et les hypothèses les plus arbitraires, généralise à partir d’un cas singulier qui souvent contredit ses propres résultats antérieurs ; bref, Freud est un illusionniste dont les tours de passe-passe ne résistent pas longtemps à l’examen. Doit-on l’avouer ? L’essai de R. Pommier nous a renvoyé à nos souvenirs de lycéen et à la stupéfaction qui fut la nôtre en découvrant, dans le premier livre de Freud qui nous tomba sous la main, une désinvolture méthodologique dont nous ne trouvions aucun équivalent chez les autres auteurs au programme.

Parce qu’il fallait faire un choix, R. Pommier a décidé de concentrer son examen sur l’interprétation des rêves, une partie de son œuvre à laquelle Freud était particulièrement attaché. R. Pommier déroule la liste des symboles sexuels présentés comme indubitables et nous rappelle que les chapeaux, les manteaux, les cravates sont des symboles phalliques au même titre que les parapluies qu’on déploie comme un objet en érection – à ceci près, remarque Pommier, qu’un parapluie déployé perd son pouvoir de pénétration, ce qui ne semble être pour Freud qu’un détail. L’arrachage d’une dent est l’un des symboles les plus suggestifs de l’onanisme. Le bois est un symbole féminin comme le veut une étymologie assez complexe dont seul notre inconscient, apparemment, est averti. Au-delà du caractère fantaisiste des symboles que Freud prétend découvrir, on est déconcerté par l’arbitraire qui préside au choix de tel ou tel symbole dans le travail d’interprétation, car tandis qu’il fait un sort à des objets dont personne d’autre que lui ne perçoit la signification, il lui arrive de ne pas tenir compte de symboles qui devraient lui paraître évidents au vu de son propre inventaire.

L’interprétation des rêves dépend pour une large part du récit complet des patients, en relation avec leur biographie familiale, mais c’est là peut-être que la supercherie de Freud est le plus visible. Comme cela nous est montré à partir de plusieurs exemples célèbres, dont l’injection à Irma, la méthode de Freud consiste à éliminer dans le récit initial du patient non seulement ce qui dérange la thèse qu’il veut établir, mais aussi les nombreux éléments dont il ne peut se servir pour l’étayer. «A la fin de l’opération, il ne reste souvent presque rien et parfois rien du tout du récit initial» (p.24). Pour arriver au bout de ses prétendues démonstrations, Freud est obligé de recourir aux associations les plus abracadabrantes, dont J. Bénesteau a montré, de son côté, qu’elles s’appuyaient parfois sur des erreurs de traduction grossières, savamment dissimulées par le Maître (lire dans Mensonges freudiens, Mardaga, 2002, le chapitre intitulé «Léonard et les drôles d’oiseaux»). Mais Freud, qui a plus d’un tour dans son sac, se tire d’affaire d’un coup, en affirmant que les rêves ne suivent pas les lois de la logique : une chose peut signifier son contraire, comme par exemple «se précipiter dans l’eau» et «sortir de l’eau». A quel critère reconnaît-on les événements symboliquement réversibles ? Nous ne le saurons jamais. La psychanalyse a ses raisons que la raison ne connaît pas. Voilà une bien curieuse science, qui a plus d’un trait commun avec la chiromancie et l’astrologie. Freud n’hésite d’ailleurs pas, quand l’occasion se présente, à invoquer des communications télépathiques, ou la numérologie, dont les rêves sont - paraît-il - friands.

Après avoir déconstruit la méthode freudienne - si l’on peut encore parler de méthode au sens cartésien du terme -, R. Pommier examine les thèses. N’étant pas psychologue, il se déclare incapable de proposer une quelconque explication des phénomènes oniriques, mais Freud en savait-il beaucoup plus que le commun des mortels à ce sujet ? On peut en douter, tant les explications qu’il avance manquent de plausibilité. La thèse principale est bien connue : le rêve serait l’accomplissement d’un désir, accomplissement déguisé si le désir a été refoulé. Il est difficile de comprendre comment Freud intègre à ce schéma les rêves angoissants, les cauchemars (c’est d’ailleurs une remarque de bon sens que peuvent formuler des élèves de terminale). Une autre généralisation laisse perplexe : les rêves auraient pour fonction de prolonger le sommeil, de réaliser notre désir de dormir. Mais comment comprendre que certains cauchemars nous réveillent en sursaut ? Laissons ces objections et passons à la thèse du refoulement. Est-il vrai que nous nous cachons à nous-mêmes nos propres désirs comme des pensées inavouables ? Il nous arrive certes de ne pas révéler aux autres nos désirs sexuels, mais, comme le remarque R. Pommier, cela ne veut pas dire que nous n’en ayons point conscience. «Tout le monde se souvient généralement fort bien de ses premières expériences sexuelles. Loin d’aller, comme le prétend Freud, se cacher précipitamment dans les profondes ténèbres de l’inconscient pour attendre parfois pendant de très longues années le moment propice d’en sortir nuitamment […], nos premiers souvenirs sexuels restent au contraire particulièrement vivaces» (p.159). Cependant, comme on sait, Freud fait remonter la sexualité au plus jeune âge : cette sexualité précoce - qui demeure un dogme vivace dans notre société - n’est pas directement abordée dans le livre, mais R. Pommier rappelle tout de même, avec le soutien de quelques neurologues, que les tout-petits n’ont pas de mémoire événementielle, ce qui rend pour le moins douteuse la thèse de l’amnésie infantile. Bien entendu, Pommier ne conteste pas l’existence des traumatismes d’enfance, ni même la possibilité que certaines interprétations de Freud touchent juste, notamment celles que tout le monde serait capable de livrer. Il dénonce en revanche le caractère antiscientifique des généralisations qui constituent chez Freud un procédé systématique.

Par conséquent, l’auteur de la Traumdeutung n’a rien de commun avec Copernic et Darwin à qui il se comparait. Cet homme dont l’arrogance n’a d’égale que la malhonnêteté, est tout simplement un charlatan. Sa démarche n’est pas si originale qu’on pourrait le croire : «Elle est celle de tous les fondateurs de systèmes et consiste en une perpétuelle fuite en avant qui les fait aller toujours plus loin sur le chemin sans fin de l’arbitraire et de l’absurde» (p.164). On imagine d’ici que les psychanalystes réagiront en considérant la critique de R. Pommier comme un nouveau témoignage de ces résistances psychiques qui confirment la théorie. La psychanalyse est en effet cette science très particulière qui échappe à tout contrôle et absorbe ses contre-exemples en y voyant des exemples significatifs. Karl Popper la disait non réfutable (ou non falsifiable) et la classait parmi les pseudo-sciences.

R. Pommier montre quelque chose de plus : le fonctionnement rhétorique de Freud. Il fallait entrer dans ses mécanismes théoriques pour achever de démystifier ce soi-disant précurseur. D’autres travaux, plus historiques et documentaires, conduisent au même résultat. Dans le genre, l’essai de R. Pommier est un des mieux réussis et des plus agréables à lire. Décapant, intelligent, ce livre d’une drôlerie toute moliéresque est déconseillé aux esprits chagrins. Aux autres, on recommande en particulier les pages jubilatoires sur les clitoris qui font tic-tac et le «regard effrayant» qu’ont les femmes quand elles urinent !


Laurent Fedi
( Mis en ligne le 30/01/2008 )
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