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Quatre veillées
de Loïc Prigent
Arte Vidéo 2010 /  29,99  € - 196.43 ffr.
Durée DVD 240 mn.
Classification : Tous publics

Sortie TV, Pays : France, 2010
Sortie DVD : 3 Février 2010

Version : 4 DVD-9, Zone 2
Format vidéo : PAL
Format image : Couleurs, 16/9 compatible 4/3
Format audio : Anglais, Français
Sous-titres : Français


Bonus :
- scènes coupées
- entretiens

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Un cardinal, une douairière, un fou du roi et deux petits princes. On pourrait attribuer ces rôles aux personnages ici mis en scène, des caractères à part que réunissent leur profession et leur milieu. Le milieu est celui de la Mode, la majuscule semble obligatoire pour ces faiseurs de beauté. Ils sont designers : Lagerfeld, Rykiel, Gauthier et ce couple attendrissant, à la vie comme au travail, Jack McCollough et Lazaro Hernandez, binôme à la tête de la marque New-yorkaise Proenza Schouler (d'après les noms de leurs mères).

Loïc Prigent leur prête ses yeux, il les suit en silence, eux et leurs équipes, à chaque fois quelques heures avant le défilé du moment. Quand rien n'est prêt, quand tout se décide, s'amende et s'abandonne, se refait et s'achève, souvent in extremis, le fil coulant encore aux flancs d'un mannequin docile, alors que la musique, côté podium, est déjà lancée.

Ces quatre documentaires, tout juste diffusés sur Arte, sortent dans un coffret DVD à acquérir pour mieux comprendre. Mieux comprendre ces microcosmes, le temps investi, l'argent pas moins, le talent surtout, celui de l'oeil, du coup de crayon, du drapé posé, positionné par le créateur, la créatrice, le chef d'orchestre. Mais le talent de l'orchestre avant tout, toutes ces mains, ces doigtés précis et experts, que l'on suit, impressionné, fasciné, ici cousant, là décousant (on détruit presque autant que l'on confectionne : leçon n°1), brodant inlassablement, découpant, ajustant. Ces artisans sont les vrais artistes, ceux qui font la rareté d'une oeuvre, son prix aussi, celui de matières précieuse est là, certes, mais celui du temps passé à composer le chef d'oeuvre n'est pas le moindre.

Les quatre films, en cela, se ressemblent et forment une composition intégrée. On y devine que ce milieu-là requiert l'abnégation des passionnés et l'acceptation d'une injustice fondatrice. Du salaire de la couturière au prix de la robe, on pourrait rejouer quelques vieux airs marxistes...

Chaque documentaire retrouve ensuite sa coloration propre à travers celle de la Maison et de son créateur. Lagerfeld est ici filmé chez Fendi, Rykiel, Gauthier et les deux américains pour leur propre enseigne. Ces deux-là, coqueluches du moment de l'autre côté de l'Atlantique, protégés parmi d'autre de la tsarine Anna Wintour, s'ils ont donc le vent en poupe, doivent aussi faire attention aux cordons de la bourse. Leurs budgets ne sont pas ceux de Fendi (un défilé peut coûter jusqu'à 500 000 €, 1 million même dans le cas de celui montré ici chez Sonia Rykiel, pour son fameux anniversaire). Pour le couple de jeunes stylistes, les tops viennent en copines, ou troquent leur cachet contre des falbalas faites maison.

Loïc Prigent a l'oeil et fait de cette incursion dans la planète mode, où le commun des mortels n'a pas vraiment sa place, un moment ouvert à tous, en fait très prenant, émouvant même. La complicité amoureuse et intellectuelle des deux stylistes new-yorkais est évidente et attendrissante. La relation entre Sonia Rykiel et sa fille, Nathalie, l'attention portée par celle-ci à l'anniversaire spectaculaire qu'elle réserve à sa maman, colorent également le documentaire d'une chaleur tout sauf superficielle. Quant à Lagerfeld, à le voir pavaner comme on l'a souvent vu, toujours accompagné de ce jeune éphèbe qui, choix délibéré ou pas, ressemble au jeune homme qu'il fut, on ne peut alors s'empêcher de penser à Oscar Wilde et son Dorian Gray... Essence et superficialité.

S'il est donc question d'habit, ces secondes peaux câlinées, vendues à prix d'or, cette série de films touche à quelque chose d'autre ; le regard du cinéaste met pudiquement en scène une leçon percutante sur notre humanité, en comédie humaine, buché des vanités, mécanismes curiaux et, aussi, cette poésie que chacun love dans ses gestes et ses silences. Une vraie réussite donc.


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 05/02/2010 )
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