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Histoire & Sciences socialeset Biographie  

Robert Faurisson. Portrait d’un négationniste
de Valérie Igounet
Denoël 2012 /  27,50 €- 180.13  ffr. / 450 pages
ISBN : 978-2-207-25998-6
FORMAT : 15,1 cm × 23,0 cm

L'obsession de Faurisson

Historienne et chercheuse associée à l’Institut d’Histoire du Temps Présent, Valérie Igounet est une spécialiste de l’extrême droite et du négationnisme. Elle vient de rédiger un ouvrage qui s’intitule Robert Faurisson. Portrait d’un négationniste et qui a été publié aux éditions Denoël.

Pour rappel, le terme «négationnisme» a été introduit par l’historien Henry Rousso. Cette expression serait une construction non pas scientifique, mais plutôt idéologique. En 1948, Maurice Bardèche inaugura le bal du négationnisme avec son ouvrage Nuremberg ou la terre promise, lequel fut publié la même année que la création de l’Etat d’Israël. Maurice Bardèche était le beau-frère du célèbre écrivain collaborationniste Robert Brasillach. Le militant d’extrême droite François Duprat fut lui aussi un acteur majeur du négationnisme.

Depuis plus de 40 ans, Robert Faurisson proclame quant à lui que les chambres à gaz n’ont jamais existé. Cette affirmation est devenue son obsession, peut-on comprendre dans le présent ouvrage. Au fil des pages, Valérie Igounet retrace les parcours à la fois intime et professionnel de Robert Faurisson. Elle brosse le portrait de ce négationniste précoce qui, dès la Khâgne, fit l’apologie du fascisme… Par la suite, en tant qu’enseignant, il invita ses élèves à lire Mein Kampf.

Durant cette période, il entendit parler du livre Le Mensonge d’Ulysse de Paul Rassinier, qui attira toute son attention. Paul Rassinier était en effet un ancien déporté, qui se montrait à tout le moins sceptique sur le nombre de chambres à gaz utilisées dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie. Paul Rassinier marqua l’histoire du négationnisme en sa qualité d’ancien Résistant. Il a toujours porté Céline et sa littérature antisémite aux nues. Ce qui plut à Robert Faurisson…

Celui-ci entendit rapidement démontrer la relation qui peut parfois exister entre le manque de documentation et la difficulté à établir certains événements. Il en fit son leitmotiv. A l’université de Lyon où il enseignait, il s’exaltait sans mesure dès qu’il abordait ce point. A la fin des années 1970, Robert Faurisson mit habilement en scène son apparition médiatique en publiant dans le quotidien d’information Le Monde une tribune niant purement et simplement l’existence des chambres à gaz.

Par la suite, il s’identifia de plus en plus au peuple palestinien pour se présenter comme une victime d’un système oppressif ne disant pas son nom. La Guerre des six jours, qui mit aux prises l’Etat juif et certains pays arabes, exacerba les passions contre les Juifs. Pierre Guillaume et Jacques Baynac (la «vieille taupe»), pourtant à la gauche de la gauche, y prirent part. Après avoir découvert les écrits de Paul Rassinier, ils entendirent «faire sauter le verrou idéologique de l’histoire des chambre à gaz».

Robert Faurisson remplaça Paul Rassinier. Il séduisit extrême droite et extrême gauche libertaire. Les thuriféraires des théories du complot l’apprécièrent également. Pour lui, les chambres à gaz n’en étaient «tout simplement» pas et servaient «seulement» à l’épouillage. Il s’agissait, d’après le négationniste, de faire face aux épidémies… Les chambres à gaz seraient une «supercherie» visant à permettre aux Juifs de comploter contre le reste de l’humanité, rien de moins !

Peut-être aurait-il été intéressant d’inclure dans ce portrait une étude psychologique de la personnalité de Robert Faurisson afin de saisir les ressorts profonds de sa haine envers les Juifs.

Jean-Paul Fourmont
( Mis en ligne le 04/09/2012 )
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