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Histoire & Sciences socialeset Témoignages et Sources Historiques  

Paranormale Antiquité
de Catherine Schneider
Les Belles Lettres - Signets 2011 /  13 €- 85.15  ffr. / 288 pages
ISBN : 978-2-251-03014-2
FORMAT : 11cm x 17,8cm

L'auteur du compte rendu : Sbastien Dalmon, diplm de lI.E.P. de Toulouse, est titulaire dune matrise en histoire ancienne et dun DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien lve de lInstitut Rgional dAdministration de Bastia et ancien professeur dhistoire-gographie, il est actuellement conservateur la Bibliothque Interuniversitaire Cujas Paris. Il est engag dans un travail de thse en histoire sur les cultes et reprsentations des Nymphes en Grce ancienne.

Avant L’Exorciste

Catherine Schneider, matre de confrences en langue et littrature latines lUniversit de Strasbourg, nous offre un nouveau ''Signets'' quelque peu inquitant, sur la mort et ses dmons en Grce et Rome, avec un titre faisant un clin dil une rcente srie de films dpouvante (Paranormal activity, 2009 et 2010). Le recueil de textes est prcd dun entretien avec Antonio Stramaglia, professeur luniversit de Cassino en Italie, spcialiste de la littrature fantastique dans lAntiquit classique.

La premire partie dresse un tableau gnral des vads des tnbres, cest--dire les mal morts que sont les spectres, fantmes et revenants, non admis dans lau-del car sans spulture, morts prmaturment (immaturi latins, aroi grecs) ou dcds de mort violente. Ces morts malheureux, pleins de ressentiment, deviennent malfaisants. On voit apparatre ce thme ds Homre, mais aussi chez des auteurs latins comme Virgile. Mais il pouvait aussi sagir de hros, pas toujours bienveillants, ou de daimones, tres intermdiaires entre les hommes et les dieux. Chez les Romains, les morts faisaient lobjet dun culte; en tant que Mnes, ils taient considrs comme des dieux, mais tout de mme quelque peu inquitants; en tant que Larves ou Lmures, ils taient beaucoup plus malfaisants. Il faudrait aussi citer toute une cohorte de cratures infernales, telles que les lycanthropes, les striges ou les empuses.

La seconde partie, plus positive, nous prsente de belles mes comme les bons anctres, les dfunts hross, les hommes de la race dor qui sont devenus selon Hsiode de bons gnies aprs leur mort, et mme les saints chrtiens de lAntiquit tardive. Certains hommes vivants ont galement le pouvoir de dfier la mort, voire dy chapper. A Rome, les empereurs les plus aims reoivent leur mort lhommage de lapothose, qui les lve au rang de divinit. La troisime partie, Sixime sens, aborde le rapport des morts au son et la vision. Elle voque la relation des morts la parole, aux sons et au silence, mais aussi des visions dhorreur comme les spectres arborant les terribles blessures ayant provoqu leur trpas, voire de vritables morts-vivants, dauthentiques revenants en chair et en os. Cependant, depuis Homre, les trpasss sont gnralement envisags comme des ombres sans grande consistance.

La partie suivante nous plonge dans la quatrime dimension des fractures du temps et de lespace. La nuit semble tre, par essence, lempire des morts, mme si certains revenants se manifestent plutt laube ou dans la chaleur mridienne (pensons aux dmons de midi). Pour ce qui concerne le rapport lespace, les morts ne voyagent jamais trs loin de leur spulture. La cinquime partie est consacre, de manire un peu paradoxale, aux plaisirs de la chair chez les morts. Car les dfunts ont des besoins bien physiques: ils ont faim et soif; on leur offre par exemple du miel, du lait et de leau, mais aussi du vin et du sang, comme dans la nkuia de lOdysse. Chez les Romains, les reliefs des repas tombs sur le sol de la salle manger leur appartenaient. Les esprits et les fantmes ne ddaignent pas non plus les plaisirs du sexe. Les incubes, dmons masculins, attaquent la nuit les dormeuses, tandis que leurs quivalents fminins, les succubes, sont autant avides de sperme que de sang; la terrible Empouse va mme jusqu dvorer ses amants.

La sixime partie sintresse aux messages de lau-del. En effet, les dfunts ou les dmons peuvent jouer un rle de messagers de lau-del auprs des vivants, annonant par exemple une mort prochaine. On croyait aussi que certains individus, les ncromants, avaient le pouvoir dvoquer les esprits et de contraindre les morts revenir, leur commandant dexcuter leurs ordres ou leur confiant une maldiction raliser. La septime partie, Guerre et paix, met laccent sur la soif de vengeance des morts. En effet, la croyance quune personne assassine ne peut reposer en paix tant que son meurtrier na pas t puni est trs largement partage. Les mes en peine peuvent ainsi porter malheur toute une famille, voire tout un pays. Elien nous conte mme la trs curieuse histoire du fantme vindicatif dun cobra sacr tu par accident par un paysan. Certains morts conservent un esprit belliqueux et vont mme jusqu participer des combats, volant parfois au secours de soldats en pril ou inversant le cours dune bataille, comme le rapportent par exemple Hrodote et Plutarque propos de Salamine.

La huitime partie sintitule de manire quelque peu anachronique tabous et vaudou. On y trouve lvocation de superstitions comme les retours doutre-tombe de dfunts rclamant un objet oubli ou les prescriptions de bonne observation des rites (lors du rituel des Lmuria Rome, par exemple, o le pre de famille devait conjurer leur invasion). Est galement traite la question de la magie noire, qui mobilise les forces supra-humaines et occultes les plus malfiques. Les sorcires thessaliennes taient ainsi parmi les plus rputes (cf. Apule, Lucain). On a galement conserv des recettes pour se protger des dmons, comme le rapporte par exemple Pline lAncien. La neuvime et dernire partie est consacre aux phnomnes de possession. A Rome, les Larves, esprits malfaisants de certains trpasss, avaient le pouvoir de pntrer le corps et lesprit, et dacculer ainsi leur victime la folie. On tenait aussi parfois les dfunts pour responsables de lapoplexie, de lpilepsie, de lhystrie, de limpuissance masculine ou de la strilit fminine. Les pidmies pouvaient tre galement attribues laction de dmons ou de morts malfaisants. Mais ces esprits pouvaient tre exorciss par des incantations, des sacrifices, et des amulettes, mais aussi des plantes et des parfums.

Louvrage comporte les annexes habituelles de la collection (courtes notices sur les auteurs anciens cits, bibliographie, index des auteurs et des uvres) mais aussi un abcdaire de la mort prsentant une galerie de diffrentes cratures ne pas rencontrer la nuit ni le jour! Certaines sont assez peu connues, comme Ephialts, lAssaillant, responsable des cauchemars ou des rves rotiques qui sattaquent aux dormeurs. On ne peut que conseiller la lecture de cette anthologie noire ceux qui veulent saccorder quelques frissons en dcouvrant cette paranormale Antiquit.

Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 12/07/2011 )
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