L'actualité du livre Vendredi 24 mai 2024
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2021
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Lettres... et le néant
Enrique Vila-Matas   Bartleby et compagnie
10/18 - Domaine étranger 2003 /  6.90 € - 45.2 ffr. / 218 pages
ISBN : 2-264-03613-3
FORMAT : 11x18 cm

Bartleby y compania (Editorial Anagrama, 2000), traduit de l'espagnol par Eric Beaumatin.

Livre paru une première fois en France en 2002 (Christian Bourgois).

Imprimer

Enrique Vila-Matas, figure importante du Landerneau littéraire espagnol, est animé d’une quête : comprendre le pourquoi et le comment de l’écriture, sonder la condition écrivaine. Pour ce faire, plutôt que d’inspecter les méandres d’une littérature pléthorique, et se lancer dans une inspection impossible, il prend dans Bartleby et compagnie le problème à l’envers et scrute, dans un essai étourdissant, les raisons de ce drame existentiel pour l’écrivain qu’est le refus d’écrire.

A l’instar du célèbre Bartleby l’écrivain, livre phare d’Herman Melville, le présent ouvrage pointe du doigt ce monde étrange et si fourni des écrivains négatifs, des écrivains fantômes, toute une armée de bartlebyens dont l’auteur ici, inspecte les causes des silences, des cachotteries, des discrétions étranges. L’entreprise est audacieuse. N’est-elle d’ailleurs pas vaine ? Comme l’écrit Vila-Matas lui-même, on a là «un thème labyrinthique dépourvu de centre car il y a autant d’écrivains que de façons d’abandonner la littérature» (p. 182). Et autant d’écrivains que de façons d’envisager l’écriture…

Pourquoi un jeune poète décide-t-il tout de go d’abandonner une œuvre géniale pour des horizons abyssiniens ? Qui sont ces auteurs qui, par dizaines, ont renoncé aux mots ? Rulfo, Rimbaud, Pepin Bello, Hawthorne, Melville et tant d’autres ?... En astronome/astronaute de la galaxie des lettres, Enrique Vila-Matas scrute ce chapelet nombreux d’éclipses littéraires. En alchimiste des mots, il inspecte le mystère de l’agraphie…

Mystère existentiel qui touche au problème premier du Verbe. On peut renoncer à l’écriture par vanité, par fatigue, par faiblesse ou fainéantise, simple sujet à la panne de l’écrivain, par timidité ou orgueil, l’auteur laisse entendre cependant que le mal renvoie à un malaise plus profond et métaphysique : peut on écrire la vie et le monde ? La finitude d’une plume n’est-elle pas absolument incompatible avec les transcendances dont elle prétend rendre compte ? «Car il faudrait une vie sans fin pour retenir ne serait-ce qu’une pauvre seconde du souvenir, une vie sans fin pour jeter ne serait-ce qu’un regard d’une seconde sur la profondeur de l’abîme de la langue» (p. 123), explique l’auteur.

Ou alors, le renoncement à l’écriture n’est-il pas le signe même de la condition écrivaine ? Un véritable écrivain n’est-il pas celui qui pose sur l’écriture un doute incessant ? L’auteur le laisse entendre. L’immense galerie des écrivains bartlebyens qu’il dresse, fruit d’une recherche opiniâtre et d’une érudition impressionnante – parfois écoeurante aussi – le montre de même. En contre-exemple, citant Schopenhauer, il désigne les légions d’écrivains prolifiques, antibartlebyens ne soumettant jamais leur œuvre à la question en ne faisant que profiter des tendances et d’un marché qui n’a pas sa faveur : «Les mauvais livres sont un poison intellectuel qui détruit l’esprit. Et, comme la plupart des gens, au lieu de lire le meilleur de ce qu’ont produit les différentes époques, se contentent de lire les dernières nouveautés, les écrivains se contentent du cercle restreint des idées en circulation, et le public s’enfonce de plus en plus profond dans sa propre fange» (cit.p.185).

On retrouve ici toute la hauteur et l’orgueil qui colorent souvent l'écriture de Vila-Matas. L’écrivain, dans sa thébaïde, juge le monde qu’il considère comme impropre à sa condition personnelle. Pour ceci, Vila-Matas agace parfois. Bartlebyen lui-même (écrire sur le refus d’écrire n’est-il pas en soi un certain aveu d’impuissance ?...), il semble en quête de sa propre muse. Son dernier ouvrage publié en France, Le Mal de Montano (Christian Bourgois, 2003) exprime d'ailleurs une fois de plus cette obsession littéraire.


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 20/10/2003 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Etrange façon de vivre
       de Enrique Vila-Matas
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2024
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd