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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Les esclaves dans le monde romain
Joël Schmidt   Vie et mort des esclaves - dans la Rome antique
Albin Michel - L'évolution de l'humanité 2003 /  19.50 € - 127.73 ffr. / 284 pages
ISBN : 2-226-13686-X
FORMAT : 13x19 cm

Compte rendu par Yann Le Bohec, agrégé d'histoire, docteur ès-lettres et professeur à Paris IV-Sorbonne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages en histoire romaine tels que L'armée romaine sous le Haut-Empire (Picard, 2002, 3e édition) ou L'histoire militaire des guerres puniques (Editions du Rocher, 2003).
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Joël Schmidt se présente comme journaliste et romancier. Avec ce livre, il n'a pas fait un roman mais de l’histoire et il a bien du mérite sur un sujet comme les esclaves car ces hommes sont mal connus.

Ils n’intéressaient personne et donc les écrivains n’en parlaient pas. Ils n’avaient que rarement les moyens de faire graver des inscriptions, et on ne les rencontre que dans des circonstances exceptionnelles, par exemple lors de la guerre de Spartacus (73-71 avant J.-C.). Il est par conséquent très difficile de raconter leur vie quotidienne. C’est pourtant l’entreprise qu’a tentée l’auteur, qui a assurément des connaissances historiques comme le montre sa bibliographie, et qui sait suivre un plan chronologique.

Il commence par des origines mal connues pour arriver très vite au temps de Caton (234-149 avant J.-C.). Il étudie les sources de l’esclavage, à savoir la guerre, la piraterie et le commerce, ainsi que les activités de ces hommes, soumis aux plus durs labeurs. Certes, dans ce milieu de malheureux, quelques privilégiés étaient moins à plaindre que d'autres, les intellectuels et les artistes. Mais les travaux des champs, la prostitution et la gladiature employaient beaucoup d’entre eux.

La misère, quand elle devint trop grande, ainsi que la concentration de masses serviles considérables, constituées par la conquête, rendirent possibles des mouvements de révoltes. Les premières, moins connues, éclatèrent en Sicile à partir de la fin du IIe siècle avant notre ère. La plus grande insurrection tire son nom de son principal animateur, Spartacus. À la suite de cette vraie guerre qui avait effrayé les Romains, le nombre d’esclaves diminua.

À propos de cette période, deux remarques doivent être faites. D’une part, les esclaves révoltés ne luttaient jamais pour supprimer l’esclavage mais pour devenir maîtres à leur tour et asservir les autres. D’autre part, le statut de l’esclave était moins dur dans le monde romain qu’il ne l’avait été dans le monde grec. En Italie, l’homme de cette condition était considéré non pas comme un animal ou une machine, mais comme un être diminué, en quelque sorte comme un handicapé de naissance. Il existait un droit qui préservait certains des aspects de sa vie : contrairement à ce que croyait Karl Marx, il pouvait être propriétaire. Le lecteur peut consulter à ce sujet un livre que, semble-t-il, Joël Schmidt n’a pas utilisé, la thèse de Jean-Christian Dumont, Servus. Rome et l'esclavage sous la République (Ecole française de Rome, 1987).

Dès le Haut-Empire, le statut des esclaves connut quelques améliorations et les affranchissements se multiplièrent. Contrairement à ce qui a été parfois écrit, ce changement ne devait rien au christianisme mais à la philosophie dominante, le stoïcisme, qui les considérait simplement comme des hommes. De plus, à partir d’Auguste (27 avant J.-C.—14 après J.-C.), les esclaves et les affranchis de l’empereur furent utilisés comme employés de l’État et la proximité du prince leur donna parfois des pouvoirs exceptionnels, par exemple sous Claude (41-54), un prince qui se montra sensible à leurs pressions. Aux Ier et IIe siècles, les améliorations, comme le montrent les textes juridiques, se succédaient, à un rythme modéré il est vrai mais elles existaient. Au cours du IVe siècle, un changement progressif, certes encore peu perceptible, prépara de grands bouleversements. Toutefois, contrairement à ce que l’on imagine parfois, ce ne sont pas les esclaves qui furent les ancêtres de serfs médiévaux, mais les colons, des paysans libres qui furent alors attachés à la glèbe.

Joël Schmidt remarque à juste titre qu’il ne faut pas reprocher aux Romains d’avoir eu recours à l’esclavage. Il a raison : cette institution correspondait à un niveau de culture et à une organisation économique et sociale particulière ; à cette époque, elle n’a jamais été condamnée par le christianisme, ni par quiconque. L'auteur rappelle en outre que l’esclavage existe encore au XXIe siècle. Dans le monde romain, il était un indice de richesse et de civilisation ; dans le monde moderne, il est un signe de barbarie.


Yann Le Bohec
( Mis en ligne le 23/07/2003 )
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