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Vichy Connection
Jérôme Cotillon   Ce qu'il reste de Vichy
Armand Colin - L'Histoire au présent 2003 /  20 € - 131 ffr. / 251 pages
ISBN : 2-200-26382-1
FORMAT : 15x21 cm

L'auteur du compte rendu: Sébastien Laurent, agrégé et docteur en histoire, est maître de conférences à l’Université Bordeaux III et à l’IEP de Paris. Chargé d’études au Service historique de l’armée de terre, il consacre ses recherches depuis plusieurs années aux services de renseignements militaires et policiers aux XIXe et XXe siècles. Il est le fondateur de la section "Histoire & sciences sociales" de Parutions.com.
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La période de l’occupation a fait couler beaucoup d’encre et la naissance de la Ve République également. Les années intermédiaires et notamment celles des toutes premières années de la IVe République sont un peu oubliées ou étudiées prioritairement sous l’angle de la reconstruction économique et politique. Assurément cette nécessité majeure du nouveau régime suffit à lui conférer une forte identité. En fait, l’installation du gouvernement provisoire sur le territoire métropolitain en 1944, les débuts de l’épuration politique et administrative laissent croire que le régime qui avait rendu une ville d’eau célèbre disparaît définitivement dans un petit château en Allemagne.

A cet égard, les questions posées par Jérôme Cotillon dans Ce qu’il reste de Vichy sont audacieuses : comment les diverses idées inspiratrices de Vichy ont-elles survécu à elles-mêmes ? Que sont devenus les hommes politiques, les hauts fonctionnaires qui ont rallié entre 1940 et 1944 la petite station thermale ? Henry Rousso dans un très remarquable livre paru en 1987 (Le syndrome de Vichy), réédité depuis en version augmentée, avait placé son étude sur le plan de la mémoire collective. Il y montrait les survivances, les rejeux, les déformations, sous les IVe et Ve Républiques, de la période de Vichy, obsession inavouée des régimes suivants.

J. Cotillon ne se place pas sur ce terrain mais s’intéresse aux hommes du Maréchal Pétain, à leurs réseaux et à leurs idées qu’ils continuent à porter bien après la condamnation à mort de leur icône. L’auteur formule l’hypothèse d’une possible survivance des réseaux vichystes. En l’espèce, sa démonstration est pleinement convaincante, servie par une remarquable connaissance des réseaux de pouvoir à Vichy. Cet ouvrage, qui foisonne d’exemples précis et très souvent inédits, est organisé autour de la notion de «néo-vichysme».
Le progressif rétablissement des diverses élites de Vichy a lieu très tôt, dès 1950-1951, l’auteur relativisant la portée de l’épuration politique ainsi que le montre, par exemple une étude détaillée de la chronologie et des peines prononcées par la Haute Cour de Justice. J. Cotillon avec un beau talent d’historien prend soin de montrer qu’il n’y a pas de réelle traversée du désert entre 1944 et le début des années 1950. En effet il évoque «le premier après-Vichy des maréchalistes», commençant pour certains très tôt, dès 1942, et qui leur permet de se rétablir dès la Libération.

Cet ouvrage précis, subtil et rigoureux convainc pleinement de la réalité du phénomène politique et idéologique du néo-vichysme en même temps qu’il est une bonne synthèse sur la «vichysto-résistance» que l’auteur, décidemment novateur, préfère appeler «maréchalo-résistance» (p.50). Le néo-vichysme se cristallise d’abord autour de la défense des épurés puis glisse incidemment à la critique de la IVe République renouant ainsi avec l’antiparlementarisme structurel d’une partie de la droite extrême qui compose les principaux bataillons de ce courant idéologique particulier. Pourtant, à l’image de ce que fut la réalité politique de Vichy, l’on retrouve dans le néo-vichysme des pétainistes et des maréchalistes orthodoxes, mais aussi des néos-socialistes et des syndicalistes en rupture de ban à côté d’authentiques résistants. Certains des représentants de ces milieux opèreront un retour en politique réussi : aux législatives de juin 1951, les néos-vichystes rassemblent tout de même 5, 5 % des suffrages exprimés dans les vingt-cinq départements où ils se présentent et comptent cinq élus au Palais-Bourbon. Mais l’aventure est près de sa fin : la poussée poujadiste de 1956, le nouveau visage d’une extrême-droite Algérie Française font brutalement vieillir les néos-vichystes dont le retour est en fait limité à la IVe République.

Les travaux originaux et créatifs sur cette période sont trop rares pour ne pas les saluer. Servi par une belle plume classique, ce livre est une double contribution à l’histoire de Vichy et à celle de la IVe République.


Sébastien Laurent
( Mis en ligne le 15/12/2003 )
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