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Vichy entre Offenbach et Ubu
Robert-O. Paxton   L'Armée de Vichy - Le corps des officiers français
Seuil - Points histoire 2006 /  12 € - 78.6 ffr. / 567 pages
ISBN : 2-02-067988-4
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication : Janvier 2004 (Tallandier).

L'auteur du compte rendu : Sébastien Laurent, agrégé et docteur en histoire, est maître de conférences à l’Université Bordeaux III et à l’IEP de Paris. Il consacre ses recherches depuis plusieurs années aux services de renseignements militaires et policiers aux XIXe et XXe siècles. Il est le fondateur de la section "Histoire & sciences sociales" de Parutions.com.

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«Aux historiens américains de la France, la patrie reconnaissante».

Il faudra un jour songer à placer une telle plaque au musée de la coopération franco-américaine situé dans le château de Blérancourt. Robert Paxton, probablement le plus français des historiens américains, aujourd’hui bien connu, y compris du grand public, est l’un des plus méritants de cette nombreuse corporation d’historiens venus, sans complexe, peupler les salles de lecture des archives départementales et nationales pour s’intéresser – souvent – aux sujets les moins faciles, la plupart du temps avec beaucoup de profit pour la connaissance de l’histoire de France. Jean-Pierre Azéma n’a pas hésité à parler de «révolution paxtonienne» pour évoquer les effets de la parution de La France de Vichy en 1973. L’auteur y montrait, pièces d’archives d’origine allemandes à l’appui, l’ampleur de la collaboration d’Etat et la part prise par le gouvernement de Vichy dans la déportation des Juifs, anticipant et devançant même les demandes allemandes. Mais avant ce très grand livre, R. Paxton s’était déjà intéressé aux années sombres. L’armée de Vichy : Le corps des officiers français est en fait la traduction - de très grande qualité - de la thèse de doctorat de Paxton, soutenue en 1963 à Harvard sous le titre The Armistice Army, et parue trois ans plus tard en version remaniée sous le titre Parades and politics. The French Officer Corps under Marshall Pétain (Princeton University Press). A l’époque, cette version publiée de la thèse avait été accueillie en France par un assourdissant silence. Vichy, et a fortiori son armée, était encore un tabou. Paxton sut modifier cette réalité avec sa France de Vichy. Malgré cela, Parades and politics circulait dans des bibliothèque universitaires et parmi les chercheurs, souvent, avouons-le, dans des versions photocopiées.

L’on ne peut manquer de constater que Parades and politics annonce déjà les qualités de clarté de la France de Vichy. En outre, l’on voit se dessiner certains thèmes annonciateurs du livre de 1973, en premier lieu l’utopie terrible d’une armée qui crut pouvoir sauvegarder une neutralité illusoire. A cet égard, le comportement des militaires de Vichy a connu bien des équivalents dans l’entourage civil du Maréchal. Paxton, malgré sa détermination, n’a toutefois pas pu utiliser les archives françaises qui, au début des années 1960, étaient encore inaccessibles. En revanche il a utilisé une considérable masse d’archives américaines et notamment les abondantes collections de microfilms réalisés par les Etats-Unis parmi les archives saisies du haut-commandement allemand. Celles-ci, ainsi que celles des commissions de contrôle de l’armistice, constituent le fonds principal de l’auteur. Les archives américaines, notamment les rapports des attachés militaires et des ambassadeurs américains à Vichy, complètent l’ensemble qui est essentiellement un regard extérieur sur cette curieuse armée dont le siège était une ville d’eau. Fort heureusement, l’historien américain a complété sa documentation par le dépouillement de la presse officielle, les mémoires des témoins et des entretiens menés avec un grand nombre de protagonistes encore vivants.

Le courage de l’historien d’étudier - moins de vingt ans après les faits – un tel sujet ne constitue pas la seule qualité du volume. Par une démonstration implacable, il montre l’échec programmé d’une telle armée. Non pas seulement en raison des clauses drastiques imposées par la convention d’armistice, mais bien plus en raison d’un nouvel état d’esprit. Paxton montre que cette armée fut une armée de revanche. L’esprit de cette revanche était dirigé contre l’Allemagne mais également contre le régime défunt. A cet égard, Paxton fait très bien apparaître la volonté d’un Pétain, d’un Huntziger, d’un Weygand de forger une armée nouvelle rompant pleinement avec la «grande muette», ainsi bâillonnée par la IIIe République. Les nouveaux officiers, à qui l’on impose en août 1941 un serment de fidélité au chef de l’Etat, sont pleinement associés à l’œuvre de la Révolution Nationale. Le rôle social, moral et finalement politique de l’officier est alors à son apogée. Paxton montre avec beaucoup de finesse le retour en force des militaires dans les cadres de l’Etat, y compris dans l’administration civile, à commencer par les cabinets ministériels et la préfectorale. Cette armée d’opérette qui ne combattit jamais, sinon contre les Français et les gaullistes en Syrie, fut étroitement corsetée par l’idée d’une neutralité illusoire. Peu importe qu’une minorité, en camouflant du matériel, en préparant une nouvelle mobilisation, en arrêtant et en exécutant les espions allemands, se soit ralliée à un combat anti-allemand ou qu’une autre ait manifesté activement ses sympathies à l’égard des gaullistes ; ses chefs et son état-major ne cessèrent de mettre en avant l’impératif de neutralité, malgré un pas net vers la collaboration militaire d’Etat, franchi par Darlan avec la signature des protocoles de Paris en 1941.

L’armée de Vichy – morte deux ans après sa naissance - fut une armée de dupes dont l’étonnante victoire posthume, soulignée avec beaucoup d’élégance par Paxton, tient au fait que les principaux cadres supérieurs des armées sous les IVe et Ve républiques en furent issus. Ce beau livre, enrichi par une postface historiographique de Claude d’Abzac-Epezy, actualisant la bibliographie forcément obsolète de la première édition, et par la publication d’un entretien mené en 2000 par cette historienne avec l’auteur, est donc indispensable à la compréhension de Vichy mais aussi à celle des militaires français tout au long du dernier siècle.


Sébastien Laurent
( Mis en ligne le 26/01/2006 )
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