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Histoire & Sciences sociales  ->  Moyen-Age  
 

Le moyen âge européen en questions
Giuseppe Sergi   L'Idée de Moyen Age - Entre sens commun et pratique historique
Flammarion - Champs 2001 /  6.72 € - 44.02 ffr. / 112 pages
ISBN : 2-08-081448-6
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L e Moyen Âge est, de toutes les périodes historiques, celle dont la définition, le nom même, sont les plus flous et les limites les plus incertaines. Plus grave, les concepts qui semblent le mieux le caractériser et le distinguer de l'Antiquité et de l'époque moderne, tels que la féodalité, les communes, l'universalisme chrétien, sont aussi l'occasion de contresens fondamentaux. Un ouvrage de G. Sergi consacré à l'historiographie de l'idée de Moyen Âge depuis son invention par les humanistes du XVe siècle italien jusqu'à sa remise en cause par certains historiens contemporains, vient d'être traduit en français par Flammarion dans la collection Champs. L'auteur s'emploie, en onze chapitres d'une dizaine de pages chacun, à confronter les idées reçues à ce qui ressort de la "pratique historique", tirant pour chaque sujet le bilan des connaissances actuelles.

Il montre ainsi très bien que le débat sur les répercussions de l'irruption du monde germanique dans l'Empire romain, qui a marqué la fin de la civilisation gréco-romaine classique, a été le socle sur lequel les détracteurs et les thuriféraires du Moyen Âge ont fondé leurs théories. Pour les uns, humanistes et philosophes des Lumières, ces migrations furent une invasion qui précipita l'Europe dans les ténèbres, tandis que pour les romantiques nationalistes allemands du XIXe siècle, ce fut au contraire le contact avec une société romaine pervertie qui corrompit la vigoureuse simplicité de la race germanique. Au contraire, souligne l'auteur, le Moyen Âge fut l'occasion d'une synthèse équilibrée entre les deux civilisations, rendue possible par la fusion des élites, c'est-à-dire par une intégration par le haut.

G. Sergi rétablit également la vérité sur bien d'autres thèmes. Il fait ainsi une histoire de l'Europe, c'est-à-dire l'histoire de la naissance d'une identité culturelle commune à l'Europe, et surtout de la prise de conscience qu'ont eu les Européens de cette identité commune. Certes, elle existe, grâce au christianisme et au modèle impérial hérité de Rome et de Charlemagne, mais elle existe à travers une très grande diversité et de nombreuses contradictions. Un autre chapitre est par ailleurs l'occasion de faire une belle mise au point sur la commune, abordée d'un point de vue essentiellement italien, il est vrai. Loin d'avoir été les ennemies de la féodalité ou de la noblesse, elles revêtaient l'aspect de seigneuries collectives, soucieuses comme les autres d'imposer leur domination au pays environnant. L'auteur souligne à juste titre le contraste que ces cités-États présentaient avec les communes du nord de la France et de Flandre, qui cherchaient simplement à défendre leurs libertés commerciales et judiciaires. Il n'en reste pas moins qu'elles non plus n'ont pas été, ou seulement à de rares moments, les adversaires de la féodalité en général, mais de certains féodaux, au même titre que de villes concurrentes.

L'autre grand intérêt du livre est de faire connaître au public français le point de vue d'un historien italien, et au-delà, de ceux, Italiens et Allemands principalement, pour qui le Moyen Âge s'articule autour de la naisssance et du déclin du Saint-Empire romain germanique. Pour eux, le Moyen Âge tardif commence avec l'échec des Hohenstaufen et le début de la décadence de l'institution impériale, tandis que la période s'étendant du IXe au XIIe siècle est celle qui, pour Sergi, est la plus caractéristique de la civilisation médiévale. En France, ce sont les XIIe -XIIIe siècles qui occupent cette place privilégiée, jusqu'à ce que la crise du milieu du XIVe siècle remette en cause le modèle féodal de la monarchie qui s'est imposé au temps de Philippe-Auguste.

Ce décalage d'un siècle environ, qui laisse la part belle à l'époque post-carolingienne et pré-féodale, fait que l'auteur esquive quelque peu le problème de la féodalité. Il se contente de faire un trop rapide tour d'horizon des errements passés, alors que la réinterprétation de cette notion conditionne celle de tout le Moyen Âge. De même, Sergi identifie l'économie rurale médiévale au système domanial carolingien. Pour lui, l'évolution est continue du Bas-Empire romain au XIIe siècle. Or, cette assimilation entre curtis carolingienne et seigneurie foncière est loin d'être évidente, et continue de susciter des débats très vifs chez les historiens, puisqu'il s'agit en effet de savoir s'il y a eu ou non rupture autour de l'an Mil entre monde carolingien et monde féodal.

L'auteur conclut en essayant de trouver le facteur commun des siècles du millénaire médiéval. Il croit le tenir, en affirmant que le Moyen Âge est l'ère de l'expérimentation ou plus exactement de la synthèse des expériences passées. Cela paraît bien rhétorique, le présent étant forcément tributaire du passé; de plus, toute réalisation humaine est par définition une expérimentation. C'est surtout ravaler le Moyen Âge au rang de période intermédiaire, ce que l'auteur affirme précisément s'être refusé à faire. Néanmoins, l'ouvrage de G. Sergi est une excellente et agréable introduction à l'historiographie du Moyen Âge, qui a le grand mérite de s'ouvrir aux autres écoles historiques européennes. Peu importe que l'on soit d'accord sur tout ce que dit G. Sergi. Son livre fait partie de ces travaux qui portent à réflexion, et amènent à remettre en question tout le legs universitaire passé, non pas pour le détruire ou le rejeter, mais au contraire pour en comprendre la genèse et l'assimiler pleinement.


Amable Sablon du Corail
( Mis en ligne le 19/05/2000 )
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