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Bilans et polémiques
Ernst Nolte   La Guerre civile européenne 1917-1945 - National-socialisme et bolchevisme
Perrin - Tempus 2011 /  12 € - 78.6 ffr. / 937 pages
ISBN : 978-2-262-03458-0
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication française en mars 2000 (Syrtes)

Préface de Stéphane Courtois

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"Tout ce que je demande aujourd'hui c'est qu'on me redonne pour patrie un pays que je puisse du moins caresser" - Jean Giraudoux, Siegfried ou le Limousin

Traduit en 2000, La Guerre civile européenne de l'Allemand Ernst Nolte, aujourd'hui réédité en poche chez Perrin-Tempus, propose une histoire parallèle de l'Allemagne et de la Russie soviétique entre 1917 et 1945. Et l'ouvrage souleva dès sa première publication une vive polémique. Il est vrai que l'auteur de La Guerre civile européenne n'est pas un historien comme les autres : docteur en philosophie, longtemps professeur de lettres classiques, il fait figure d'éternel marginal parmi ses collègues d'Outre-Rhin. Comme dans le cas des Origines de la France contemporaine, il s'agit d'un livre à thèse, qui interroge le rapport d'un peuple à son passé ; à cette différence toutefois que, plus de cinquante ans après l'entrée des Alliés à Berlin, le souvenir des crimes nazis reste présent dans toutes les mémoires. Si l'on veut bien considérer en outre qu'il est impossible de renouveler notre compréhension du nazisme sans battre en brèche certaines idées reçues, on ne s'étonnera pas que, plus de vingt ans après sa première parution, l'ouvrage continue à déchaîner les passions Le plus urgent est donc de chercher à calmer les esprits et à ramener le débat à ses justes proportions. Même ainsi, parler de La Guerre civile européenne ne va pas sans risque et nous en appelons à l'indulgence du lecteur si çà et là nous nous égarons à notre tour; mais, compte tenu des enjeux, il a paru qu'il y avait là un cas où il est encore plus impardonnable de se taire que de se tromper.

Soyons clair ; il est impossible de suivre dans toutes ses conclusions un ouvrage dont le titre initial, Repoussoir et modèle, le national-socialisme et l'Union soviétique, résume bien l'idée maîtresse. Selon l'auteur, il ne suffit pas de dire qu'Hitler était anticommuniste, il faut encore ajouter que, dans sa politique d'extermination, le bolchevisme lui a servi non seulement de repoussoir mais aussi de modèle : le Goulag a précédé Auschwitz. On ne peut s'empêcher de voir dans cette thèse une tentative pour faire partager par d'autres une partie du fardeau qui, aujourd'hui encore, continue à peser exclusivement sur les épaules de l'Allemagne et il est facile de comprendre que, ce faisant, Nolte ait été accusé de vouloir banaliser l'Holocauste.

De fait, le nexus causal sur lequel repose l'argumentation suppose que les facteurs endogènes soient minimisés au profit des facteurs exogènes, quand il ne se réduit pas à un simple post hoc ergo propter hoc - reste que François Furet n'avait peut-être pas tort quand, dans Le Passé d'une illusion, il saluait l'œuvre de Nolte comme l'une des plus profondes qu'ait produit ce dernier demi siècle.

Le bruit fait autour d'un ouvrage n'est souvent qu'un tapage sans lendemain. Dans le cas présent, la vivacité des réactions peut à bon droit être interprétée comme le signe qu'il a touché du doigt un point sensible. En remettant en cause certains lieux communs de l'historiographie, La Guerre civile européenne nous met face à des questions qui nous interpellent et il faut savoir gré à l'auteur de les avoir posées avec tant d'acuité, quitte à rejeter ensuite certaines des réponses qu'il propose d'y apporter.

C'est Un passé qui ne veut pas passer, conférence publiée le 6 juin 1986 dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui a mis le feu aux poudres. En réalité, les idées directrices de la nouvelle interprétation avaient été présentées sous une forme beaucoup plus claire quelques années plus tôt, dans une autre conférence : "Légende historique ou révisionnisme : comment voit-on le troisième Reich en 1980 ?" Nolte commençait par y dresser un double constat : trente-cinq ans après sa chute, un régime qui n'en avait duré que douze restait omniprésent dans les mémoires ; de surcroît, il le restait sous une forme entièrement négative, la barbarie qui avait mené l'Allemagne à la plus cuisante des défaites et la planète au bord du gouffre faisant l'objet d'une réprobation morale unanime sans exemple dans l'histoire. Puis il ajoutait : "pourtant, il est indéniable que la virulence négative d'un fait historique représente une grande menace pour la recherche, jusqu'à parfois la compromettre totalement. Négative ou positive, une telle virulence prend en effet nécessairement la dimension d'un mythe, d'une légende intensifiée jusqu'à l'extrême".

Si ce portrait "tout blanc tout noir" avait pu être utile comme idéologie fondatrice de la RFA, l'attachement du peuple allemand pour la démocratie pouvait désormais être tenu pour un fait acquis. Il n'y avait donc plus de raison, pour l'historien, de réserver au troisième Reich un traitement d'exception. L'histoire reprenait ses droits, ce qui excluait l'idée d'une interprétation officielle, intangible, fixée une fois pour toutes. Contre la légende historique, Nolte plaidait donc pour une approche plus objective du national-socialisme et terminait en en fixant les grands principes. Celui qui s'était fait connaître par ses grands travaux sur "Le fascisme dans son époque" demandait tout d'abord qu'on cesse de considérer le troisième Reich comme un phénomène isolé. Il rejetait également comme inacceptable la tendance à présenter le troisième Reich comme démoniaque.

Comme on s'en doute, les réactions ne se firent pas attendre. Nolte, avec quelques autres, se sont vus reprocher de se livrer à un travail d'apologétique nationale visant à disculper l'Allemagne et de nier la singularité de l'Holocauste. S'en est suivie une polémique extrêmement vive qui, pendant le second semestre de 1986, divisa l'opinion Outre-Rhin. Bien que l'ouvrage présentant le dossier de la controverse ait trouvé un large écho à l'étranger (la traduction française, Devant l'histoire, les documents de la controverse sur la singularité de l'extermination des juifs par le régime nazi, paraissait dès 1988 aux éditions du Cerf), il est clair que cette querelle des historiens s'inscrit d'abord dans un moment précis de l'histoire allemande et se trouve par là prise dans un jeu de forces politiques qui la dépasse. Nolte et ses amis trouvèrent des appuis du côté de la droite conservatrice, tandis que leurs adversaires appartenaient à la gauche traditionnelle. Les premiers se sentaient libérés d'un grand poids ; ils pouvaient enfin marcher la tête haute et se réapproprier leur histoire. Quant aux autres, à la suite de Habermas, ils se présentaient comme les héritiers des Lumières et soupçonnaient leurs adversaires de vouloir ressusciter le mythe romantique d'une Allemagne qui, située qu'elle est au centre de l'Europe, aurait été géographiquement destinée à la dominer. Au nom de la nécessité pour l'Allemagne de maintenir un rapport critique avec son passé, ils estimaient qu'il fallait à tout prix éviter que disparaisse la culpabilité de celle-ci, faute de quoi l'hydre assoupie du pangermanisme risquait à chaque instant de se réveiller.

Les débats prirent souvent l'aspect d'un dialogue de sourds, où chacun campait sur ses positions ; ils ont néanmoins attiré l'attention sur d'incontestables faiblesses dans la position de Nolte, que l'on retrouve dans La Guerre civile européenne. L'ouvrage comprend quatre grandes parties. Après avoir rappelé les événements de l'hiver 1932-1933 qui permirent à Hitler de s'emparer du pouvoir, l'auteur découpe cette histoire parallèle de l'Allemagne et de l'Union Soviétique en trois périodes. La première va de la Révolution d'octobre à la chute de la République de Weimar (1917-1932). La seconde, qui s'étend de 1933 à 1941 prend pour thème la paix entre les deux États idéologiques ennemis. L'ordre chronologique est alors interrompu par une étude comparée de la structure des deux États (les partis et leurs chefs, la sûreté intérieure, les associations de jeunesse, etc.). Vient alors une dernière partie consacrée à la guerre germano-soviétique (1941-1945). La présente traduction s'ouvre sur un avant propos écrit spécialement à cette occasion par Nolte, et s'achève sur un post-scriptum de juin 1997 : Le livre et la "querelle des historiens" : bilan dix ans après.

Il n'y aurait toutefois pas grand sens à vouloir résumer ces 900 pages et, pour se frayer un chemin dans ce gros ouvrage, le plus sûr est encore de s'appuyer sur la correspondance échangée entre l'auteur et François Furet en 1996-1997 et publiée l'année suivante chez Plon sous le titre : Fascisme et Communisme. Est-ce parce que les enjeux politiques immédiats présents en 1986 sont relégués au second plan ? Parce que les deux débats sont séparés par dix années qui ont vu notamment l'effondrement du bloc soviétique et la réunification allemande ? Toujours est-il que ce nouvel échange réussit à sortir du cercle : diabolisation contre banalisation, mal absolu contre noyau rationnel, dans lequel le précédent s'était enlisé. Quand on songe à la complexité de ces sujets, où il est si facile de blesser des sensibilités exacerbées, la volonté de compréhension réciproque et d'explicitation, l'esprit de modération, le souci de vérité qui se font jour dans ces lettres prennent une valeur exemplaire.

Commençons par examiner les faiblesses de l'ouvrage. La première concerne le nexus causal que Nolte croit pouvoir établir entre bolchevisme et nazisme. Certes, personne ne niera l'existence d'une parenté structurelle entre les deux régimes totalitaires. Mais l'interprétation proposée leur accorde une trop grande importance ; elle privilégie les facteurs exogènes au détriment des facteurs endogènes, la discontinuité au sein de l'histoire allemande au détriment de la continuité. Si maintenant on s'interroge sur les raisons d'un tel choix, il est difficile de ne pas y voir le désir de donner de cette période une image moins lourde à porter. Laissant aux Allemands le soin de décider eux-mêmes du rapport qu'il leur appartient d'entretenir avec leur propre histoire, il suffira ici de remarquer qu'Habermas n'avait pas tout à fait tort d'évoquer la réaction romantique aux Lumières.

Certains se plaisent à remarquer que Nolte a été l'élève de Heidegger, ce qui, compte tenu de ce que l'on sait de l'attitude de ce dernier en 1933, est censé suffire à discréditer la thèse de La Guerre civile européenne. L'argument est bien peu probant, et si bas qu'on hésite même à le mentionner. Mais qu'on songe au rôle que l'ouvrage fait jouer à ce qu'il appelle les émotions fondamentales. Contre la psychologie de l'intérêt, souvent invoquée pour expliquer les conduites humaines, Nolte fait valoir que l'homme n'agit pas d'ordinaire par calcul, et propose de recourir à la place aux émotions. En conséquence, il assigne pour but à son livre de retracer "l'histoire d'émotions fondamentales et de leurs formes idéologiques". La place assignée aux puissances de l'irrationnel s'accorde parfaitement avec une constante de la pensée allemande qu'on peut, faute de mieux, qualifier de romantique.

Le caractère unique du nazisme se révélant avant tout dans ses crimes, et le plus horrible de tous étant l'extermination systématique de plusieurs millions d'hommes ou de femmes, de vieillards ou d'enfants dont le seul tort était d'être nés juifs, la discussion s'est focalisée sur ce point. La comparaison établie entre Auschwitz et le Goulag a souvent été vécue comme une insulte à la mémoire des victimes de l'Holocauste et, de fait, la façon dont La Guerre civile européenne traite de l'antisémitisme laisse à désirer. Le cas le plus clair est l'usage qui y est fait d'une déclaration de Chaïm Weizmann. Le président de l'Agence Juive pour la Palestine ayant annoncé, en septembre 1940, que dans le monde entier les juifs lutteraient aux côtés de l'Angleterre, l'auteur a cru possible d'en conclure que le régime hitlérien avait de bonnes raisons de traiter les juifs comme des ennemis de l'Allemagne, argument à l'évidence grossièrement inadéquat.

Bien que l'erreur soit moins manifeste, Nolte s'est encore fourvoyé dans ce qu'il dit du "noyau rationnel" de l'antisémitisme. Si l'on admet que rien n'est sans raison, que tout ce qui est réel est rationnel, force est bien de conclure que, de quelque façon, l'Holocauste est rationnel ; mais c'est là jouer sur l'équivoque d'une notion de rationalité dont on sait qu'elle est fort vague, et ce qu'il importe de souligner, c'est ce qu'il y a de profondément irrationnel dans les persécutions dont le peuple juif est la victime. L'impossibilité d'expliquer par des motifs rationnels cette hostilité à laquelle les Israélites se trouvent si souvent en butte a quelque chose d'extrêmement troublant pour l'esprit et l'on ne peut se satisfaire de ce qu'en dit Nolte. Ajoutons toutefois à sa décharge qu'il y a peu de tâches aussi difficiles que de rendre compte du phénomène de l'antisémitisme, et plus encore dans la forme démente qu'il a pris avec la "solution finale".

S'en tenir à ces faiblesses serait toutefois très injuste, car l'ouvrage propose, des événements qui ont dominé le vingtième siècle, une interprétation originale et éclairante. François Furet a très bien décrit comment Nolte, le premier, est sorti de l'impasse où l'étude du fascisme se trouvait enfermée. En Allemagne en particulier, un étrange tabou pesait sur l'anti-communisme. Toute mise en parallèle du national socialisme et du bolchevisme était interdite aux historiens, puisque c'était se retrouver tôt ou tard sur des positions anticommunistes qui étaient celles des nazis, et donc en reconnaître plus ou moins implicitement le bien fondé. Nolte a été le premier à braver cet interdit et partant à trouver la voie d'une meilleure compréhension du fascisme. On dira que depuis longtemps le concept de totalitarisme permettait de penser ensemble les deux régimes hitlérien et stalinien ; mais cette théorie structurale soufrait de graves défauts que l'approche génético-historique adoptée dans La Guerre civile européenne a permis de corriger.

Pour s'en convaincre, il est bon de commencer par mesurer à quel point l'interprétation aujourd'hui encore dominante est insatisfaisante. Ainsi, on pouvait lire dans un grand hebdomadaire de l'époque, consacré à la biographie de Hitler par Ian Kershaw : "Dans le second volet de sa monumentale biographie consacrée au Führer, l'historien explique comment un seul homme a été responsable de l'effondrement de la civilisation moderne". Point n'est besoin d'être Allemand pour être choqué par cette affirmation car, si elle traduit sans doute assez bien le jugement de l'opinion publique, elle révèle aussi une conception de la causalité historique qui ne va pas plus loin que le bout du nez de Cléopâtre - mais qui, à défaut d'autres mérites, présente du moins, pour les autres acteurs du drame, l'avantage de leur offrir à peu de frais une bonne conscience. Quel que soit notre sentiment de reconnaissance envers les Forces Alliées, il est permis de penser que les jugements portés au sortir de la guerre ne se distinguaient pas par leur objectivité : l'Allemagne vaincue, il était dans l'ordre des choses que l'histoire l'accablât de tous les maux. Il y a déjà longtemps que Leo Strauss avait dénoncé le procédé qui consiste à remplacer la reductio ad absurdum par la reductio ad Hitlerum et c'est une simple affaire de justice que de demander que l'historien en finisse avec ces portraits tout blanc tout noir pour se décider à employer plus largement la palette des gris.

Comparée à cette image manichéenne, la théorie du totalitarisme a constitué un réel progrès, car elle proposait de penser le troisième Reich et l'Union soviétique comme deux variantes d'un même type d'État et les comprenait donc dans une même réprobation. Mais le structuralisme ignore l'histoire et avec elle le concret. Le concept d'État totalitaire n'était presque d'aucun secours lorsqu'il s'agissait de comprendre l'antagonisme entre deux régimes de même nature, ou la séduction qu'ils ont exercé sur les masses et, pour l'un du moins, sur les intellectuels. Ces diverses insuffisances venaient de ce que la troisième des forces en présence n'était pas prise en compte. Certes, nazisme et bolchevisme étaient pensés ensemble ; certes, on plaçait leur trait commun dans un même refus des règles démocratiques. Mais on ne les voyait pas, pour reprendre les termes de François Furet, "comme les deux faces d'une crise aiguë de la démocratie libérale survenue après la guerre de 1914". C'est dans la prise en considération de ce dernier facteur que réside toute la force de l'interprétation de Nolte, sa supériorité par rapport à l'approche structurelle des théoriciens du totalitarisme. Les démocraties modernes se révèlent incapables de satisfaire notre désir de communauté humaine authentique, et c'est le besoin de combler ce déficit qui explique le succès remporté tant par le communisme que par le fascisme. Sous forme d'association des travailleurs ou de corps des citoyens, ces régimes se sont présentés comme une réponse à cette demande. Nous savons aujourd'hui où cela a mené ; reste que le problème auquel ils tentaient de répondre n'a pas disparu pour autant.

Concluons par deux remarques d'ordre général. Dans son dernier livre, Paul Ricoeur remarque que notre époque souffre de deux maux opposés, trop d'oubli, trop de mémoire, et souligne à quel point il est difficile, et vital, de parvenir à une juste politique de la mémoire. De la même façon, le passé qui ne passe pas se présente lui aussi sous deux formes. Il peut s'agir d'une fixation pathogène sur un événement traumatisant : les hystériques, disait Freud, souffrent de réminiscence. Dans un tout autre sens, Comte parlait de culte de l'humanité. Sans l'apport des générations antérieures, l'homme ne se distinguerait guère du singe ; ce que nous sommes, nous le devons pour l'essentiel à nos prédécesseurs et c'est donc un devoir de reconnaissance que d'entretenir le souvenir de ceux qui ont apporté une contribution durable au progrès de l'humanité.

Les débats suscités par l'œuvre de Nolte relèvent encore d'une autre problématique, qui touche cette fois au rapport de la science et de la morale. L'histoire, surtout l'histoire nationale, a une fonction politique évidente : c'est un élément clé dans la formation du citoyen et, à cesser de l'être, elle perdrait aussitôt une grande partie de sa valeur ; mais elle risque aussi, dans ce rôle, de se mettre au service des passions partisanes et de se transformer en idéologie. Or l'histoire est aussi une science. L'historien se trouve alors partagé entre deux exigences également légitimes, puisque les condamnations morales entrent en conflit avec la règle qui lui prescrit de procéder sine ira nec studio, sans colère ni zèle. Que faire dans les cas où l'éthique citoyenne et l'éthique scientifique ne concordent pas ? C'est un des grands mérites de la démocratie que d'accepter que tout le monde ne soit pas tenu de répondre de la même façon à une question comme celle-ci.


Michel Bourdeau
( Mis en ligne le 08/02/2011 )
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