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Penser le Mal, de sa radicalité à sa banalité
Hannah Arendt   Les Origines du totalitarisme - suivi de Eichmann à Jérusalem
Gallimard - Quarto 2002 /  30 € - 196.5 ffr. / 1615 pages
ISBN : 2-07-075804-4
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"Une passagère sur le navire du XXe siècle", telle fut Hannah Arendt (1906-1975), un des penseurs les plus atypiques, complets et polémiques de notre époque. Juive et allemande, elle suit entre les deux guerres mondiales les cours de philosophie de Heidegger, et semble se destiner à la spéculation intellectuelle, dans la plus pure et brillante tradition allemande. L’Histoire en décide autrement. Arrêtée, miraculeusement relâchée par la police allemande, elle fuit à temps le Reich, trouve refuge en France, échappe de nouveau à la police (celle de Vichy), et s’enfuit définitivement pour les Etats-Unis, dont elle acquiert la nationalité en 1951.

Elle n’a plus désormais qu’une obsession : comprendre, comprendre ces "sombres temps", et au-delà, cette "crise de la tradition" européenne qui l’atteint de plein fouet. Pourquoi et comment un tel effondrement de la civilisation des Lumières, jusqu’alors supposée sonner l’ère de la libération de l’individu et du progrès de la collectivité ? Le vide qui remplace les certitudes du passé, vide "qu’aucune des idées traditionnelles du monde et de l’homme que nous avions pu concevoir n’est en mesure d’éclairer", comment le nommer ?

Depuis Auschwitz et Jérusalem, Hannah Arendt tente de penser ce que d’aucuns ont appelé l’impensable : la figure contemporaine du Mal. Mais elle ne fait pas ici œuvre métaphysique, sinon que, tenue par "une ardente obligation envers le monde", elle accomplit un minutieux et gigantesque travail d’historienne et de politologue. L’Origine du totalitarisme (1951) et Eichmann à Jérusalem (1963) sont deux piliers de cette pensée qui tente de percer l’énigme de la nouvelle forme de domination : le totalitarisme.

Le premier des deux ouvrages s’attache à retracer la généalogie de la société totalitaire. Remontant aux sources de l’histoire européenne moderne, Hannah Arendt montre que l’échec de l’Etat-nation "conduit" à l’impérialisme, prélude aux régimes de masse et à l'élimination des juifs. La transformation des classes en masses, l’organisation de ces dernières selon la loi du mouvement, le transfert du pouvoir depuis l’armée jusqu’à la police, la substitution du réel par l’idéologie et enfin la création d’un système dans lequel l’homme est superflu : tels sont les premiers critères de ce totalitarisme que met à jour Arendt.

Le second ouvrage est le développement d’un reportage sur le procès d’Eichmann, officier supérieur SS responsable de la déportation des juifs, capturé par le Mossad dans sa retraite argentine en 1960. D’Eichmann, on découvre contre toute attente que "ses pensées ne sont pas hideuse, elles sont creuses". Le monstre se révèle un bureaucrate médiocre, lâche et appliqué. On glisse ainsi de la radicalité du Mal (pivot des origines du totalitarisme) à sa banalité, soulignant la terrifiante transformation des masses occidentales et leur tendance à trouver des "solutions" dans des systèmes assassins, pour lesquels "l’homme est de trop".

Eichmann à Jérusalem est également une occasion de tester certaines des hypothèses des Origines du totalitarisme, de vérifier sa thèse sur les sources et les mécanismes d’une forme de domination inconnue jusqu’alors. Courent enfin à travers ces deux ouvrages pour la première fois édités en un seul volume une même angoisse et un même regard pessimiste sur le monde moderne. Cet opus majeur de la pensée d'Hannah Arendt, de la pensée tout court, est impossible à résumer, et à peine peut-on le présenter tant il est complexe, dense, riche. On ne conseillera jamais assez de se plonger dans la pensée, exigeante mais ô combien pénétrante, d’une intellectuelle qui consacra sa vie à la réhabilitation du politique.


Vianney Delourme
( Mis en ligne le 12/06/2002 )
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