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Un ouvrage pour l’élite
Christian Jouvenot   Freud : un cas d'identification à l'agresseur
PUF - Epîtres 2003 /  20.00 € - 131 ffr. / 255 pages
ISBN : 2-13-053818-5
FORMAT : 14 x 22 cm

Antoine Bioy est psychologue clinicien et enseignant en psychologie. Il vient de publier "Se former à la relation d'aide" (avec Anne Maquet, éditions Dunod) et "Mylène Farmer, la part d'ombre" (avec Benjamin Thiry et Caroline Bee, éditions de l'Archipel).
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Christian Jouvenot signe ici une monographie au titre un tantinet provocateur. Psychiatre et enseignant, l’auteur est également membre de la Société psychanalytique de Paris, et c’est sans surprise que l’on retrouve sous sa plume toute l’orthodoxie de cette société savante. Freud : un cas d’identification à l’agresseur est un ouvrage qui s’inscrit indéniablement dans une pensée rigoureuse, laissant peu de place à une éventuelle créativité hors du dogme analytique. Le propos de Ch. Jouvenot est d’apporter sa réflexion sur le rôle de l’identification à l’agresseur dans la construction identitaire, et particulièrement sous l’angle des investissements narcissiques et objectaux.

L’identification à l’agresseur est un mécanisme de défense que l’on ne doit pas à Sigmund Freud mais à sa fille, Ana. Son élaboration théorique et sa pertinence pour comprendre une certaine dynamique psychique autorise l’auteur dans un premier temps à une relecture de certains épisodes de la vie de Sigmund Freud. Ainsi sont revisités des moments dits traumatiques de la vie du grand homme, et les interprétations de l’auteur foisonnent pour comprendre comment, à ces moments-clefs, l’identité de Freud a évolué sous couvert de ce précieux mécanisme, l’identification à l’agresseur. Après cet exercice de style, Ch. Jouvenot aborde la partie plus théorico-clinique de son ouvrage. Au travers d’une relecture (décidément) du récit d’Œdipe, la dimension narcissique de la dynamique de ce mythe est mise en avant pour élaborer une nouvelle façon de comprendre le rôle de l’identification à l’agresseur dans la construction identitaire, et lui donner une place de choix dans la métapsychologie freudienne.

Autant dire que cet ouvrage s’adresse à une élite. L’érudition de l’auteur, sa maîtrise du sujet, l’appel à des connaissances pointues et complexes en psychanalyse, mais aussi des allusions à certains détails de la vie de Freud et à divers mythes ne facilitent pas la lecture de cet ouvrage dense. On sent au travers des lignes toute la jouissance d’une production purement intellectuelle, qui semble rechercher le savoir pour le savoir et laissera malgré sa richesse théorique de nombreux lecteurs sur le bord du chemin. Freud : un cas d’identification à l’agresseur est un pur produit de la psychanalyse dans ce qu’elle a de plus élitiste et monolithique. Il s’agit d’un ouvrage d’un expert pour les experts et de ce point de vue, il est rédigé très loin de tout souci didactique.

Si la seconde partie de l’ouvrage est purement l’exposition d’une réflexion riche mais aussi abrupte, sur l’identification à l’agresseur, la première partie correspond plus à un exercice de style qui surprend, pour le moins. Les analyses, interprétations, hypothèses théoriques foisonnent sur Freud et divers éléments de sa vie, avec un aplomb qui irrite parfois. En effet, nombre de documents dont on dispose et sur lesquels s’appuie l’auteur pour élaborer autour de la dynamique psychique de Freud, ont une légitimité pour le moins contestable. E. Jones est en effet plus un hagiographe qu’un biographe, Freud a fait disparaître certains de ses écrits personnels (notamment sur son adolescence) et ce qu’il a laissé a été pour le moins retravaillé par ses soins. Il a été en effet très tôt soucieux de sa postérité et devait par ailleurs user de stratégies politiques pour imposer son œuvre, géniale. Peut-on alors décemment entreprendre un essai de compréhension scientifique à partir d’éléments aussi divers dans leur fiabilité ? Cet aspect des choses est purement éludé par l’auteur qui affirme, analyse, élabore avec certes une grande rigueur, mais sans jamais remettre en cause les éléments dont il dispose pour ce faire.

Freud : un cas d’identification à l’agresseur s’adresse à un public restreint et averti. Membre du sérail analytique «d’en haut», vous serez comblé par cet ouvrage qui flattera vos connaissances, votre expertise et votre acuité intellectuelle tout autant qu’il vous apportera matière à penser. Pour les autres, délaissés par une écriture fournie en références jamais explicitées et par des connaissances théoriques pointues, vous ne pourrez pénétrer dans les arcanes de la pensée analytique exposée. Un ouvrage-reflet du meilleur de la psychanalyse (sa richesse conceptuelle) mais aussi de
son pire (les relents élitistes des gardiens du savoir).


Antoine Bioy
( Mis en ligne le 16/01/2004 )
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