L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 18 novembre 2019
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2019
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Romans & Nouvelles  
 

Mycologies
Christophe Till Geissler   Lamelles
Serpent à plumes - Domaine Français 2008 /  19 € - 124.45 ffr. / 237 pages
ISBN : 978-2-268-06617-2
FORMAT : 13,5cm x 20,5cm

Date de parution : 25/08/2008.

L'auteur du compte rendu : Ancien élève de l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon, agrégé de Lettres Modernes, Fabien Gris est actuellement moniteur à l’Université de Saint Etienne. Il prépare une thèse, sous la direction de Jean-Bernard Vray, sur les modalités de présences du cinéma dans le roman français contemporain.

Imprimer

Enfin l’injustice est réparée. Foin des romans sur l’âme, sur l’amour, sur Dieu, sur les passions, sur le monde tel qu’il va : place désormais, dans la littérature, aux champignons. Christophe Till Geissler, pour sa première fiction, choisit de rendre hommage à ces hôtes des forêts, si nécessaires à la survie de notre monde. Mettre en mots cette profonde histoire d’amour qui l’unit depuis l’enfance à ce peuple mystérieux et fascinant de chapeaux, de lamelles et de spores.

Christophe Till Geissler choisit d’échafauder son texte comme le secret mycélium* (*«Mycélium : BOT. Ensemble de filaments plus ou moins ramifiés formant la partie végétative d'un champignon») qui se propage sous terre : Lamelles se construit à la manière d’une suite de petits récits ou de petits textes descriptifs, tantôt anecdotes, historiettes, tantôt nomenclatures botaniques, tantôt fantaisies langagières, supercheries littéraires, prosopopées, voire recettes de cuisine (croûte aux morilles et pointes d’asperges ; tourte aux russules ; sole aux coprins chevelus : voilà qui aurait ravi Brillat-Savarin, celui qui a élevé la recette culinaire au rang d’objet littéraire), ou bien encore pastiches. Construction proliférante, en rhizome, dont le point de capiton est le champignon, objet unique des attentions de l’auteur, petit dieu fascinant dont il faut urgemment parler.

On aurait tort de n’y voir qu’un exercice de style, une sorte de défi littéraire un peu vain jouant sur la surprise et l’étonnement du lecteur. C’est bien à une réhabilitation que se livre Christophe Till Geissler, en nous conviant à cette conversion de notre regard : baissons les yeux, contemplons ces beautés insoupçonnées, prenons en compte ce morceau de réel à nos pieds. Dans ses premières pages, le projet littéraire de Lamelles prend des accents étonnamment pongiens : «Cette chose rencontrée qui, dans le silence, nous prie humblement de l’effleurer de notre verbe pour l’extraire des limbes de l’indifférencié, nous demande de la nommer» (p.18). Dans ses différents «partis pris des choses», Francis Ponge avait oublié le champignon ; voilà l’omission réparée.

Certes, l’écriture de Christophe Till Geissler est parfois maladroite, avec des répétitions, des digressions peu heureuses, et le style est quelquefois par trop «appliqué» et scolaire. Il n’empêche : le texte provoque chez le lecteur une profonde empathie. Comment rester insensible face à l’éloge de l’oronge, comment ne pas sourire à l’évocation du Phallus impudicus, véritable satyre de nos sous-bois, comment ne pas trembler à l’écoute de la prosopopée de l’amanite phalloïde, femme fatale et vénéneuse… ? Comment ne pas se précipiter dans la première forêt venue, après avoir lu quelques pages ? Les récits de Lamelles sont des promenades, des cueillettes littéraires, des fantaisies mycologico-autobiographiques, pleines d’humour et de tendresse : «Je vous invite à fouler avec moi un humus faits de souvenirs innombrables» ; la promenade bucolico-littéraire est des plus agréables.

Ce dont Christophe Till Geissler nous parle au fond, c’est du thème de la rencontre : de l’étonnement, de l’émerveillement et de la fascination qu’elle peut provoquer. Rencontre avec des mots tout aussi bien, là encore à la manière de Ponge ; à notre tour, ne résistons pas à l’envie de prolonger ce plaisir de la nomination : russule charbonnière, calopore des brebis, clitopile petite prune, marasme échalote, hygrophore des poètes, tricholome tigré… Mystérieuse et poétique société secrète dans laquelle Christophe Till Geissler nous aide à entrer avec ce livre attachant.


Fabien Gris
( Mis en ligne le 13/10/2008 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd