L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 27 janvier 2020
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2019
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Romans & Nouvelles  
 

A l'ombre de La Tour
André-Marcel Adamek   Le Roman fauve - Tome 1 - Les rouges portes de Lorraine
Editions Luc Pire - Le Grand miroir 2009 /  20 € - 131 ffr. / 312 pages
ISBN : 978-2-507-00263-3
FORMAT : 14,5cm x 20cm
Imprimer

S'il arrive que la poussière des grands chemins – hantés par les brigands, les soudards et les paisibles bourgeois – se soulève, portée par le rythme gaillard de la narration, le coeur de l'intrigue se trouve à Lunéville. Un nom qui semble presque trop romanesque pour n'être pas issu de la fertile imagination d'André-Marcel Adamek ; pourtant, ce bourg, qui existe bel et bien, s'avère même de première importance à l'époque dans laquelle la prose pittoresque de l'auteur nous transporte. Convoitée par les puissants d'alors, la Lorraine de Georges de La Tour est en pleine effervescence politique, religieuse et artistique. Le premier tiers du XVIIe siècle est sur le point de s'achever, et avec lui une ère voilée de réminiscences médiévales.

C'est à ce crépuscule splendide que nous assistons, et il est bien difficile de savoir s'il faut attribuer l'incandescence rougeoyante de ce Roman fauve à l'écho d'un rire pantagruélique, au cliquetis des armes baignées dans le sang de coreligionnaires, ou bien à l'aube sans cesse renaissante d'un monde libre et sensuel. Adamek nous éclaire tout à la fois de sa rigueur et de sa fantaisie et crée une langue gouleyante, aux courbes girondes, à l'oeil pétillant de tout l'éclat des enluminures : un vocabulaire contemporain mâtiné de vieux françois nous fait plonger avec délectation dans un monde qui aurait disparu – si certains pinceaux talentueux ne l'avait immortalisé.

Maître Pierre Palurme s'est, de fait, engagé à former Thomas à l'office de la peinture, mais son retour de la Mecque de la profession, l'Italie, a de quoi susciter de curieuses expectatives : comment le vieux maître pourra-t-il transmettre son savoir à l'apprenti maintenant que sa rétine s'est obscurcie et que l'usage de la vue lui est désormais interdit ? Ce grand malheur est l'élément déclencheur, le point d'achoppement d'un scénario vif et enlevé : Manou, la jolie soubrette, est recrutée pour pallier aux difficultés de la vie quotidienne ; Georges de La Tour, l'illustrissime collègue, devient co-tuteur d'un élève d'ailleurs très doué ; dans son sillage s'introduit un géant turc dont la méditative face olivâtre devient vite chère à tous ; des bandits plus ou moins embarrassés de grands principes s'invitent, et le bourreau n'est pas loin...

Au fur et à mesure que la scène du roman se peuple, l'histoire se complexifie et gagne en saveur, en gaie truculence et en atroce férocité, en joyeusetés lestes et en mélancoliques analyses. Bien sûr, le critique consciencieux pourrait souligner ça et là quelques discrètes incohérences : une peste survenue en 1633 placée par Adamek vers 1630, des séances de pose censées, d'après le roman, avoir eu lieu avant 1634, qui ont accouché d'oeuvres que l'historien de l'art ne situe en aucun cas avant 1640, ou bien la probable exagération du nombre d'apprentis à l'atelier de La Tour. Mais ce ne sont qu'insignifiants détails, impropres à ternir le résultat général. Nous avons là un excellent roman, qui, en plus d'être bien renseigné, retranscrit plaisamment le parfum d'un siècle troublé, une oeuvre dont l'écriture énergique bouscule toutes les caricatures et dresse un tableau d'une subtile sensibilité, à mettre entre toutes les mains.

L'auteur nous parle de beaux-arts ; réunissons donc autour du Tricheur à l'as de carreau et de son créateur, dans une même guilde, Murillo et Velasquez, l'un proposant son inégalable talent pour présenter les scènes populaires, picaresques, l'autre offrant son regard sans concession, grinçant et vaguement monstrueux. Voyons comme Jérôme Bosch se fait bousculer par Van Gogh, entre archaïsmes glaçants et flammèches folles. Alors seulement, peut-être, pourrons-nous donner une idée de la façon dont le lecteur, spectateur ébloui, voit d'intenses lueurs colorées danser dans son oeil longtemps encore après avoir fermé la dernière page. Jusqu'au prochain tome...


Aurore Lesage
( Mis en ligne le 12/10/2009 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2020
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd