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Les beignets fourrés dans le jardin du souvenir
Philippe Hermann   Comment disparaître complètement
Pauvert 2001 /  18.02 € - 118.03 ffr. / 262 pages
ISBN : 2720214396
FORMAT : 14 x 21
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Une chute. Une mort annoncée. Entre ces deux points, qui constituent son ouverture et sa conclusion, le roman de Philippe Hermann compose un étrange choral, fragmenté, disloqué, où se croisent et s’entrecroisent voix, personnages, destins, tous promis, au terme d’agissements absurdes ou grandioses, solennels ou risibles, au même sort : "disparaître complètement".

Un homme chute, donc. Littéralement, au saut du lit. Une première fois. Une deuxième fois. Et sa vie bascule. Dans une sorte de régression monstrueuse, Erwin, garagiste quinquagénaire voit son corps affligé d’une éléphantiasis qui, en plus d’être totalement indolore, lui procure, à la stupéfaction des médecins, un bien-être jamais éprouvé – sinon peut-être lorsque, enfant, "une maladie sans conséquences le gardait au lit, avec à son chevet ses bandes dessinées favorites"… Soigné dans l’hôpital ultramoderne d’une station balnéaire anonyme, il va expérimenter étape par étape l’éloignement du monde jusqu’à être réduit à un dernier choix, dérisoire : celui de sa pierre tombale.

Disparaître en décuplant sa présence physique, telle n’est pas la moindre des entorses au réel qui abondent dans ce roman : en voulant rendre hommage à la mémoire d’un ami, le fils aîné d’Erwin s’attire la haine des parents du disparu et le désamour de sa sœur ; en cherchant à donner à sa fille "une formation religieuse", l’associé d’Erwin la jette dans les bras de "Messagers" au discours sectaire ; esprit sain dans un corps malsain, l’autre fils d’Erwin, un géant surdoué en mathématiques, épuise, avant même de l’avoir entamée, tous les possibles d’une carrière qui pourrait lui valoir le Nobel ; une jeune chanteuse lyrique qui rêve de scènes internationales se produit dans un cabaret de troisième zone, dans un port fluvial…

La narration elle-même, dans sa polyphonie, semble régie par ce principe du contre-pied : malgré l’accumulation d’informations, la confrontation des points de vue, les récits en écho, les personnages prennent, au fil des pages, une consistance fantomatique, ils atteignent à cet effacement qu’appelaient déjà les protagonistes de Technicien chair et de La vraie joie, les précédents romans de Philippe Hermann. Pour les y aider, l’auteur les campe dans des décors qu’on imagine davantage hantés qu’habités : ville de bord de mer oubliée par les touristes, cures marines hébergeant une population spectrale, cimetières, tours de cités, terrains vagues… Hermann excelle aux descriptions de ces non-lieux (Butor et Echenoz ne sont pas loin), qui concurrencent dans la longueur et le détail celles des personnages. Et son style s’y prête parfaitement : essentiellement visuel, il dégage une impression de narration sourde, ouatée, dont la simplicité n’est qu’apparente. Prose "blanche", certes, mais d’une blancheur aveuglante, porteuse d’une violence, d’un humour mais aussi d’une mélancolie débarrassés de tout artifice. Mention spéciale, enfin, aux titres de chapitre, faussement naïfs ou savamment elliptiques, qui créent une disjonction supplémentaire, un décalage qui soumet le roman au même effacement : peu à peu, il se métamorphose en fable et métamorphose aussi le regard du lecteur.

Énigmatique, déroutant, Comment disparaître complètement n’est pas de ces romans qui livrent leurs clés dès la première lecture. Il chemine en nous, garde ses zones d’ombre, ses nœuds de résistance, invite à la relecture, révèle de nouveaux réseaux de signification. Et confirme que son auteur compte désormais parmi les romanciers les plus intéressants de sa génération.


Pierre Brévignon
( Mis en ligne le 20/08/2001 )
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