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De la naissance douloureuse d'un écrivain
Yannick Haenel   Introduction à la mort française
Gallimard 2001 /  14.96 € - 97.99 ffr. / 199 pages
ISBN : 2-07-076284-X
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Tout commence par le vernissage d'une exposition à la Bibliothèque François Mitterrand (BNF), auquel se presse l‘élite parisienne. Un écrivain misanthrope (un pléonasme ?) Jean Deichel, alias Yannick Haenel, y a une révélation : cette bibliothèque est en réalité un sarcophage de la littérature. C’est de la matière morte qu’on fait couler dans nos esprits, quand on nous parle des grands auteurs. Mais pourquoi ? Le vertige s’empare de lui, il délire un peu. De cette mini-crise existentielle Jean Deichel tire assez d’énergie pour s’atteler à ce livre qu’il porte en lui…

Yannick Haenel nous emmène dans une aventure en trois temps.

Première étape : son intuition que "tout est crevé, tout n’est que représentation" devient intime conviction après que Jean Deichel eut assisté à un événement national au Panthéon. On y recueille en effet les glorieuses cendres d’un "grand écrivain", avec discours présidentiel et tout le folklore (drapeaux, son & lumière, etc.). Le Panthéon révèle à Jean éberlué ce qu’il est vraiment, une table tournante sur laquelle la France figée, à la rigidité de cadavre, cherche l’avenir, triturant les champignons sur les pieds des morts illustres. L’histoire est ainsi faite, et le délire permet de le voir, enfin. Jean fait un peu le constat de "la France moisie" de Sollers… en évitant toutefois l’insupportable accent des donneurs de leçon.

Deuxième temps : toutes ces découvertes ne rendent pas serein ; Jean perd un peu le fil des événements et se retrouve dans un sorte de sanatorium, la Villa Blanche, où sont parqués (un peu contre leur gré semble-t-il) les écrivains en vue du PLF (paysage littéraire français). Et curieusement, d’anciens présidents français, séniles comme de bien sûr. Ils sont tous maintenus dans l’hébétude grâce à un savant cocktail : prozac + TV + frites à volonté ; c’est à dire l’équation de notre belle nation, au sens de Jean Deichel. Tout est fait pour écraser l’angoisse et le déséquilibre, dans le même temps que la liberté et la créativité.
Après ce petit tour dans un des cercles de l’enfer (où résonne à l’infini la sentence : "Qu’as tu fait de tes talents ?"… ), la folie guette. Jean doit s’échapper avant qu’il ne soit trop tard.

Vient enfin la liberté créatrice : elle se conquiert de haute lutte ; Jean, halluciné, rendu "K.O." par les camisoles chimiques de la société littéraire comme par la violence de sa propre libération mentale, s’échappe de l’asile et échoue dans les coteaux alsaciens, se réfugie dans une maison solitaire qu’il squatte, et écrit sans relâche. Cette réclusion volontaire lui permet de créer son livre, enfin.

A l’heure de la massification de la culture, la prolifération cancéreuse des mots inquiète Jean Deichel. Mais sa prise de conscience va heureusement plus loin que ce constat élémentaire … On découvre chez lui le syndrome ancré dans l’œuvre de Philippe Muray, dès les premières pages de On ferme par exemple. La nullité de ses contemporains est déjà une raison d’écrire. Mais il y a plus : le mélange de progressisme et de superstition, voilà ce que Jean met à nu. La repentance permanente est une façon de conforter la morale bourgeoise tout en resserrant le vase-clos des idées et de la pensée : le passage sur la création d’un musée de la culpabilité est à la fois hilarant et assez réaliste, malgré ce qu’il a de burlesque.

Reconquérir sa liberté est aussi périlleux et douloureux (la folie passagère en est le prix). Mais la récompense vient ensuite : en surmontant l’angoisse, il pourra "voir" la réalité, c’est-à-dire le fruit de ses fantasmes, de son imagination.


Vianney Delourme
( Mis en ligne le 15/10/2001 )
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  • Lire un extrait de ce livre sur le site des éditions Gallimard
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