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De beaux lambeaux de vie
Arnaud Le Guern   Du soufre au coeur
Editions Alphée – Jean-Paul Bertrand - Les Inclassables 2010 /  19,90 € - 130.35 ffr. / 186 pages
ISBN : 978-2-7538-0575-0
FORMAT : 13,5cm x 20,5cm
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Être Picasso ou rien, et je ne suis pas Picasso», lance, avec une belle acrimonie, le narrateur du Soufre au cœur. Qui est-il ? Un jeune homme de bonne famille, beau garçon, un peu poète, amoureux de la peau des femmes et du cyclisme, enfin échoué dans l’alcool : c’est dire si nous redoutions le pire.

Nous redoutions en effet les sous-aventures d’un petit-neveu de la Nouvelle Vague, d’un de ces souffreteux qu’on voit soupirer d’aise d’être désaxés, se gargarisant de leur torpeur, s’en couvrant comme un paon maladif fait de ses plumes fanées, se félicitant, affalés et une bouteille à la main, d’être initiés au vide des choses, jouissant de triomphes imaginaires dans des guerres qui le sont tout autant, se faisant enfin, dans leur miroir de poche, des clins d’œil à eux-mêmes, persuadés d’avoir vu le dessous des cartes, quand ils n’ont rien aperçu que la poussière collée à leur tapis de jeu. Nous redoutions un de ces «Narcisse blêmes, un peu pourrissants», que Jean-René Huguenin voyait se traîner dans les romans il y a cinquante ans déjà, un de ces robots névrosés qui pullulent dans notre littérature petit-romanesque.

Nous avions tort – mais pas entièrement. La littérature a cette malice d’infirmer certains pronostics. Et Du soufre au cœur, ce premier roman qui devait originellement s’intituler Val de Grâce, n’en manque pas.

«Il n’y a rien à faire contre le plaisir des breuvages enchanteurs» : voici donc notre narrateur en piteux état, les nerfs en capilotade, le corps défoncé par d’incessants sacrifices bachiques, s’écrasant à l’hôpital du Val-de-Grâce, pour y subir une hypothétique cure de désintoxication. Hypothétique, car l’objectif est clair : rechuter, aussitôt sorti. Le docteur Jevoitou le prend en charge : Jevoitou, soit l’archétype de l’imbécile qui sait, partant ne voit rien. Jevoitou, ou la société et son étouffante «bienveillance», pressée de rétablir le cap des âmes à la dérive…

La force du roman d’Arnaud Le Guern réside dans son simple et bel art de faire vagabonder le narrateur parmi ses souvenirs : «Je bois pour oublier l’immonde et me souvenir du sourire des jeunes filles». Manque, au Val de Grâce, non l’alcool, mais Elsa. Fuir donc, et se souvenir ! Se souvenir de la peau d’Elsa, de sa gracilité, de ses séductions et de ses faiblesses… Arnaud Le Guern sait s’y prendre pour suggérer, avec poésie, avec sensualité, l’empreinte des caresses, l’autrefois auréolé de sourires, le goût âcre et doux des paroles perdues, les dégringolades du haut de la tendresse… Là se trouve l’unum necessarium du narrateur, dont le combat consiste principalement à empêcher Jevoitou de coloniser la moindre parcelle de ses Kitège englouties : «Je n’offre pas à la médecine la silhouette d’une danseuse». Bientôt, les silhouettes, les sourires subtilisés par le temps laissent la place à d’autres, inattendus : et voici Djamila, Schéhérazade féroce...

Arnaud Le Guern fait preuve, dans Du soufre au cœur, d’un beau panache poétique, affermi par ce sans quoi le panache s’étiole : l’humour, le bon mot, la désinvolture. Il y a apparemment beaucoup de l’auteur dans le narrateur : pas de mal à cela, bien sûr… tant qu’on n’est pas trop complaisant avec soi-même ! «Mes plus beaux lambeaux de vie montrés du doigt. Attention danger. Anormalité décelée», ne craint pas d’écrire Le Guern… Diantre! Serait-il donc… un marginal ? Vous voulez dire : comme tout le monde ? Quelle caresse pour l’amour-propre, que de jeter en pâture au lecteur des beaufs regardant d’autres beaufs s’ébattre dans l’émission Les Z’amours, avant de suggérer qu’en ce monde décidément fort immonde, il est bien doux d’être un «dandy destroy», comme il est bien difficile de se passionner pour «la réalité, le boulot, le dodo»…

«Pour sauver ma carcasse, j’avais misé toutes mes billes sur la beauté, ce beau souci. La beauté des femmes, de la langue et de quelques paysages de la fin de la terre. J’avais joué, gagné un peu, beaucoup, puis tout perdu». La grâce d’Arnaud Le Guern, c’est son inconséquence panachée, sa faiblesse, c’est qu’elle pose un peu. Assez de Brummell et de Cambronne de douzième ordre se prélassent dans la marginalité pour qu’on aille les imiter… L’auteur aime Bernanos : en mettra-t-il un peu dans son vin ?

Au demeurant, Arnaud Le Guern a du style, du cœur et du rythme, et nos préventions sont à proportion de ce que son talent promet. Telles phrases, tels mots, tels cris éclatants («sans dieux ni maîtres – sauf les miens !»), le punch impeccable des dialogues, la cadence suave du récit, font du Soufre au cœur un fier premier roman.


Jean-Baptiste Fichet
( Mis en ligne le 11/09/2010 )
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