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Un monde à part
Isaac Bashevis Singer   Les Aventures d’un idéaliste - et autres nouvelles inédites
Stock 2011 /  19 € - 124.45 ffr. / 240 pages
ISBN : 978-2-234-06435-5
FORMAT : 14cm x 20cm

Traduction de Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnau-Bay
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Comme l’on pouvait s’y attendre, Les Aventures d’un idéaliste, recueil de treize nouvelles jusqu’ici inédites en français, permet une nouvelle fois d’apprécier l’immense talent de conteur d’Isaac Bashevis Singer, Prix Nobel de Littérature en 1978 disparu en 1991, et de méditer sur la tension si caractéristique qui habite son œuvre.

Né en Pologne en 1904, fils et petit-fils de rabbins, Singer s’éloigne très jeune de la voie qui semble tracée pour suivre l’exemple de son frère Joshua qui a choisi l’écriture. Dans les années 30, tous deux pressentent la catastrophe imminente et décident de quitter le Vieux Monde pour le Nouveau. Isaac rejoint Joshua à New York en 1935, laissant derrière lui une culture yiddish promise à l’extinction, qu’il n’aura de cesse de sauver de l’oubli. Si l’adaptation aux Etats-Unis est difficile pour Singer, elle le sera bien plus encore pour les survivants de l’Holocauste dont l’indicible souffrance hante une autre partie de ses écrits.

Toujours à mi-chemin entre scepticisme et foi, Singer ne cesse de s’interroger sur cette omniprésence du mal sur terre, exemplifiée par la destinée tragique du peuple élu. Face à une justice divine incompréhensible qui s’apparente à une trahison, la fiction lui permet de livrer contre le «Hitler céleste», une «guerre privée» dont ses romans et nouvelles sont autant de batailles. Pour ce farouche antirationaliste, l’homme serait cependant fou de se juger capable de tout comprendre.

Dans son univers très particulier, les personnages se débattent entre tradition et modernité, orthodoxie sclérosante et liberté de pensée dangereuse, engagement religieux et apostasie. Qu’il situe le décor en Pologne ou aux Etats-Unis, Singer explore toujours leurs désirs, leurs obsessions, leurs doutes. Suivant le thème de son histoire, il choisit pour les exprimer deux formes à première vue incompatibles, le réalisme ou le fantastique, et pourtant bien souvent opte pour un mélange des deux. Le recueil illustre à merveille les trois possibilités.

Dans la veine réaliste figurent entre-autres Exes qui met en scène la rencontre de deux anciens époux et l’illusion d’un nouveau possible qui s’évanouit rapidement, Le Tableau où un peintre se venge de l’infidélité de sa femme par l’intermédiaire d’une toile, Le Mathématicien qui sonde la psychologie d’un homme en proie à une jalousie dévorante, Le Projet immobilier qui voit le protagoniste perdre sa fortune et sombrer dans la folie, ou encore Deux, la bouleversante histoire de deux rescapés de l’Holocauste qui ont décidé d’en finir.

Pour l’aspect purement fantastique, on se régalera avec Heshele et Hanele ou le pouvoir d’un rêve, un conte merveilleux dans lequel une prémonition rêvée devient réalité pour le bonheur des deux héros. Fantastique pour le lecteur mais pas vraiment pour Singer qui croyait en l’existence des rêves prophétiques tout comme en celle des esprits démoniaques ou de la métempsycose. D’où l’intrusion fréquente d’éléments surnaturels dans des récits par ailleurs réalistes. L’Oiseau, première nouvelle du recueil, en offre un bien joli exemple. La perruche qui vient se poser sur le bord de la fenêtre du narrateur ne serait-elle pas la réincarnation de la femme aux yeux noirs qu’il a tant aimée avant sa mort tragique au cours de la Seconde Guerre mondiale ?

«Au bout du compte, que reste-t-il après nous les écrivains ? Rien qu’un tas de papier». C’est ce qu’affirme dans Les Aventures d’un idéaliste un écrivain yiddish raté dont le manuscrit constamment réinventé par d’autres ne pourra être publié qu’après sa mort. L’œuvre de Singer, d’abord écrite en yiddish avant d’être traduite en américain, infirme ce propos quelque peu définitif.

Isaac, le petit garçon de la rue Krochmalna dans le ghetto de Varsovie, devenu plus tard citoyen américain, a, lui, redonné vie à un monde assassiné et à une culture vouée à la disparition. Du tas de papier émerge donc un témoignage inestimable. La seule réponse possible pour Singer à la question qui l’obsédait. Son rempart contre le mal.


Florence Bee-Cottin
( Mis en ligne le 15/07/2011 )
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