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La force d'un cri, d'un cri confus
Maxim Biller   Le Juif de service
L'Olivier 2011 /  19 € - 124.45 ffr. / 160 pages
ISBN : 978-2-87929-758-3
FORMAT : 13,9cm x 20,5cm

Olivier Mannoni (Traducteur)
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Autoportrait complexe, furieux, provocateur ! Allemand d’adoption, Maxim Biller est issu d’une famille juive de Prague. Ses parents, originaires de Russie, ont émigré en RFA en 1970. Une rage profonde semble animer ce récit-collage écrit à la première personne, brassant portraits, histoires de famille, interview d’écrivains ou journalistes, questions multiples. Comment… pourquoi… ?

Comment être juif en Allemagne aujourd’hui ? Le narrateur est enfermé dans un rôle impossible, entre assimilation et exclusion. Il aime l’allemand, écrit en allemand. «L'été 1982, je décidai de ne plus rêver d'Israël. L'allemand était ma langue, l'Allemagne était donc mon pays». Impossible de s’exiler en Israël avec ce père athée converti au sionisme… Aller à New York ? «Capitale du judaïsme mondial»… où vivent des «Juifs sans Shoah» qui «n'avaient pas à grandir avec des pères et des mères qui, chaque nuit, dans leurs cauchemars, retournaient dans les camp» ? Sa place est bien en Allemagne, même s’il lui faut écrire le malheur d’être juif dans ce pays.

Et voilà qu’il accepte de tenir une chronique, «100 lignes de haine» pour mieux gagner sa vie. C’est là qu’il se découvre «le juif de service». En déclarant sa haine aux Allemands qui n’ont pas réglé leur rapport au nazisme, en éclairant leurs aspects les plus troubles. On n’arrête pas de lui dire qu’il ne devrait pas revendiquer d’être juif. Il l’est, il le sera. «Je suis juif et rien que juif parce que, comme tous les Juifs, je ne crois qu'en moi-même, et que je n'ai même pas un Dieu contre lequel je pourrais me mettre en colère. Je suis juif parce que presque tous les membres de ma famille avant moi étaient juifs. Je suis juif parce que je ne veux pas être russe, tchèque ou allemand. Je suis juif parce qu'à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d'une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. Je suis juif parce que j'ai constaté, un jour, quel plaisir me procurait l'embarras des autres lorsque je leur disais : 'je suis juif‘».

Mais comment être juif en Allemagne ? Des salves de questions névrotiques partent, il provoque, il ricane son cynisme, sa rancœur. Comment vivre ce regard des «autres» Allemands sur lui. Il les dérange, il incarne leur culpabilité. «Les Allemands ne sont pas civilisés. Et tout ce qui est nouveau ou inconnu les déstabilise : les étrangers, l'humour, la démocratie, les invités à la fête quand ils ne les ont jamais rencontrés. C'est pour cette raison, concluais-je, qu’Hitler avait pu faire carrière. Il avait promis aux Allemands de libérer le monde de tout ce qu'ils ne connaissaient pas». L’humour se fait acide. «Ils devraient m’être reconnaissants. Sans moi sauraient-ils qui ils sont ?»

Très beau sujet. Malheureusement il restait à en faire un livre. Le rythme furieux des remarques polémiques, des références à des personnages inconnus du lecteur français non spécialiste n’exprime pas seulement la quête difficile d’une identité, la rancœur du narrateur : il crée la confusion. Et les personnages évoqués manquent trop de puissance pour pouvoir animer le récit. Il reste néanmoins la force d’un cri.


François Dirson
( Mis en ligne le 16/11/2011 )
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