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La haine dans l'ADN
Emmanuelle Richard   Désintégration
Seuil - Points 2019 /  6,60 € - 43.23 ffr. / 212 pages
ISBN : 978-2-7578-7564-3
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en août 2018 (L'Olivier)
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Tout le monde ne naît pas avec une petite cuillère en argent dans la bouche, il est vrai, mais nombreux sont ceux qui naissent dans les favélas, les poubelles du Caire ou les trottoirs de Manille, petite mise au point d'avant propos... Mais, comme le disait si justement Henry David Thoreau : "un seul monde à la fois".

Le roman d'Emmanuelle Richard se présente comme une chronique introspective d'une petite fille pas riche, écrivaine en herbe qui rêve de sommet, Sagan versus Albertine Sarrazin, belle et rebelle sans foi ni loi, la majorité des adolescents en somme. La violence contenue ou voulue fait écho au mieux à une jungle urbaine, au pire à un particularisme parisien bobo chic, errance d'une enfant issue d'un milieu où il faut compter chaque denier, où l'on s'habille chez "Jennifer", élevée dans le culte de l'emploi stable, excluant évidemment toute prétention artistique fût-ce la littérature, les frustrations... En même temps, une obscure obligation de transgresser un aussi basique diktat conduit notre héroïne-auteure vers des expériences somme toute moins hards qu'il n'y paraît, mais efficaces dans le microcosme parisien, une sorte de routine qui fait un peu bailler, le sexe est triste, les rencontres sont sous x, célébrités mineures ou lignée ''fils de''..., un milk-shake en somme de Cosette et de Simone de Beauvoir... avec beaucoup de laid.

Cependant, le talent est là, l'écriture est fine, agréable, aiguisée, incisive, pertinente et impertinente ; on perçoit la sincérité matinée parfois de rage, parfois de renoncement ce qui rend la lecture, quoique contractuelle, intéressante car l'exercice de style marche bien. Le lecteur se surprendra à être fasciné par cette performance, un coup d'épée dans l'eau en somme mais avec un certain panache.

Le roman, que l'on perçoit comme biographique, est attachant, pour peu que l'on fasse partie de cette classe qui n'a pas le privilège d'être "supérieure", on reconnaît ô combien aisément ces nantis, arrogants, "artistes" qui vont chez papa retirer de quoi subvenir à leur inoccupation alors que les dix euros de l'heure chez Celio, MacDo ou Leroy Merlin permettent tout juste de payer une collocation au prix d'une fatigue et d'une incessante humiliation... qui mènent vers une dépression existentielle et finalement, comme dans l'expérience du rat de Laborit, à une haine ancrée à chaque viscère de son corps. C'est la condition de la survie, envers ces congénères si futiles qui débutent dans la vie avec un sur-plein de bonus et dont la morgue assurance est apparent signe d'excellence.

Née sans mode d'emploi, l'héroïne balance entre morne fascination et révolte enfiévrée, elle n'est pas Charlotte Rampling, elle n'est pas Audrey Hepburn, icônes si elles en sont d'un snobisme surfait, autant que les froides blondes d'Alfred Hitchcock. C'est frustrant de n'être et naître dans une classe sans classe, mais tout individu porte en soi sa propre survie... Et survivre dans un milieu factice, n'est ce pas tout simplement vivre ? Cette interrogation est la trame même du roman, parfois exprimée de façon outrageuse, parfois intellectuelle, parfois juvénile mais jamais sans faute de goût.

Aussi vibrons-nous aux doutes et aux certitudes de cette errance sans transe, de ce voyage jusqu'au bout de l'ennui de cette adolescente attardée sans fard qui transforme l'écriture en magie du quotidien, qui vit jeune une vie de vieille et qui ne trouve la rédemption que dans la publication et la reconnaissance de "ces congénères" qu'elle hait tant. "Je pensait le plus sérieusement du monde qu'en accomplissant toutes ces choses une à une, soit la somme de tout ce que mes parents avaient raté... Je parviendrais à m'injecter une sorte de potion qui ferait office de vaccin... Pour me protéger de la mélancolie existentielle". (...) "car on ignore que le vrai synonyme de bohème est misère"...

Des réflexions qui donnent le ton de ce nouveau roman d'Emmanuelle Richard, déjà remarquée pour La Légèreté en 2014 et Pour la peau en 2016.


Raymonde Roman
( Mis en ligne le 30/10/2019 )
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