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Antispécisme
John Maxwell Coetzee   L'Abattoir de verre
Seuil - Cadre vert 2018 /  18 € - 117.9 ffr. / 176 pages
ISBN : 978-2-02-140239-1
FORMAT : 14,4 cm × 20,6 cm
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Il y a une quinzaine d’années, J.M. Coetzee créait le personnage sublime et dérisoire d’une romancière au crépuscule de sa vie intellectuelle, un double décalé et ironique ; Elisabeth Costello donnait son nom à un roman, l’année même – 2003 - où l’écrivain sud-africain, naturalisé australien, recevait le prix Nobel de littérature. Trois ans plus tard, elle revenait, dans L’Homme ralenti, donner la réplique à un photographe. Aujourd’hui l’anti-héroïne est au centre de sept tableaux minimalistes dont les traits cruels et précis tracent les contours de l’œuvre entière de Coetzee. L’histoire éponyme est la dernière.

Dans un accès de panique à l’idée que sa vie et son œuvre ne vont pas tarder à lui échapper, Elisabeth envoie à son fils John, qui vit aux États-Unis, un ensemble hétéroclite de textes sur la manière dont les philosophes envisagent les espèces animales ; elle raille en particulier Heidegger dans sa liaison avec Hannah Arendt. Elle raconte un reportage télévisé dans une ferme-usine où les poussins mâles placés sur des tapis roulants se font broyer dans des roues dentées pour nourrir le bétail. Sa dernière croyance est que tous ces petits animaux insignifiants pour l’homme n’ont pas croisés sa route en vain. «C’est pour eux que j’écris. Leur vie fut tellement brève, si facile à oublier. Je suis l’unique être de l’univers qui se souvienne encore d’eux, si nous mettons Dieu à part». Elle veut transmettre à son fils ce souvenir pour qu’il ne disparaisse pas avec elle. Elle suggère de construire au cœur de la ville un abattoir en verre afin que tous puissent voir à quoi ressemble une mise à mort.

L’antispécisme est un thème cher à Coetzee ainsi que la lutte contre la discrimination raciale. Pour lui le tandem humain/animal prolonge la dialectique du maître et de l'esclave, mise en scène dans certains de ses romans. Ce qui donne de la force à la pensée d’Elisabeth Costello, c’est à la fois l’érudition de ses références pertinentes et des détails évocateurs, tels cette chèvre blanche croisée à Djibouti quelques instants avant qu’elle ne soit égorgée, ce poussin mâle sur le tapis qui le mène au broyage, ces existences minuscules que la romancière, par son écriture, peut sortir de l’oubli. Ce rapport à l’animal est puissant et illustre la vision du monde du romancier, accueillir la vie et accepter le hasard. Ainsi E. Costello tente d’apprivoiser un chien qui la terrifie ou s'obstine à nourrir tous les chats sauvages d’un village reculé d’Espagne.

Elle vit par ailleurs mal l'entrée dans la vieillesse, sans cesse rappelée par ses enfants Helen et John qui essaient de la convaincre de venir vivre avec eux. Le texte central, «Une femme en train de vieillir», exprime sans doute la vision que l’auteur, très lucide, a de lui-même. Ce qu’il ressent et nomme «la nostalgie de la boue» est la tendance du cerveau à retourner au néant dont il est issu, en passant par des états passagers de confusion et de paresse. «Ce n’est pas de la poésie, mais une certaine beauté tout de même dans la forme, la clarté».

Tel est aussi le style de J.M. Coetzee. Sous cette apparente simplicité, affleure la profondeur de la pensée. On peut relire l’ouvrage plusieurs fois de façon différente. Quel est le sens de l’existence à l’approche de la fin ? Obscure clarté de la finitude.


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 29/10/2018 )
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