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L’île aux morts
Laurent Gaudé   Salina, les trois exils
Actes Sud - Domaine français 2018 /  16,80 € - 110.04 ffr. / 160 pages
ISBN : 978-2-330-10964-6
FORMAT : 11,8 cm × 21,7 cm
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. «L’île est cerclée d’une muraille. Il n’y a qu’une porte épaisse, qu’aucun homme ne peut ouvrir. Il faut embarquer les morts et pendant tout le temps que dure la traversée, raconter ce que fut la vie du défunt. Le cimetière entend le récit. Et au terme du voyage décide si la porte doit s’ouvrir ou pas».

Au départ, le texte fut une pièce de théâtre, avec alternance de scènes dialoguées et de récits. Laurent Gaudé en a fait un roman, comme un griot raconterait la geste douloureuse d’une femme qui veut se venger. C’est Malaka, le fils bien aimé de Salina, qui raconte la vie de celle qu’il a tant chérie, pour que l’histoire ne soit pas sacrifiée au néant. Il faut trouver les mots ; ce cimetière sacré aime les morts et les histoires qui viennent de loin. En Europe, nous n’écoutons pas assez les gens qui viennent de loin. Qui est Salina, la femme aux trois exils ?

Le conte commence par un bébé-malheur abandonné à l’entrée du village par un cavalier solitaire comme ceux qui, dans le royaume des grands lacs, sont soustraits à leur famille et laissés seuls. Certains meurent, d’autres sont adoptés, cette tradition existe pour apaiser le destin et donner sa place au hasard. Salina, le bébé, pleure, crie, personne ne bouge, mais les hyènes reculent au lieu de se jeter dessus. Mamanbala approche et donne son sein à l’enfant qu’elle va nommer Salina en raison de toutes les larmes qu’elle a versées, abandonnée dans la poussière, sous le soleil brûlant.

Nous retrouvons Salina en fin de vie. Son fils, Malka, l’emporte au-delà du mont Tadma qui délimite le territoire des Djimba où Salina a été autrefois adoptée. Elle meurt en route. Pour pouvoir accéder à un cimetière sur une île (comme dans le tableau de Böcklin), il doit raconter toute la vie de sa mère à Darzagar, son passeur, et à d’autres accompagnants sur des barques : une vie douloureuse dans les cris, la violence, l’amour d’une mère qui a eu trois enfants et qui a voulu se venger des humiliations subies des Djimba.

Il est difficile de raconter une vie imaginaire de femme dans un univers onirique, mais Laurent Gaudé sait, d'une plume simple et poétique. «Moi Malaka, fils élevé dans le désert par une femme qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina». L'auteur distille par petits bouts toute l’épopée afin que la mort offre à Salina le repos que la vie lui a refusé, et que le récit devienne légende.


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 02/11/2018 )
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