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De la cote 193 au Flore
Xavier-Marie Bonnot   Le Tombeau d'Apollinaire
Belfond - Pointillés 2018 /  19 € - 124.45 ffr. / 397 pages
ISBN : 978-2-7144-8060-6
FORMAT : 13,5 cm × 19,0 cm
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L'auteur Xavier-Marie Bonnot, écrivain féru d’histoire, réalisateur de documentaires, écrit là son dixième roman. Il y réalise un bel hommage aux poilus et nous fait vivre le Paris troublé et artistiquement remuant de la fin de la Grande Guerre. A priori rien ne prédestinait Philippe Moreau, petit paysan champenois, à croiser la route du grand poète Guillaume Apollinaire. Mais la guerre le permet ainsi que la naissance d'une amitié tout aussi inattendue.

Avec cette rencontre, X-M Bonnot nous plonge en première partie du livre dans le quotidien terrible de la Première Guerre mondiale, la vie dans les tranchées, quand les lignes bougent peu mais que le carnage se déchaîne au-dessus des têtes et à travers les corps baignés dans "cette merde de chimie mortifère", l'ypérite et la mélinite. Le jeune Moreau, après son service militaire, est envoyé en première ligne au 96ème régiment d'infanterie. Courageux, il est promu sergent en 1915 après l'assaut sur Tahure, le village de sa mère, ruiné et repris par l'ennemi. Ce fils de paysans, instruit (il a son bac), voit sa terre natale se faire labourer par des socs plus cruels et destructeurs que sa charrue menée par Altaïr sa belle jument. Tout est détruit, ses parents prisonniers en "Bochie"... sa soeur, infirmière à l'hôpital de Verdun, reste son seul lien épistolaire.

L'écriture de X-M Bonnot, aux accents céliniens, transcrit avec justesse les sentiments et les doutes de ce jeune homme qui n'est déjà plus puceau de l'horreur - il a tué à la baïonnette - et traduit le dégoût que tout cela lui inspire. Mais la vie s'organise aussi dans le partage, la belle camaraderie dans cette gadoue crayeuse où l'on tape le carton pour tuer le temps, on picole pour tromper l'angoisse. Chacun sa petite industrie : certains gravent les douilles et les obus, lui, Moreau, doté d'une belle sensibilité, croque ce qu'il voit à la mine depuis qu'il est enfant. Là, sur le front, aussi il dessine, en cachette.

En novembre 1915 arrive un nouveau sous-lieutenant qui vient de l'artillerie. Pourquoi vient-il s'encanailler dans l'infanterie ? "Son nom à rallonge a une consonance russe", Guillaume de Kostrowitzky (alias Apollinaire), que les troufions appellent entre eux "Cointreau-Whisky". Il s'est engagé par patriotisme pour devenir français. Rapidement leurs sensibilités s'aimantent, l'un écrit, l'autre dessine ; le sous-lieutenant invite le jeune sergent à lire ses articles et poèmes qu'il griffonne dans sa cagna, lui demande son avis. Des poèmes qui reflètent une toute autre vision de la guerre, sorte de muse vénéneuse, mais qui touchent Moreau profondément. Lui, il montre ses dessins qui disent la mort mieux que des mots et plaisent au poète. Se noue ainsi une relation amicale, respectueuse, réservée parfois du côté de Moreau que l'on sent impressionné par les confidences d'Apollinaire sur les femmes et le milieu artistique parisien. Cette première partie s'achève alors qu'ils sont évacués chacun de son côté en mars 1916 pour une blessure à la tête presque semblable.

Dans la seconde partie du livre, nous accompagnons Moreau démobilisé, petit provincial à Paris, à la recherche d'Apollinaire, qu'il retrouve facilement dans les cafés où il a "sa cour", "son empire sur l'avant-garde", de Saint-Germain-des-Prés à Montparnasse. Mais surtout il va se chercher lui-même et faire d'autres apprentissages dont il était encore vierge. Il se lie d'amitié avec Blaise Cendrars "raccourci du bras", et croise d'autres têtes aujourd'hui célèbres. Ses dessins seront exposés et il trouve une certaine reconnaissance dans ce milieu où il ne se sent pourtant pas totalement admis. Paris n'est pas qu'insouciance et effervescence artistique dans cette période sombre, on y subit des bombardements, les rationnements, autant de troubles qui ravivent les traumatismes du soldat Moreau. Comme beaucoup il est entré dans cette guerre "encore enfant et sort en homme amputé de sa jeunesse". Mais il trouvera aussi l'amour de Geneviève, qui l'a pansé dans sa convalescence. A l'hécatombe guerrière vient s'ajouter celle d'un nouveau fléau : la grippe espagnole qui ravira au grand poète la vie, le 9 novembre, et en partie les hommages quand, dans les rues de Paris, on célèbre bientôt l'armistice.

A l'heure du centenaire de cette terrible tragédie, et de la mort d'Apollinaire, ce livre mêle avec brio la magie de la poésie (avec des extraits de poèmes d'Apollinaire) à un récit ciselé, au plus près des faits historiques. Cette scansion, donne une respiration au texte, une profondeur et une sensibilité reflets de la psychologie des personnages. De lecture aisée, ce roman qui plonge le lecteur dans les tourments de la guerre sans emphase, lui donnera aussi envie de lire ou relire les poèmes d'Apollinaire.


Pierrette Caire Dieu
( Mis en ligne le 05/11/2018 )
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