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''La fille que les gens regardent''
Mathieu Simonet   Anne-Sarah K
Seuil - Cadre rouge 2019 /  17 € - 111.35 ffr. / 184 pages
ISBN : 978-2-02-140256-8
FORMAT : 14,2 cm × 20,6 cm

L’auteur du compte rendu : Arnaud Genon est docteur en littérature française. Il enseigne actuellement les lettres et la philosophie en Allemagne, à l’École Européenne de Karlsruhe. Visiting Scholar de ReFrance (Nottingham Trent University), il a publié plusieurs essais et deux romans, Tu vivras toujours et Mes écrivains (La Rémanence, coll. Traces, 2016 et 2018).
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Depuis Les Carnets blancs (Le Seuil, 2010), Mathieu Simonet a entrepris une œuvre littéraire dans laquelle se construit un «je» kaléidoscopique qui se saisit dans le rapport et la relation aux autres. En témoignent ses deux autres romans publiés au Seuil, La Maternité (2012) et Barbe Rose (2016), respectivement consacrés à la disparition de sa mère et aux liens complexes qui l’unissent à son père. Après avoir abordé ces deux figures centrales, Mathieu Simonet ne pouvait consacrer son nouveau livre qu’à Anne-Sarah, sa seule grande amie, sa sœur de cœur, son double féminin : «Évidemment. Tu as écrit sur ta mère, sur ton père. Maintenant il faut que tu écrives sur Anne-Sarah. Sur qui d’autre pourrais-tu écrire ?», lui avait fait remarquer Baptiste, son mari, dès le début du projet.

Pour Mathieu Simonet, écrire sur les autres, c’est toujours écrire sur son rapport à l’autre. La littérature, c’est d’abord du lien : «Je voulais créer des liens entre des hommes et des femmes qui n’avaient pas vocation à se rencontrer. C’était pour moi une mission. Un ordre auquel je me soumettais». Anne-Sarah Kertudo, Mathieu Simonet l’a connue au collège, à la fin des années 80. Elle avait des «yeux bizarres (ses yeux qui ressemblaient à des papillons), n’entendait pas». Ils se sentaient tous les deux différents, elle, parce qu’elle «n’osait pas porter d’appareils auditifs», lui, parce qu’il aimait les garçons. Mais voilà, entre eux, c’est comme un coup de foudre, une évidence. Rapidement, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre et leur amitié va jusqu’à éclipser celle qui les rapprochera, Perrine.

Alors qu’il devient avocat, elle échoue au concours du barreau. Trois fois. Mathieu Simonet se battra pour faire prévaloir ses droits puisque – et il aura gain de cause – son amie a été discriminée au seul motif de son handicap. De son côté, elle ouvre la première permanence juridique destinée aux sourds et malentendants et milite pour que le monde de la justice prenne davantage en considération le handicap.

Ce qui les rapproche, c’est aussi la littérature. Ils se lisent, se conseillent. La vie n’a pas de sens en-dehors de l’écriture. Mais Anne-Sarah perd progressivement la vue. Devenir aveugle signifie ne plus pouvoir poursuivre la rédaction du manuscrit en cours, et renoncer à ce qui fonde leur amitié. Une fois encore, le narrateur prend le relais. La littérature, c’est avant tout du lien. Avant d’écrire ce livre, il avait réalisé un film du même titre et dont le thème était : «Comment écrire quand on perd la vue ?». Le présent livre y répond : «Anne-Sarah est celle que je prends par la main pour écrire, qui me prend par le bras pour que je devienne éditeur. Devenir éditeur / écrire sur Anne-Sarah : il y a les deux faces d’un disque qui me rassemble».

Mathieu Simonet poursuit ici son travail singulier. Où le «je» n’est jamais que la rencontre de ceux qu’il croise. C’est un livre plein de rires, de tendresse, de force et de courage. Un livre qui secoue et fait du bien.


Arnaud Genon
( Mis en ligne le 24/04/2019 )
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