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Une fois la colère passée, on peut dire qu'on s'aime
Lionel Duroy   Nous étions nés pour être heureux
Julliard 2019 /  20 € - 131 ffr. / 222 pages
ISBN : 978-2-260-05330-9
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm
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Le temps des retrouvailles. 27 ans ont passé depuis que la fratrie de Paul, écrivain, donc traitre, l'a rejeté, suite à son premier roman, et les suivants qui, sans vergogne, exposaient la vie de leur famille et de parents indignes. "Une fois la colère passée, on peut dire qu'on s'aime" ; 27 ans après, les frères et les sœurs de Paul reprennent contact et viennent le retrouver dans la villa art déco dont il a fait son propre sanctuaire.

Le dernier roman de Lionel Duroy se résume à ces retrouvailles, sur deux moments à un an d'écart, les frères d'abord, rejoints par les soeurs, les enfants, les neveux et les ex-femmes l'année suivante. Car Paul a connu plusieurs femmes et eu des enfants dans chaque girond. Nous étions nés pour être heureux parle aussi de ces retrouvailles-là, avec Agnès et Esther.

Lionel Duroy renoue ainsi avec l'écriture autofictive, le moi et son passé ressassés, redigérés, tout simplement dits. Car pas de vérité ni de réalité même, sans les mots qui les portent, répète Paul à lui-même et aux siens. Une écriture de soi qui est discours pour les autres, sans égotisme centrifuge car, quoi de plus universel que ces histoires de familles faites d'amour et de rancoeur, de jalousies et d'affection, de colères et, peut-être, de pardons. De l'autofiction sociologique en somme, pour illustrer ce que l'on pourrait qualifier de zoo humain, maelstrom de comportements et d'émotions unissant des êtres qui sont aussi des animaux sociaux : comme Paul, ses frères, ses sœurs, ses enfants, vous, nous, eux.

Alors, peu importe si l'on se perd à la lecture dans le Who's Who de la fratrie et des conjoints, Frédéric l'aîné absent, Nicolas, Anne-Cécile, Ludovic ou Béatrice, les enfants David, Claire, Anne et Colline, et d'autres encore. Une partie de cette famille bourgeoise paupérisée par un père fou, tyrannisée par une marâtre, a reproduit les codes de la bourgeoisie, remarque l'un des enfants mais à l'aise dans cet habitus-là. Le destin des aînés, qui ont fuit tôt l'enfer du foyer, n'a pas été le même que celui des cadets. Etc.

L'ensemble, d'une narration admirablement construite, le temps de deux repas de famille, avec charcuterie, fromage, bons vins et limoncello, dans la "la confusion des rires, des effleurements et des demi-mots", est largement convainquant, écrit de main de maître, et source d'un grand plaisir littéraire. Une belle démonstration aussi qu'écrire soutient une certaine idée de la liberté. Oserait-on demander à Lionel Duroy d'écrire encore sur cet écheveau d'appartenances ?...


Thomas Roman
( Mis en ligne le 26/08/2019 )
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