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Ecriture-refuge…
Lídia Jorge   Estuaire
Métailié - Bibliothèque Portugaise 2019 /  19 € - 124.45 ffr. / 234 pages
ISBN : 979-10-226-0889-3
FORMAT : 14,0 cm × 21,5 cm

Marie-Hélène Piwnik (Traducteur)
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Romancière portugaise, Lidia Jorge a construit une œuvre importante ; onze de ses romans ont déjà été publiés aux éditions Métaillé, et le public français se souvient entre autres du Rivage des murmures (1989) ou plus récemment des Mémorables (2015). Estuaire se passe à Lisbonne ; l’ombre de Pessoa plane et la ville et son fleuve constituent l’arrière-plan de la déroute collective, que vit, chacun à sa façon, les membres de la famille de l’armateur Manuel Galéano. Riche et heureux en affaires naguère, celui-ci vient de se ruiner en armant deux bateaux—citernes destinés à apporter de l’eau potable aux zones démunies, et contraints à l’immobilité dans un port lointain par une administration anonyme et aux avis changeants.

Seule des membres de la famille qui se réfugient un par un dans l’immense demeure où ils ont été élevés par leur tante Titi, trop vieille et diminuée désormais pour jouer un rôle positif, Charlote, la fille divorcée, pourrait peut-être user de son influence pour fléchir un fonctionnaire important dont la décision changerait le cours de l’histoire tragique qui se déroule. Pourtant Charlote s’obstine dans son refus d’intervenir pour des raisons que le lecteur découvre progressivement.

Le personnage central, Edmundo, le plus jeune des enfants, revient, la main droite estropiée, d’une mission humanitaire; là encore - tragique du quotidien -, il n’a pas perdu sa main de façon glorieuse, mais sur la manipulation maladroite d’un couvercle de poubelle… Diminué physiquement, réduit à l’inactivité, il entend contrôler le sort, inverser le destin en écrivant la fresque familiale à la façon des grandes épopées : Homère, Pessoa… dont il recopie des passages entiers pour s’imprégner de leur style et sauver ainsi par l’écriture d’un roman total ce qui sombre dans le réel.

Autour de Charlote et d’Edmundo, les autres membres de la famille : Silvio ruiné qui ne songe qu’à préserver d’un destin tragique son cheval, L’Immortel, et accepte de se laisser berner en contrepartie ; Alexandro qui s’en remet sans y croire aux injonctions d’une magicienne pour inverser la roue de la Fortune ; Joao Vasco, tenancier d’hôtel pour clandestins, follement amoureux et bientôt père, qui ne recule devant rien ; David le garçonnet, fils de Charlote, que seule intéresse la baleine 52…

Dans ces vies fracassées, la maison de leur enfance vers laquelle, un à un, les personnages reviennent s’abriter, est l’unique point stable. La ville s’ouvre large sur son fleuve, l’estuaire, la mer au loin, dans laquelle aboutira peut-être la bouteille jetée par Alexandro… La mer que n’ont plus le droit de sillonner les deux bateaux-citernes…

Lidia Jorge guide son lecteur dans les rêveries et les pensées des uns et des autres ; y surnagent les souvenirs des jours heureux, un mince espoir les tient debout, ensemble ou juxtaposés… Le fil directeur est le projet d’Edmundo : l’écriture seule capable de sauver le monde! Au fil des phrases. Le récit monte en puissance et les superbes dernières pages sont un hymne à la littérature salvatrice, à celle qui vient du fond des temps et nous pousse vers un avenir encore incertain, comme le titre du livre qu’Edmundo rêve d’écrire : 2030.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 02/10/2019 )
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