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Le Mal innommable
George Steiner   Le Transport de A.H.
Les éditions Noir sur Blanc - La bibliothèque de Dimitri 2020 /  19 € - 124.45 ffr. / 199 pages
ISBN : 978-2-88250-628-3
FORMAT : 15,1 cm × 23,0 cm

Christine de Montauzon (Traducteur)
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Georges Steiner (1929-2020) est un illustre essayiste et critique littéraire américain né en France mais ayant vécu aux Etats-Unis après ses études à Paris, notamment à Janson de Sailly. Célèbre pour ses analyses littéraires très denses pour le New Yorker (dont une anthologie a été publiée chez Gallimard), il a publié une trentaine d’ouvrages critiques auxquels il faut ajouter trois romans dont Le Transport de A.H. en 1979.

Une équipe israélienne de chasseurs de nazis retrouve, à la fin des années 70, le dictateur allemand Adolf Hitler, alors vieillard malade, débusqué dans un coin reculé de la forêt amazonienne. Débute alors une épopée tragi-comique pour ramener sur le devant de la scène l’une des pires incarnations du Mal, afin qu'il soit jugé par le peuple victime de la Shoah. Ce postulat de départ ne va pas, contrairement à ce que l’on peut croire, déboucher sur un jugement car ce qui intéresse l’auteur, c’est de brouiller les pistes de la fiction tout autant que les chemins broussailleux de la forêt où le corps du tyran, quasi sans vie, est transbahuté d’un point à l’autre, alors même que ses accompagnateurs peinent à considérer cet être avec le respect dû à tout prisonnier. Du coup, sous le climat tropical difficile, les discussions vont bon train, surtout qu’il faut révéler au monde entier que le tyran est en vie. Parallèlement à ce voyage, Steiner développe toutes les thèses qui ont paru à la mort du dictateur : sa judéité hypothétique, l’authenticité de son corps retrouvé carbonisé dans son bunker, son éventuelle survie après-guerre, la culpabilité du peuple juif soumis au nazisme, etc.

Cette uchronie ne remplit malheureusement pas toutes ses promesses. En général, le passage à la fiction de la part d’un imminent universitaire peut être calamiteuse. «Vous vous faites critiques, car vous ne pouvez être romanciers», ironisait Théophile Gautier face aux journalistes qui publiaient de mauvais papiers sur son œuvre. C’est un peu le cas ici, car Steiner, en voulant provoquer ou divulguer des rumeurs, crée un roman assez peu lisible, peu envoutant et qui ne répond pas aux questions essentielles d’une telle découverte, un prétexte romanesque pour étayer des thèses peu crédibles, archi-rebattues et parfois partisanes. Ceci assurément par volonté de toucher du doigt le sujet extrême et sensible du XXe siècle.

On pensait que le style de cet érudit convaincant de la littérature moderne allait sauver le tout, mais Steiner se contente d’imiter ses confrères en bouleversant les modes de narration voire le genre romanesque sans son talent de critique. Le livre a choqué à sa parution car Steiner fait parler le dictateur à la toute fin du roman, ironisant sur le fait qu’Israël a pu renaitre puissamment grâce au chaos qu’il a instauré.

Ce roman est donc une déception qui confirme la thèse de Gautier. Pourtant Steiner expliquait avec sincérité son travail d’écrivain dans sa postface de 1999: «Le Transport de A.H. est une parabole de la souffrance. Des abîmes de souffrance endurées par les victimes du nazisme. Et endurées par ceux qui ont été "ethniquement nettoyés" dans une région ravagée d'Amazonie. Elle met en avant le langage, et la fragilité des chances de trouver la vérité lorsque les mots sont les otages de la rhétorique et de la folie. Avant tout et surtout, cette fable parle de la douleur, du souvenir, et de la souffrance impérative et insupportable de la mémoire. Elle a été écrite dans la souffrance. Et elle aura manqué son but si les lecteurs ne le ressentent pas».


Simon Anger
( Mis en ligne le 18/05/2020 )
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