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Un suicidé de la société
Patrice Trigano   L'Amour égorgé
Maurice Nadeau 2020 /  18 € - 117.9 ffr. / 236 pages
ISBN : 978-2-86231-292-7
FORMAT : 13,6 cm × 21,1 cm
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René Crevel (1900-1935) fait partie avec Jacques Vaché et Jacques Rigaut des trois ''suicidés de la société'' du mouvement surréaliste. Le premier est un précurseur du courant littéraire, le deuxième un dadaïste jusque dans la mort et le troisième une victime romantique. C’est ce dernier, figure tragique et anticonformiste du mouvement (l’un des rares à avoir écrit des romans surréalistes, genre pourtant abhorré par Breton), qui intéresse Trigano dans ce roman biographique où René devient un personnage quasi fictif, et l’interprétation prévaut sur la véracité des faits.

L’écrivain surréaliste avait mal débuté sa vie. Une mère castratrice et autoritaire, un père qui se suicide – on laisse l’enfant regarder le corps se balancer au bout d’une corde –, une attirance pour les garçons et une sensibilité à fleur de peau. C’est tout naturellement qu’il se tourne vers la révolte (la guerre est également passée par là) et qu’il trouve chez les avant-gardes des années 20 une possibilité d’exprimer ses sentiments, puis des idées révolutionnaires.

La suite n’est pas très emballante, la tuberculose vient prolonger les souffrances du jeune poète ; et ce ne sont pas ses liaisons malheureuses, son admiration sans faille pour Breton ou encore la découverte des femmes (dont Mopsa, le grand amour de Crevel) qui vont arranger les choses. Malgré son talent de romancier - Mon corps et moi (1925), La Mort difficile (1926), Êtes-vous fous ? (1929) - et de solides amitiés (Breton, Eluard, Sternheim), Crevel se donne la mort en 1935, fatigué des opérations chirurgicales, des passions destructrices, de la solitude et des brouilles politico-surréalistes.

Trigano a choisi l’angle romanesque pour évoquer ce personnage romantique. Soit ! C’est un axe compréhensible eu égard à la singularité de l’écrivain surréaliste dont la vie intéresse autant que l’œuvre (elle-même souvent autobiographique). Si la lecture est aisée, et l’imagination, au service de l’histoire littéraire moderne, le lecteur est déçu par un surplus d’anecdotes de nature privée ou sexuelle peu pertinentes quant à la connaissance du personnage, être tiraillé dont l’écriture était pourtant la chose importante à saisir.

Si l’évolution du mouvement surréaliste et la création romanesque du jeune homme interviennent dans des dialogues plus ou moins savoureux entre les divers protagonistes, l’essentiel est concentré sur les tourments de Crevel au détriment de son œuvre littéraire. Il en est de même chez les membres du mouvement instigué par Breton, qui prennent un tour parfois caricatural, apparaissant ou disparaissant subitement dans le récit : Aragon, Eluard, Dali, Giacometti et même Zweig paraissent démunis de toute intériorité, leur identité est résumé à quelques poncifs rebattus qui à la longue irritent ! Certes le surréalisme vivait de querelles esthétiques, mais cent ans après sa création officielle (1919 avec Les Champs magnétiques), les perpétuelles engueulades de ces jeunes bourgeois révolutionnaires paraissent désuètes.

Pire, les œuvres de Crevel sont tout justes évoquées (certaines pas du tout !), comme si elles avaient été écrites rapidement entre deux parties fines ou séances de soin. C’est pourtant chez un écrivain la seule chose à retenir, y compris lorsqu’on prend le parti de raconter sa vie en l’intégrant en tant que personnage dans un roman où les vrais patronymes sont cités. Du coup, la personnalité de Crevel (figée par l’interprétation de l’auteur), être sensible et sacrificiel, perd de son authenticité, de sa force, bref de son âme.

Une biographie plus détaillée et moins subjective aurait peut-être été la bienvenue ?


Simon Anger
( Mis en ligne le 19/10/2020 )
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