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Un pacte en carton-pâte
Nathalie Rheims   Roman
Léo Scheer 2020 /  16 € - 104.8 ffr. / 142 pages
ISBN : 978-2-7561-1331-9
FORMAT : 12,6 cm × 18,9 cm
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Actrice, alternant théâtre et téléfilms, journaliste, puis productrice avec Claude Berri (son compagnon de l’époque) et romancière (la plupart de ses romans sont édités chez Léo Scheer, son autre compagnon), Nathalie Rheims est aussi la sœur de la photographe Bettina Rheims. Ici, dans ce court ouvrage, elle avance l’idée qu’il existe un pacte entre le Diable et Roman Polanski.

Un encrier avec une tête du malin est représenté en photo de couverture. L'auteure pense même avoir croisé le diable en personne. La présence de ce dernier l’accompagne depuis toujours. Pourquoi, diable, le cinéaste s’est-il retrouvé dans cette affaire ? Nul ne le sait... Nathalie Rheims n’a jamais parlé à Roman Polanski, elle l’a seulement aperçu lors d'un dîner où elle accompagnait Claude Berri. Il a salué ce dernier puis est parti. «Lorsqu’il a fini par s’éloigner, un souffle glacé a traversé la salle et m’a enveloppée». Elle réfléchit, suppose et suppute. On se dit qu’au fur à mesure, tout cela est bien mince. Pure fantasmagorie ? Pure fiction. Évidemment, comme le cinéaste a fait beaucoup parler de lui, le lecteur se doute que tout cela n’est pas fortuit. Certes, ce n’est pas aussi outrageusement posé, mais l’association est bien mise en avant.

Après le porc, le Diable donc. L’homme devient un ogre, diabolisé comme les sorcières du célèbre Malleus Maleficarum («Le Marteau des sorcières»), traité des dominicains Henri Institoris et Jacques Sprenger, publié en 1486 et utilisé dans le cadre de la chasse qui débute au XVe siècle en Europe. Plusieurs phrases prises au hasard viennent corroborer cette hypothèse. Rheims cite à un moment trois films du cinéaste, Le Couteau dans l’eau, Répulsion et Cul-de-sac. «Sans ton intervention, aucun de ces trois films n’était réalisable. Il est de plus en plus clair que le seul fait qu’ils existent est la preuve tangible et visible de votre complicité» Ou encore «Pourrais-je savoir si les trois portes qui représentent trois moments charnières de sa vie et de son œuvre sont les trois films par lesquels on peut vous voir, tous les deux, en train de pactiser ?».

Si elle évoque succinctement les deux épisodes tragiques concernant la vie du cinéaste (la mort de sa mère enceinte dans le ghetto, l’assassinat de Sharon Tate par deux femmes de la secte de Charles Manson), elle parle à peine du viol de Samantha Geimer en 1977 et pas du tout des accusations qui se sont accumulées à l’époque de la sortie du film The Ghost writer. À cet égard, on se demande pourquoi tant de bruit ? 101 avocates avaient publié un article dans Le Monde pour rappeler que la loi ne se contentait pas de simples accusations, trente ou quarante ans après les faits, mais de preuves. Et la loi, c’est la loi. C’est d’autant plus étrange que Jacqueline Sauvage a été innocentée par un président de la République en quête de voix alors qu’elle avait été accusée par deux cours d’assises différentes, sans aucune circonstance atténuante, pour avoir assassiné son mari de trois balles dans le dos. Au vu du dossier. Un livre La Vvérité sur l'affaire Jacqueline Sauvage, de Hélène Mathieu et Daniel Grandclément, retraçait toute l’ambiguïté de cette affaire qui n’était pas celle que les médias ont retracée.

Ce sont surtout dans les films que Nathalie Rheims repère donc cet étrange pacte. Alors on se pose une question : s’il n’y avait pas eu ce contexte houleux, aurait-elle fait ce rapprochement ? Et pourquoi n’en parle-t-elle pas ? Car aborder ce pacte par les films est d'emblée bancal. Non seulement, on pourrait le faire avec n’importe quel artiste qui aborde la question du mal, mais c’est relier sa vie personnelle avec ses films, hypothèse grandement sujette à caution. C’est d'ailleurs mal connaître les films de Roman Polanski qui, comme le romancier Milan Kundera, ne souscrit pas à cette thèse. Et on le voit, cela permet au final de mettre l’accent sur la vie personnelle au détriment de l’œuvre. Proust dans Contre Sainte-Beuve avait bien démontré que le moi d’un artiste n’était pas celui de l’homme quotidien : «Cette méthode méconnaît ce qu'une fréquentation un peu profonde avec nous-mêmes nous apprend : qu'un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices».

C’est d’autant plus injuste avec Roman Polanski que ce dernier fait preuve d’ironie, de notations concrètes dans les détails et n’use jamais d’effets faciles ou grossiers en matière de violence. Comme il le dit lui-même, il ne croit pas au diable mais au mal. Il est ainsi curieux que Nathalie Rheims n’évoque pas Chinatown (1974) avec l’incarnation d’un diable à figure humaine (Noah Cross). On se demande bien si ce pacte, dont elle remet en question la solidité vers la fin, en catimini, n’est pas à chercher plutôt dans la tête de Nathalie Rheims, et pas dans les films de Roman Polanski. Dès lors, pourquoi cette entreprise ? Quel en est l’intérêt ? On en sort avec le goût étrange de la vacuité, de l’inutilité sinon l'opportunisme de saisir un sujet littéraire à partir des dénonciations actuelles... d’une façon plus feutrée, avec un vernis culturel.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 28/10/2020 )
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