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Mélodie de l'horreur
Jean-Michel Riou   Les Mouches bleues
Plon 2021 /  19 € - 124.45 ffr. / 261 pages
ISBN : 978-2-259-27889-8
FORMAT : 13,5 cm × 21,0 cm
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. «J’ai survécu à la période nazie mais je n’ai jamais quitté le camp de concentration», disait Aleksander Kulisiewicz (1918-1982), jeune musicien et journaliste polonais dont Jean-Michel Riou relate avec brio la tragique vie depuis ce matin de 1939 quand, âgé de 21 ans, il est arrêté à Varsovie par la Gestapo, torturé et déporté au camp d’Orianenburg-Sachsenhausen, près de Berlin. Il avait osé écrire un pamphlet contre Hitler dans un journal estudiantin.

Le voilà dans le fourgon à bestiaux, convoi 102, où s’entassent des milliers de victimes innocentes, dans des conditions humiliantes. Ils sont tués pour la plupart à leur arrivée dans les «Konzentrationlager ou KZ», en raison de leurs convictions, religions ou origines. Dans le train, il entend une vieille comptine de Silésie que tout le wagon reprend en chœur, puis le Chant des Tziganes. Aleksander se jure alors de se souvenir à jamais de toutes les notes qu’il entendra, jusqu’à sa mort, pour les transcrire et les enregistrer. Mais comment survivre à ces SS que le personnage principal compare à des mouches bleues, comme elles attirés par les chairs mortes et putrides ?

Infecté par le typhus, travaillant comme une bête de somme, puni et humilié sans raison, Alex tient bon grâce aux chants qu’il compose et interprète la nuit pour ses camarades, clandestinement, au péril de leur vie. Il veut persévérer, ne pas mourir, même s’il subit des moments de découragement devant la mort des autres et l’injustice de la situation dirigée par des satrapes. La musique est sa bouée de sauvetage, pourvu qu’elle ne finisse pas dans les cendres du crématorium de Sachso. Son opiniâtreté est un exemple positif pour ses frères de malheur mais tous n’ont pas sa chance et meurent peu à peu, vite remplacés : la maladie, l’extrême fatigue, les expériences médicales, une balle dans la tête ont raison de leur faiblesse.

Après six années de camp, Hitler est sur le point d’être vaincu par les Alliés, les nazis veulent faire disparaître les preuves de leurs crimes : les prisonniers survivants sont mis sur des routes pour une marche de la mort, et exécutés un à un. Puis les SS s’enfuient pour ne pas être pris par les sauveurs, ici les Russes. Alex passe six mois dans un hôpital de Varsovie et apprend à redevenir un être humain, à défaut d'un homme normal. Son esprit reste prisonnier du camp, de cauchemars récurrents et l’obsession d’en porter la mémoire. Sa vie est dès lors dédiée au souvenir. Il parcourt le monde en montant sur scène, vêtu d’un pyjama rayé de sinistre mémoire, jusqu’à sa mort en 1982, pour évoquer en chansons la vie à Sachsenhausen. C'est aussi une véritable catharsis pour lui. Malheureusement, il est en complet décalage avec la société d’après-guerre, qui ne veut plus se rappeler les crimes nazis, soit pour oublier soit par indifférence.

La force descriptive de l'écriture de Jean-Michel Riou donne vie à tous ces anonymes sur qui le malheur est tombé au hasard. Il sait happer son lecteur dans ce destin hors du commun, sans s’appesantir sur le fond sordide de cette situation. Le manuscrit complet des chants (dont le Jüdischer Todessang : ''chant juif des morts'') - deux mille pages - est conservé dans les archives du Musée commémoratif de l’Holocauste à Washington.

«La souffrance est notre histoire. Celle des triangles rouges (opposants politiques), jaunes (les Juifs), roses (les homosexuels)… On a décidé que nos chansons seraient un reportage poétique. L’expression peut paraître scabreuse mais la poésie va à nos âmes meurtries. Cet art est une arme. Avec elle, je me sens capable de résister».


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 17/02/2021 )
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