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La défaite de la foi
David Plante   Le Temps de la terreur
Actes Sud 2002 /  20 € - 131 ffr. / 255 pages
ISBN : 2-7427-3579-8
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Ce roman est un périple halluciné dans l’Empire croulant des Soviétiques, sorte de voyage au bout de la nuit d’un jeune Américain enfoncé dans le nihilisme. Joe est venu chercher à son insu, et pour y mourir, la "grande forêt" de ses rêves, qui hante ses nuits depuis son enfance. A son arrivée à Leningrad, il rencontre Zoya, une belle Soviétique qui s’improvise son guide et finit par s’avouer prise dans les filets de Gerald, un proxénète américain, représentant le nouvel esprit d’entreprise. Elle essaye de se convaincre que Joe est son dernier espoir.

Que sont venus chercher Joe et Gerald dans cette Union Soviétique dont l’écroulement semble imminent ? Écrire quelques lignes de la chronique de cette mort collective tant annoncée ? Arracher leur part du butin ? Trouver l’aventure ? Désespéré d’avoir perdu la foi en Dieu, Joe semble une belle proie pour Gerald mais c'est Zoya qui est le véritable enjeu de leur affrontement. Avec cette fantaisie du désespéré qui, au bord de l’abîme, ne veut pas sombrer seul, Gerald apparaît pourtant comme le dernier des survivants, maintenu par un cruel instinct de survie dans un monde de fatalité, où plus personne ne croit en rien,

Dans ce huis-clos, le Mal et la souffrance se montrent sous leur jour véritable, aussi impitoyable que banal. La figure du salaud que symbolise Gerald est-elle la punition de l’URSS, de ses faiblesses ? Si Dieu est devenu impensable, quel est le sens du châtiment sans rédemption possible ? Dans Le Temps du Mal, la trilogie de Dobritsa Tchossitch décrivant le déchirement de la Yougoslavie par les idéologies communiste et nationalistes, le Mal s’insèrait partout, dressant les fils contre leurs pères. Avec Le Temps de la Terreur, David Plante décrit un autre fléau, celui du nihilisme et de l’écrasement quasi minéral de l’homme. Les hommes meurent de ne plus savoir nommer le Mal, donc de ne plus pouvoir le combattre. Écroulé, le messianisme matérialiste montre ses vestiges. Décors urbains, coulisses dérisoires du Bolchoï, appartements collectifs déglingués et gares de banlieue bouffées par la tourmente des éléments. La ville, irréelle, n'est plus qu'un mélange de brume, de neige, de silhouettes fantomatiques et de lumières vaincues par l’obscurité. Le regard vitreux des passants, des usagers du métro, des prostituées, indiquent la résignation, comme si ces humains n'étaient plus tout à fait de ce monde. L’URSS n’est pas encore tombée, mais elle est déjà morte. Sur cette scène se joue la tragédie de fuite sans raison et sans espoir, de Joe et Zoya. Abandonné de Dieu, vaincus, ils s’éteignent tous les deux, avalés par la neige de la "grande forêt".

Ce roman nihiliste est tout ensemble une illustration de la défaite de la foi – métaphysique, matérialiste - par l’empire minéral, une forme d’antéchrist moderne, une saisissante description du cauchemar de l’Autre Europe et, surtout, un grand roman réaliste.


Vianney Delourme
( Mis en ligne le 28/01/2002 )
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