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On n'est jamais si bien volé que par soi-même
Alan Wall   Loué soit le voleur
Flammarion 2000 /  20.61 € - 135 ffr. / 293 pages
ISBN : 2-08-067359-9
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Tom ou Thomas Lynch, le narrateur et héros de ce roman, porte le même prénom que son père, disparu peu avant sa naissance, dans la catastrophe aérienne du Hindenburg en 1937. Ce pourrait être un détail mais ce n’en est franchement pas un. Et rien dans cet ouvrage, pas le plus insignifiant des personnages, pas la moindre référence historique, littéraire ou artistique, n'est laissé au hasard.

Tom, américain, est abandonné par sa mère qui l’envoie à l’âge de onze ans dans le collège anglais que fréquentait son père autrefois. Il se retrouve alors en quelque sorte orphelin, bien qu’il considère l’avoir toujours été. Le directeur du collège, Grimshaw, le prend sous son aile et l’initie, vingt ans après l’avoir fait pour Thomas Lynch père, à l’histoire, l’art et la religion. Peu avant de l’envoyer à Oxford, comme il l’avait fait pour son père, il le fait entrer dans la société secrète Delaquay, du nom du graveur et dessinateur Alfred Delaquay.

La société Delaquay propose à ses membres de respecter et perpétuer les idées et les oeuvres de l’artiste. Ses dessins, la plupart des illustrations d’ouvrages littéraires, ne sont pas signés. Il n’existe qu’un seul exemplaire par titre, et cette édition contient les originaux. Il faut être membre pour posséder un des ouvrages, qu’on peut échanger contre un autre au sein de la société. Personne n’a le droit d’en faire la reproduction, et encore moins de les vendre. Mais Tom, littéralement fasciné par les dessins de Delaquay, prend l’habitude de les reproduire en y ajoutant une touche personnelle. Muni d’une édition illustrée du Paradis perdu de John Milton, il s’inscrit à l’Institut des beaux-arts Isaac Lenau d’Oxford. Il y vit alors quelques années, nourri d’influences artistiques et intellectuelles élevées, s’appliquant à découvrir de nouvelles oeuvres de Delaquay et à les copier avec passion.

L’identification est telle qu’il ne parvient pas, malgré son désir, à dessiner dans son propre style. Il fréquente durant cette période Rachel, une de ses enseignantes et trahit le serment de la société en rachetant à un membre l’exemplaire des Fleurs du mal de Baudelaire. Expulsé de la société et de l’Institut, il trouve refuge chez un cupide marchand de tableaux, qui organise le commerce de ses copies. Totalement immergé dans la pensée et la démarche artistique de Delaquay, Tom traverse les mêmes phases de déchéance que son modèle et sombre dans l’alcoolisme. Une descente aux enfers commence pour lui, où l’argent, l’alcool et la folie mimétique réduisent sa vie à l’état de dépendance. Au moment où il est prêt à changer et se ressaisir pour retrouver Rachel, des événements qu’il ne contrôle plus le maintiennent dans cette descente et le propulsent vers une vérité familiale, personnelle et vitale qu’il n’avait jamais soupçonnée.

Vous l’aurez compris, Loué soit le voleur est un roman très construit, dont la fin boucle avec brio la spirale infernale et puissante d’une intrigue riche et complexe. De surprise en surprise, le héros reconstitue le puzzle étrange qui lui livrera les données essentielles de son identité. Le caractère passif de cette reconstitution, pas même désirée, accentue la force de l’intrigue. Alors qu’il trouve une certaine complaisance dans la pente autodestructrice qu’il a empruntée, Tom Lynch est précisément le jouet d’êtres qui n'auraient pu lui vouloir, par nature, que du bien. Mais une société secrète annihile la notion du bien individuel pour servir la réalisation de son idéal. Et ces êtres –qui ne lui sont pas aussi chers qu’il l’est pour eux parce qu’il ignore leur réelle identité– ne sauront voir que l’intérêt de la société à laquelle ils se sont liés jusqu’à la mort.

Le principe de société secrète, ralliant un petit nombre d’adhérents autour d’un serment souvent excentrique, exigeant le respect absolu de règles strictes, plaît beaucoup aux Anglo-saxons. L’intrigue ne pouvait se dérouler ailleurs qu’au Royaume-Uni. Le roman nous plonge dans l’atmosphère protégée des collèges britanniques, propices à l’éclosion de sociétés fermées. Oxford, petite ville dans la ville, où l’on est admis sur concours, où les cours sont dispensés dans de très vieux murs, où les bibliothèques regorgent d’éditions anciennes et d’ouvrages épuisés, où élèves et enseignants sont vêtus d’uniformes, où l’organisation de la vie quotidienne est régie par un règlement détaillé... Le titre nous met devant le thème du vol. Le vol et la chute d’Icare, qui vole avec son père Dédale, et qui meurt de lui avoir désobéi, n’est-il pas le vol de Tom ? Mais lequel des deux Tom ? Le père, victime en plein vol de l’incendie d’un aéronef? Le fils, qui souffre de cette béance paternelle et qui ne parvient pas à voler de ses propres ailes ? Tom le fils voleur, le faussaire, l’expert en contrefaçon, celui qui vole dans la vie et l’oeuvre de Delaquay pour nourrir sa vie et son oeuvre ; le voleur de la société Delaquay, qui trahit le serment en rachetant l’édition des Fleurs du mal ? Tom le père menteur, qui a volé la vérité et sa vie à son fils pour le bien de la société Delaquay ?

Loué soit le voleur est un roman intellectuel, qui initie et invite à une réflexion croisée sur l’art, la littérature et la religion. Les personnages la formulent avec innovation, style et profondeur, selon un axe tantôt ésotérique tantôt élitiste. Pour ceux que la dimension intellectuelle rebute, soyez rassurés, car la tournure quasi policière de l’intrigue ôte tout risque d’ennui et le narrateur utilise les nombreuses références culturelles avec un regard compatissant, emprunt d’autodérision.


Liliane Bassali
( Mis en ligne le 29/07/2000 )
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