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Spectres d'outre-atlantique
Richard Matheson   Intrusion
Flammarion - Imagine 1999 /  12.98 € - 85.02 ffr. / 293 pages
ISBN : 2-08-067736-5
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Outre le plaisir intense que procure la lecture de ces nouvelles de Richard Matheson, Intrusion permet une incursion non pas tant dans La Quatrième Dimension, la mythique série télévisée, que dans la psyché d'une nation malade : l'Amérique, ou ces Etats "unis" dans la paranoïa et la peur de toute altérité. C'est que, au risque d'endosser l'habit du docteur viennois, on ne peut résister à la tentation de lire ces nouvelles comme autant d'allégories restituant l'atmosphère oppressante des années cinquante, cet accès de fièvre maccarthyste qui donna des sueurs froides à des Américains malades de l'intolérance.

En effet, comment ne pas lire cette nouvelle intitulée Escamotage où un homme voit soudain s'effacer tous les repères de son existence, comme la métaphore angoissante de l'oblitération institutionnelle du passé de tout immigrant candidat à la citoyenneté américaine ? Telle est la condition sine qua non de l'intégration parfaite et donc le socle fragile de l'identité américaine. Pour être Américain, il paraît nécessaire d'oublier l'histoire de son pays d'origine. L'homo americanus né de la fusion d'immigrés de toutes races, de toutes ethnies, de toutes nationalités se doit alors d'être la négation même de la différence puisqu'il est différent ! En somme, un être vierge de toute contamination ayant pour seule religion, l'américanisme, l'américanité.

Or, on ne saurait construire sur le vide, sur l'absence de mémoire. Aussi, la communauté s'est érigée surtout contre "l'autre", contre la "différence". D'où cette métaphore récurrente qui s'insinue ici (Intrusion ou Captateurs) de "l'alien", de la contamination, de l'invasion des extra-terrestres venant "habiter" les corps des terriens. Métaphore qui prend tout son sens lorsqu'on l'inscrit dans le contexte des années cinquante où l'on voit des communistes partout, où l'on tient des commissions contre ce qui est "Un-american", (le terme est intraduisible, "in-américain"). Guerre Froide et Chasse aux sorcières obligent !

Et lorsque le récit mathesonien prend acte de la coexistence de la différence au sein de la société américaine sous la forme d'extra-terrestres asservis à l'humanité, dans une nouvelle intitulée La boucle est bouclée (jadis parue sous le titre français Les Autres !), c'est pour mieux déterrer les rhizomes de la xénophobie. S'inscrit alors en filigrane un message de fraternité dans cette nouvelle toute auréolée d'une prise de conscience du "brain-washing", de ce lavage de cerveau, autre figure emblématique des peurs nées de la guerre froide, que subissent les terriens, avatars des Américains.

En effet, cette nouvelle, raconte l'éveil d'un journaliste à la condition d'un extra-terrestre autrefois historien qui fait l'acteur sur une pièce de théâtre. Et Matheson de se muer en démystificateur dont le dessein est de "réveiller" les Américains amnésiques de pans entiers de l'histoire des Etats-Unis : les génocides perpétrés à l'encontre de la nation indienne, l'esclavage des noirs, le capitalisme sauvage, les luttes sociales voire l'impérialisme. On ne peut trouver plus violent réquisitoire contre cette Amérique qui se réveille avec la gueule de bois et dont la raison d'être est l'élimination de la différence, qu'elle soit politique ou ethnique. On l'aura compris, le fameux melting pot ou creuset national est plus que battu en brèche sous la plume innocemment corrosive de Richard Matheson.

Mais ce maître de l'anticipation ou bien plutôt de la préfiguration sait aussi s'interroger en casuiste éclairé sur ce que la science porte en germe de cauchemardesque, comme en témoigne cette nouvelle terrifiante intitulée Lazare II, où un jeune homme qui s'était suicidé, revient d'entre les morts grâce à la cybernétique, à l'instar de la résurrection de Lazare dans la Bible. Au surplus, Richard Matheson s'avère un grand manipulateur et n'aime rien tant que d'égarer ou de surprendre le lecteur en créant des atmosphères oppressantes qui le conduisent au delà du réel, à négliger toutes pistes rationnelles pour n'envisager qu'un dénouement surréel. Toilettes pour hommes seuls est à cet égard un chef d'oeuvre de manipulation où il semble qu'il n'y ait pas de "U-turn" permis dans le désert de la mort, pas de marche arrière possible. Les nouvelles de Richard Matheson se lisent avec des lunettes spéciales tant son écriture est spectographique, et révèlent les démons qui hantent l'Amérique.


Steven Barris
( Mis en ligne le 13/02/2000 )
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