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Pour une culture vagabonde
Gilles Laurendon   Les buveurs d'infini
Belfond 2003 /  13.50 € - 88.43 ffr. / 250 pages
ISBN : 2714439721
FORMAT : 14 x 23 cm
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Les «buveurs d’infini» sont des libertins au sens le plus pur du terme : cultivant leur différence avec un art d’orfèvre, jouisseurs, irrévérencieux, irréligieux mais d’une spiritualité insolente, ils s’abreuvent à toutes les sources du plaisir : la culture, la gastronomie, l’érotisme, l’humour, la fugue…

Gilles Laurendon nous propose une galerie de ces êtres à part, élitistes du fait de leur condition, à la marge d’une société qu’ils observent avec cynisme. Ces autodidactes majuscules, érudits autonomes, compagnons des grands de ce monde – auteurs, peintres, explorateurs - ont un mépris pour l’Education nationale qui amusera certains et en échaudera d’autres ! Ils aiment l’exil, les longues virées dans des contrées fabuleuses, la bonne chère, les plaisirs de la chair et les instants rares où le bien-être se résume à planter une ligne dans l’eau ou à s'étendre dans l’herbe, la face rivée aux étoiles. Ces bohèmes de luxe sont des hussards comme on en voit peu ; on les appellerait aujourd’hui des «anarchistes de droite».

Tel est le cas de Simon Goldberg et de son grand-père, personnages centraux de ce roman qui compte d’autres héros tout aussi reluisants. Le grand-père est l’héritier richissime d’une famille juive ayant fui les pogroms au XIXe siècle. Isaac et Moyshe, au terme d’un parcours terrible et misérable, feront finalement fortune dans l’horlogerie, fortune que leur descendant insatiable, le grand-père de Simon, dilapidera sans vergogne dans sa course vers l’infini. Aïeul hypothétique de nos deux vagabonds, Psalmanazaar est l’un des plus grands affabulateurs du XVIIe siècle européen. Ce languedocien miséreux devint la coqueluche de la cour anglaise, grâce à une mythomanie d’excellence, servie par une culture qui impressionne : il se fait passer pour un habitant de Formose, pays fabuleux dont il invente l’histoire, la langue et les mœurs, retranscrites dans un recueil, best-seller de l’époque.

L’auteur entremêle ces trois histoires qui sont en fait trois exils : celui de deux Juifs fuyant l’Europe centrale et ses violences, celui d’un homme extraordinaire, laissant sa condition pouilleuse pour une vie d’éclat au prix d’un grand bluff, celui enfin d’un homme et de son petit-fils, quittant la vie de château pour une bohème difficile mais heureuse, et des souvenirs plus ternes (une mère junky, starlette tombée dans le caniveau). «Grand-père rompit brutalement les liens qui d’ordinaire nous rattachent à la vie sociale. Il m’amputa de l’école qui n’était qu’une entrave servile, m’éloigna de notre passé qui n’était plus qu’un douloureux souvenir.» (p. 114)

Cette narration originale est servie par une langue savoureuse et riche. On comprend que l’auteur lui-même est de l'engeance des «buveurs d’infini». N’est-il pas d’ailleurs le petit Simon devenu grand ?... Cet écrivain déjà reconnu s’est fait une spécialité de ce que l’on pourrait appeler non pas des livres de cuisine mais de la littérature gastronomique, car les mots y sont tout aussi goûteux que les mets qu’ils décrivent. Citons parmi ces ouvrages, La cuisine des fées (Editions du Chêne, 2002) et deux ouvrages à paraître : La cuisine des explorateurs (Librio) et Au temps des leçons de choses (Calmann-Lévy).

La lecture des Buveurs d’infini excite en effet le cœur, l’âme et les papilles tant la plume est sensuelle, fine et savoureuse. L’évocation des instants amoureux est d’une grande force de suggestion ; ainsi d’Emma, prostituée sud-américaine, amie amante des deux vagabonds, à la «longue gousse de velours noir, nacrée de rose, où perle le sang blanc de l’amour» (p. 176). La fin du roman est une apothéose au sens propre, une ascension douloureuse et puissante vers cet infini quêté par ces belles âmes. Le petit Simon, devant son grand-père prêt à retrouver les anges, assiste à son dernier combat, comme un marin sa lanterne à la main, devant un phare pris d’assaut par la tempête…


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 03/09/2003 )
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