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Etrange « Grosse pomme »
Gabriel Brownstein   L'étrange histoire de Benjamin Button - 2e étage gauche
Seuil 2003 /  18.50 € - 121.18 ffr. / 234 pages
ISBN : 2-02-054187-4
FORMAT : 14x21 cm
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Avec ce recueil de nouvelles, Gabriel Brownstein signe une œuvre puissante et jubilatoire, l’associant sans exagérer à de grands auteurs américains tel Philip Roth, qui vient immédiatement à l’esprit. New York, une certaine condition juive et une peinture désabusée de la vie sont les ingrédients associant en effet les deux écrivains.

Gabriel Brownstein y ajoute sa patte : une vision décalée des choses. Pour parler de problèmes universels (l’incommunicabilité, les fantômes de l’histoire, la peur de la mort, les affres de l’intégration et de la reconnaissance sociale, etc.), il crée un monde littéraire étrange, sorte de quatrième dimension ne différant de la nôtre qu’à quelques détails près. Ici, on peut naître vieillard et mourir au berceau, comme par un pied-de-nez au cours normal des choses. On peut raconter ses propres funérailles, spectateur éthéré de sa mort et du deuil des siens (c’est une belle expérience littéraire). On peut aussi, en référence à Nathaniel Hawthorne, quitter femme et enfants pour les espionner de l’immeuble d’en face… Et un couple d’homosexuels d’adopter un garçon qu’ils finissent par ne plus pouvoir supporter.

Toutes ces tranches de vie sont dites par un narrateur spectateur ayant fenêtre sur cour. Davey Birnbaum rapporte ces histoires extraordinaires depuis sa chambre. L’immeuble, avec toutes ses lucarnes, offre un patchwork d’existences où le jeune écrivain vient chercher son inspiration. Il rapièce alors les drames mis en scène dans un encadrement, y ajoute son talent littéraire et une bonne dose d’humour.

Un thème pourrait relier ces histoires, celui d’une identité juive toujours à réinventer. L’étrange histoire de Benjamin Button évoque en filigrane ce drame existentiel, pouvant conférer à une sorte de schizophrénie culturelle. La deuxième nouvelle, «Enterrement d’une vie de garçon», raconte l’aventure du frère du jeune Davey avec la descendante d’un haut dignitaire nazi (Himmler, Goebbels ?...). Celle-ci expie les fautes ancestrales en couchant avec tous les jeunes Juifs de passage… Elle propose à son amant désemparé de revêtir l’uniforme nazi…

Dans la dernière nouvelle, un psychiatre juif en crise choisit le chemin rabbinique et marie sa fille à une bon parti hassidique. Le frère accomplit des études dans une prestigieuse université et demeure étranger à ces manigances familiales… Ces exempla esquissent la difficile combinaison de sa différence dans une modernité et une société ayant leurs propres codes, leurs propres valeurs. Avec toujours cette question tragique : peut-on être Juif et Américain à la fois ? «Moi ? Je n’ai pas vécu Le chagrin et la pitié, et encore moins La liste de Schindler. […] Ce n’est pas pour relativiser la Seconde Guerre mondiale. J’ai grandi dans Long Island, voilà ma réalité. Et, au jour d’aujourd’hui, je prie tous les soirs, seul à seul avec Dieu, façon New Age protestant américain.» (p.38)

Mais, parce que la condition juive a toujours eu une fonction métaphorique, c’est de nos propres existences dont parle l’auteur, de cette gageure existentielle consistant à être soi et les autres à la fois, de cultiver sa différence dans un monde normé. Typiquement new-yorkais (comme on l’aurait dit il y a cent ans d’un roman viennois), ce recueil donne également à voir une ville exceptionnelle, vivier culturel sans doute inégalable de nos jours, et creuset de différences cohabitant en un étrange amalgame, à la fois impossible et fonctionnel. Une ville moderne en somme…


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 19/11/2003 )
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