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Roman obscur
Maurice Blanchot   Thomas l'obscur - Première version, 1941
Gallimard - Blanche 2005 /  19.90 € - 130.35 ffr. / 322 pages
ISBN : 2-07-077630-1
FORMAT : 14,0cm x 20,5cm
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Analogie plastique : le roman débuterait alors sur une toile à la Rothko, deux étendues grises, l'une sombre, nocturne, l'autre plus claire, que sépare un fin liseré blanc. Tableau pouvant valoir l'horizon triste admiré par Thomas depuis la plage, dès les premières lignes... Puis les couleurs s'activent, se mêlent rageusement, toussotent et se heurtent en un maëlstrom plus que chaotique, infernal, tirant sur le noir, l'ocre, un jaune par étincelles, folie picturale renvoyant cette fois-ci à Pollock et ces feux d'artifice aux allures de savants brouillons, avec, subliminales, des images plus précises, un cri façon Munch, des corps délavés et monstrueux à la Bacon. Et qu'on n'attende pas en fin de course un quelconque apaisement, la suave carresse des roses orangés de Bonnard, ni le scintillement blanc-bleuté de plans d'eau de Monet... «comme si tout se fût borné pour lui à continuer avec une absence d'organisme dans une absence de mer son voyage interminable.» (p.27)

Sombre et abstrait, quasi-illisible, voici un «texte difficile», rappelle le préfacier, Pierre Madaule. Le lecteur acquiesce, qui avance péniblement dans cette hallucinée pérégrination entre les mondes : mort ou vif, tellement mort qu'il en est plus que vivant, cet obscur Thomas déroute... Anne et Irène le croisent, l'accompagnent, elles aussi passagères de cette barque à la dérive sur un Styx littéraire... Mais qui est Thomas? En écho à l'interrogation du lecteur, la question revient régulièrement dans le récit. De quoi est-il question ici? D'une lente agonie? De l'évocation bousculée d'une quelconque création? Big Bang? Ecriture? Pensée? Ou, au contraire, de leur destruction? Eschatologique et apocalyptique à la fois, Thomas l'obscur semble se fonder sur un gigantesque chiasme, mitraillage d'oxymorons, comme en l'oeil d'un vortex, le fond le plus secret d'un trou noir où tout se concentre et s'annule...

«Thomas sentit que ce qu'il appelait jadis des passions et des idées prenait maintenant en lui la forme d'existences particulières. La peur s'empara de lui et elle ne se distinguait en rien de son cadavre. Le désir était ce même cadavre qui ouvrait les yeux et, qui, se sachant mort, remontait maladroitement jusque dans la bouche comme un animal avalé vivant. Les sentiments l'habitèrent puis le dévorèrent. Il était pressé dans chaque partie de sa chair par mille mains qui n'étaient que sa main. Une mortelle angoisse battait contre son coeur. Il savait qu'autour de son corps sa pensée, confondue avec la nuit, veillait. Il savait, terrible certitude, qu'elle aussi cherchait une issue pour entrer en lui» (p.35). Plus loin : «Or, dans cette nuit, je m'avance, portant le tout, vers ce qui excède infiniment le tout. Je progresse au-delà de la totalité que j'embrasse cependant étroitement. Je vais dans les marges de l'univers, marchant hardiment ailleurs qu'où je puis être et un peu extérieur à mes pas» (p.314).

So what? Le roman démultiplie les conjectures sur le pourquoi et le comment de son écriture. Il ravive même les interrogations sous cette forme retrouvée qui était celle, originelle, du texte de 1941, alors que, depuis 1950, une version plus courte (représentant le quart de celle-ci) rebondissait sur les étals des libraires. Il faut, rien que pour cela, rendre grâce à l'éditeur d'avoir exhumé cette perle, d'un noir total, il va sans dire... A la lecture, on comprend qu'un roman comme celui-là ne pourrait être édité tel quel aujourd'hui, parce que trop exigeant, franchement indéchiffrable. Il est d'ailleurs avant tout destiné aux amateurs de curiosités littéraires, aux plus philosophes et ceux que Blanchot n'effraie pas, aux bibliophiles enfin. Peut-être un lecteur sous substance trouvera-t-il dans ces mots l'occasion d'une sincère empathie... Sans doute aussi thésards ès psychanalyse ou surréalisme y ont-ils vu ou y verront-ils un fascinant objet d'étude. Mais nous avons ici un quasi-inédit dont la publication actuelle ne doit qu'à l'aura du titre et celle de son auteur.

Et tous, jouant franc jeu, ne pourront qu'admettre leur échec devant un texte aussi hermétique. Car, à l'instar de la belle Anne, on ne sait pas qui est Thomas, «cette humanité en pièces détachées» (p.209)...


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 21/12/2005 )
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