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L’épouse saisira-t-elle le vif ?
Meg Wolitzer   L'Epouse
Grasset 2005 /  19 € - 124.45 ffr. / 331 pages
ISBN : 2-246-68081-6
FORMAT : 14,0cm x 22,5cm
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Doté d’un scénario fertile en pistes d’écriture psychologique, ce roman tourne pourtant vite à l’aigreur et au stéréotype littéraire. En effet, si l’on est censé s’interroger avant tout sur la nature du fameux secret partagé par le couple Castelman, la question véritable, la seule qui puisse véritablement nous tenir suspendus au fil du récit, porte plutôt sur la manière dont Joe et Joan ont vécu avec ce non-dit ; du moins semblait-ce être la solution la plus logique, dès lors que le suspense est trop peu crédible pour servir de trame à l’ouvrage. Pourtant, pour soutenir cette intrigue tout sauf neuve, Meg Wolitzer a choisi au contraire d’aller jusqu’à user d’artifices éculés (comme «l’oubli» dans la narration de passages-clés, omissions que l’on ne peut manquer de remarquer, et donc d’interpréter) pour masquer une réalité dont on attend, malgré tous ses efforts, plus le moment de la confirmation que la révélation.

C’est d’autant plus regrettable que de ce fait, les possibilités d’analyse introspective des personnages principaux semblent n’avoir pas été exploitées autant qu’elles le méritaient : en choisissant d’accorder à Joan le privilège de raconter, depuis sa perspective propre, l’histoire de son couple, Wolitzer s’autorise aussi à dérouler sans accroc une écriture à ce point typique de ces romancières américaines des années 1970 qu’elle en devient très prévisible, même un peu agaçante parfois, et ne peut tout dévoiler. Sans doute cette décision n’est-elle pas sans une certaine cohérence, bien sûr, comme l’on s’en rend compte à la lecture du livre.

Mais cette manière de mélanger du bout des doigts, avec le plus grand sérieux, une moue plaintive et un peu de spleen de femme ménopausée, une dose de psychologie oedipienne sûre d’elle, tout en alternant considérations crues et conclusions politico-morales, ce regard empli de rancœur et supposé faire vaguement écho à un féminisme d’un genre très acide, bref, toute cette ambiance vindicative et saturée de clichés est parfois trop caricaturale pour donner envie de chercher la nature profonde des personnages évoqués sous cette lumière artificielle.

Toute information portée à la connaissance du lecteur semble avoir déjà sa place dans le schéma interprétatif de la narratrice, sans laisser véritablement la possibilité d’une autre version : elle ne raconte rien, et elle critique tout. Le livre fatigue parfois à force de conformité avec Joan, dont l’attitude paraît de plus à ce point incompréhensible que l’on aurait aimé plus de confidences personnelles, d’aveux, de ces aveux qu’une femme au soir de sa vie devrait pouvoir faire sans trop de difficultés. A la place, on se retrouve avec un argumentaire condescendant dans lequel les individus sont des exemples, destinés à illustrer des théories qu’elle a gardées soigneusement enfouies derrière son apparence si lisse, durant des décennies.

Epouse dévouée et sans faille (mais ne le fut-elle pas par pur désir de contredire sa mère, ses amis, ceux qui lui donnèrent des conseils et voulurent la séparer de cet époux qu’aucune qualité particulière, bien au contraire, ne venait rehausser dans leur estime ?), intelligente et visiblement douée d’un esprit critique particulièrement vif, elle agit cependant de manière déraisonnée, aux dépends de sa propre dignité, et peine à se révéler sympathique. Peut-être est-ce que parce que, telle l’épouse du Mépris de Moravia, telle la Pénélope freudienne évoquée elle aussi par Moravia, Joan est fidèle à Joe mais ne l’aime pas. Et, alors que la fidélité était pour Pénélope et pour Emilia une fin en soi, et donc gardait au moins le caractère de valeur respectable, mise en œuvre par des femmes certes frustres mais honnêtes, elle semble n’être chez Joan qu’un outil destiné à satisfaire une rancœur âcre, une haine trop longtemps couvée, par rapport à sa mère, et par rapport aux hommes. Quant à Joe, il ne peut susciter que l’indignation, ou au mieux la pitié, celle que l’on ressent à l’égard d’un égocentrique pathologiquement vaniteux, désespérément insignifiant. Deux personnages relativement peu amènes, donc.

Cependant, il n’est pas de la responsabilité de l’écrivain de rendre ses créatures aimables, et c’est là finalement que Meg Wolitzer atteint le mieux son but, dans cette description soliloquée d’un éloignement profond entre deux individus mauvais, de la rupture d’un couple raté. Mais ce badinage pessimiste, derrière ses aspects cyniques et son vernis féminin, n’est pas nouveau, hélas. L’ouvrage, sans être mauvais, est pourtant trop commun, à notre sens, pour que l’on souhaite découvrir par ce biais son auteur, acteur pourtant majeur du paysage littéraire américain.


Aurore Lesage
( Mis en ligne le 20/04/2006 )
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