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...mais perséverer est diabolique...
Woody Allen   L'Erreur est humaine
Flammarion 2007 /  19.90 € - 130.35 ffr. / 252 pages
ISBN : 978-2-08-120367-9
FORMAT : 13,0cm x 21,0cm

Traduction de Nicolas Richard.

L'auteur du compte rendu : Scénariste et cinéaste, Yannick Rolandeau est l'auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.

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Quand Woody Allen ne réalise pas un film par an, n'écrit pas quelques pièces de théâtre par-ci par-là, ne joue pas en tant qu'acteur dans d'autres films, que fait-il ? Il écrit des nouvelles ! Quel homme infatiguable ! Rappelons qu’il débuta en écrivant des blagues dans les journaux (et ce dès 1952 avec ses one-liners, plaisanteries en une ligne de texte), fit ses armes dans les cabarets avec ses célèbres Stand up ou en se produisant dans les universités et à la télévision.

Après la parution des trois hilarantes pièces de théâtre réunies sous le titre Adultères, voici que sort un recueil de nouvelles, L'Erreur est humaine (Mere anarchy - simple anarchie – en V.O.) dans la lignée de Destins tordus, Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture ou Dieu, Shakespeare et moi. Avec une inlassable curiosité, Allen nous observe, nous pauvres humains, en proie à l'irrationnel, pris dans les pièges de l'illusion, se vautrant complaisamment dans la forêt des miroirs et des doubles. Et comme le dit l'adage, si «l'erreur est humaine», en revanche «persévérer est diabolique», si l'on persiste dans l'erreur, la folie ou le délire sans prendre de recul vis-à-vis de son étrange lubie. De l'art de faire son malheur soi-même, grand thème allénien.

C'est là le tragique des œuvres de Woody Allen, qui se déguisent sous des airs de comédie. Une grande partie de ses films sont justement des tragédies déguisées comme le remarquable Comédie érotique d'une nuit d'été. Un indécrotable dialectique. Si l'on est trop sérieux et grave, on risque d'ennuyer et de paraître pesant. Si l'on est trop léger et frivole, on risque d'être superficiel et creux. Woody Allen opte donc pour l'alliage fécond et subtil des deux.

Woody Allen est attiré par un humour singulier qui associe la finesse et l’intelligence du trait à des interrogations existentielles. Il lui donne une certaine portée, une modernité de caractère qui jongle avec des éléments touchant de près la condition humaine pour s'en moquer. Et l'on retrouve volontiers cette façon de jouer avec le sublime et le trivial ou le profane et le sacré. Exemples : «Non seulement Dieu n'existe pas mais en plus il est impossible de trouver un plombier le dimanche» ou «Je ne crois pas en l'au-delà mais j'emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange».

L'Erreur est humaine est donc un livre tout autant «sérieux» que loufoque. Certaines des 18 nouvelles sont basées sur des articles de journaux (The Guardian, The New York Times...) pour servir ensuite de tremplin aux pires loufoqueries. C'est le cas de «Mortelles papilles, ma jolie», où une jeune et plantureuse femme (aux "deux zeppelins qui tiraient sur le tissu de son chemisier, à la limite de la déchirure") demande au narrateur d'acheter une grosse truffe chez Christie’s pour une somme d'argent colossale. Car il y a des choses qui surprennent Woody Allen, comme par exemple ce goût immodéré que nous avons pour ces champignons-là. Mais la truffe n’est pas toujours celle que l’on croit…

C'est aussi le cas de «Notre père qui êtes sur la toile», qui se moque brillamment non seulement de la religion mais surtout du recours à la prière. Après être tombé sur une petite annonce dans le Village Voice : Recherche barbe pour rédiger textes particuliers - bonne rémunération - athées s'abstenir", le narrateur rencontre un certain Moe Bottomfeeder et devient rédacteur de psaumes afin d'aider ou soulager certaines âmes en peine. Woody Allen ne manque pas d'égratigner certains procédés de marketing en faisant parler Moe : "J'ai récemment lancé un nouveau service de customisation des prières. On façonne le texte pour qu'il colle aux besoins du cave et on lui envoie par mail une imploration personnalisée". De l'art de se servir de notre incroyable et infatigable propension à l'illusion. Ou à la «trufferie»…

On retrouve dans la plupart des nouvelles ce thème récurrent chez Woody Allen, l'art de berner les gogos par des balivernes plus grosses les unes que les autres. Dans «Recalé», un bourgeois, dont la vie s'écroule lorsque son fils est refusé par une prestigieuse école maternelle de Manhattan, cherche par toutes sortes de moyens de ruser, de faire jouer ses contacts mais s'enferre dans une situation inextricable. Il se retrouvera ruiné...

Toutes les nouvelles n'ont pas la même portée ou opèrent dans une drolerie plus superficielle avec tout de même un certain goût pour le raffinement surréaliste ou verbal. Parfois, Woody Allen jongle entre culture et gastronomie («Ainsi mangeait Zarathoustra», où il fait croire que l'on a retrouvé un ouvrage de Nietzsche intitulé Mes secrets minceurs !) juste pour le plaisir de s'amuser avec les mots (comme dans «Théories des cordes et désaccord») ou avec les situations. Jeux de mots à profusion (le traducteur a dû s’amuser...), situations grotesques, imaginatives, débridées, extravagantes, L'Erreur est humaine est un livre plaisant mais cependant pas aussi abouti que Destins tordus.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 15/06/2007 )
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