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Dieu : preuve par la Raison
Alain Nadaud   Si Dieu existe
Albin Michel 2007 /  16 € - 104.8 ffr. / 240 pages
ISBN : 978-2-226-17963-0
FORMAT : 13,0cm x 20,0cm

Date de publication : 22/08/2007
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En 1984, Archéologie du zéro (Denoel) faisait découvrir un nouveau romancier : Alain Nadaud. Depuis, il a construit une œuvre, régulièrement récompensée pour sa qualité. Ici l’action se passe vers 1050/80 dans une Normandie dont le duc vient de conquérir l’Angleterre, au monastère du Bec, dont le dernier abbé Lanfranc est appelé par le roi Guillaume à diriger Cantorbery.

Un moine, Clermont de Chartrette, laisse bien des années plus tard un manuscrit dans lequel il donne sa version, la seule juste, avertit-il, de la vie d’Anselme. Anselme, que l’Occident connaît sous le nom d’Anselme de Cantorbery, grand théologien chrétien qui donna la preuve de l’existence de Dieu en s’appuyant sur la raison. Après lui, tous les théologiens chrétiens reprirent ses arguments qui interrogèrent les philosophes ultérieurs : Thomas d’Aquin, Descartes, Kant, Hegel etc., liste non exhaustive.

Pour reprendre cette question centrale sur les relations entre foi et raison, relations posées de surcroît à une époque dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle est souvent dominée par l’irrationnel, Alain Nadaud invente un personnage : l’oblat laïc au monastère, qui vit la vie d’un moine mais n’a pas reçu les ordres, Clermont de Chartrette. Il reprend le mode de narration des Vitae médiévales, et se propose de sortir de la plate hagiographie écrite par Eadmer, secrétaire d’Anselme, qui servit de base à la canonisation de ce dernier. L’écriture reprend les formules médiévales et découpe en courts chapitres avec intitulés les différents épisodes : «Des tentations auxquellles l’incita son père pour le détourner de Dieu» (p.29) ; «Où se donnaient les leçons d’Anselme et quels étaient ceux qui y assistaient» (p.88), etc. Certes la démarche est anachronique, mais peu importe : il ne s’agit pas d’histoire ici mais d’entrer dans ce moment particulier du XIe siècle où la pensée occidentale construit sa modernité, provoquant le scandale des esprits conformistes.

Nous suivons le récit de Clermont, son enfance massacrée par des pillards qui tuèrent ses parents sous ses yeux, l’asile inégal du monastère, l’impossibilité de croire ; sa rencontre avec Anselme, fils de chevalier, ayant vécu une jeunesse fort peu édifiante, la conversion avec l’entrée au monastère. La vie au monastère est esquissée, avec les différentes activités, les heures de prière, l’enseignement, le scriptorium, les jalousies et rivalités entre moines. Clermont reçoit comme tuteurs deux moines, Cadule et Doremer, qui haïssent Anselme et cherchent à l’abattre. Il est fasciné par Anselme, et si ses audaces théologiques le plongent dans l’excitation et le poussent à rechercher la belle/laide Marie au fond des bois. Marie, qui apparaît comme une métaphore de la vie : si belle de corps, si laide de visage, Marie au prénom quintessence de la chrétienté, et qui, dans une scène finale, se transforme en créature quasi surnaturelle : déesse satanique hantée ou Vierge de l’Apocalypse triomphant du Mal ; Marie qui par toutes les contradictions qu’elle exalte inspire aussi Clermont dans ses dialogues contradictoires avec Anselme.

L’histoire se termine… telle qu’on la connaît : Anselme part pour l’Angleterre, élevé à la dignité d’archevêque de Cantorbery à la mort de Lanfranc. Ses mérites sont reconnus, après discussions, controverses et hésitations ; Eadmer à sa mort écrit sa Vie et, plus tard, il est canonisé et reconnu comme l’un des grands théologiens de la période médiévale. Et Clermont ?… Laissons au lecteur quelque découverte… Un beau livre, exigeant, bien écrit.

Un Nom de la rose de l’an mil, dépouillé du décor et des ornements du livre d’Umberto Eco, plus âpre, accordé à cette question qui continue de tarauder les esprits occidentaux : quels liens entre foi et raison ?


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 27/08/2007 )
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