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Le code Pavesien
Cesare Pavese   Avant que le coq chante
Gallimard - L'Imaginaire 2007 /  11 € - 72.05 ffr. / 403 pages
ISBN : 978-2-07-078647-3
FORMAT : 12,5cm x 19,0cm

Traduction de Nino Frank.
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Dans les nouvelles ou les romans de Pavese, le lecteur doit faire face à une situation souvent banale. La plupart du temps, l’écrivain italien insère un personnage trouble qui vient, non pas semer la zizanie dans un cadre rigide, mais tout doucement entraîner une perte des repères dans un microcosme qui ne demandait qu’à les perdre. Ces personnages, souvent marginaux (socialement ou moralement), sont seuls, tristes, orgueilleux et en souffrance. Leur influence n’est pas sans importance sur les personnages rencontrés. Le cadre pavesien est la province italienne ou campagne et stations balnéaires sont décrites comme des lieux envoûtants, désertés, secrets et dont l’aspect étrange et unique fait partie intégrante d'une intrigue souvent dramatique.

Dans ces trois longues nouvelles, ce type de schéma se répète inlassablement: Talino, sortant de prison, est invité par son compère de cellule à le rejoindre dans la ferme familiale afin de trouver une occupation après sa lourde peine. Là, il fait la connaissance de toute la famille et s’éprend très vite de l’une des jeunes soeurs. Les rapports sont tendus, conflictuels, incertains entre les paysans ; l’atmosphère est lourde, et le drame finit par éclater : la mort d’une femme, gratuite, linéaire, conclusion sourde et quasi logique à la trame qui se dessinait. Pas d’effusion de larmes et de coulée de sang chez Pavese, le drame est bouleversant mais s’inscrit dans le quotidien moite des paysans. Dans cette nouvelle, l’oralité est de mise et Pavese, grand styliste, s’amuse à imiter le langage des petites gens des années 40. En France, Pavese trouverait son équivalent chez un écrivain comme Paul Gadenne dans le roman L’Invitation chez les Stirl. Nous sommes dans le cadre du roman néoréaliste saupoudré d’intime, d’introspection et de subjectivité nécessaire à la description d’un drame, d’une fêlure, d’une conscience solitaire. Pavese dissèque l’intimité d’un être, perdu très souvent dans ses pensées, à la recherche de son passé, de ses racines, et surtout de lui-même. Mais le drame n’est jamais loin de cette prise de conscience.

La seconde nouvelle met en scène un jeune homme, Stefano, maintenu en résidence forcée dans une petite station balnéaire tranquille (là-dessus, on peut se replier sur la biographie de son auteur, forcé de résider à Brancaleone en 1936). La venue du prisonnier entraîne la curiosité, et très vite, le héros est amené à rencontrer les habitants de la ville. Il fréquente une femme, Elena, plus par lassitude que par véritable amour pour elle. Scènes du quotidien, allers et retours dans la ville, parties de chasse, jeu du chat et de la souris, les amours se font et se défont dans un silence glacial, pesant, mais toujours dans un climat pondéré.

Enfin, la dernière nouvelle met en scène un narrateur qui vit en autarcie en haut d’une colline qui donne sur Turin. Là-haut, il se plaît à se promener, à goûter le calme de la nature, à discuter avec ses voisines. Mais certains fantômes du passé reviennent, notamment Elvira, un amour de jeunesse, et vont chambouler quelque peu ses habitudes, qu'elles soient matérielles ou plus morales. Des questions nouvelles vont alors se poser, sur l’amour et la guerre qui peu à peu va planter le décor jusqu’à le ruiner et bouleverser l’existence du narrateur qui tentera tout de même de vivre comme il le faisait avant que le conflit ne vienne jusque chez lui, c’est-à-dire seul et en communion permanente avec la nature où le repos est possible.

Aventure spirituelle secrète, introspection constante mise en valeur par la constante du monologue intérieur, déchirement des sentiments orchestrés par un style épuré où c’est au lecteur de puiser, de découvrir les drames et les trames qui se jouent ; voici en gros de quoi est composé ce recueil où tout naît de la description. Trois nouvelles typiquement pavesiennes où la solitude, thème central de son œuvre, est l’axe central. Tout part d’une solitude forcée ou choisie confrontée à une nature bienfaitrice mais sauvage et à la rencontre d’autrui. Et pour cause, car la solitude est obsessionnelle chez cet écrivain. A la fois source de connaissance de soi, de grandeur tragique, de rigueur mais aussi d’attente, de pauvreté affective, de tristesse et de deuil. Pavese en est sûrement mort de cette solitude-là, en attendant une femme qui ne revenait pas.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 13/02/2008 )
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